Accueil SantéComprendre la filariose lymphatique et ses traitements selon Anna-Bella Failloux

Comprendre la filariose lymphatique et ses traitements selon Anna-Bella Failloux

par charles
<section>
<h2>Comprendre la filariose lymphatique et ses traitements selon Anna-Bella Failloux</h2>
<p>Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la <strong>filariose lymphatique</strong> toucherait près de 51,4 millions de personnes dans le monde (chiffres de 2020), dont un tiers de patients asymptomatiques.</p>

<h2>Qu’est-ce que la filariose lymphatique, aussi appelée éléphantiasis ?</h2>
<p>La filariose lymphatique est une <strong>maladie tropicale infectieuse provoquée par des vers parasites et transmise par des moustiques</strong>. « <em>L’infection se produit lorsque les parasites filaires responsables de la maladie sont transmis à l’être humain via des moustiques</em>, explique l’Organisation mondiale de la santé. <em>Généralement contractée dans l’enfance, la filariose provoque des lésions non apparentes du système lymphatique.</em></p>
<p><em>Les manifestations visibles, douloureuses et défigurantes de la maladie, à savoir le <a href="https://www.santemagazine.fr/sante/fiche-maladie/lymphoedeme-177531">lymphœdème</a>, l’éléphantiasis - <strong>augmentation considérable du volume d’un membre</strong> - et la tuméfaction du scrotum, n’apparaissent que plus tard et peuvent entraîner un handicap permanent.</em></p>

<h2>Types de filarioses lymphatiques : Wuchereria bancrofti, Brugia malayi et Brugia timori</h2>
<p>La filariose lymphatique résulte de l’infestation par des <strong>vers parasites</strong> (nématodes) appartenant à la famille des filaridés. Ces vers filaires sont de trois types :</p>
<ul>
<li><em>Wuchereria bancrofti</em>, responsable de 90 % des cas ;</li>
<li><em>Brugia malayi</em> ;</li>
<li><em>Brugia timori</em>.</li>
</ul>
<p>Comme l’indique Anna-Bella Failloux, entomologiste, « <em>la maladie est <strong>transmise par différentes espèces de moustiques</strong>, notamment les Aedes polynesiensis dans les îles du Pacifique, les moustiques du genre Culex, largement répandus dans les zones urbaines et semi-urbaines en Inde, et les Anophèles en Afrique.</em> »</p>
<blockquote>Le risque de filariose est très faible pour le voyageur effectuant un séjour de courte durée. On n’attrape pas la maladie en une seule fois. Anna-Bella Failloux, entomologiste</blockquote>
<p>Et la médecin d’expliquer : « <em>La plupart du temps, le système immunitaire va réagir et éliminer les microfilaires avant qu’ils n’aient le temps de se développer. <strong>La maladie touche donc principalement les populations autochtones</strong> qui se font régulièrement piquer.</em> »</p>

<h2>Épidémiologie de la filariose lymphatique</h2>
<p>Maladie tropicale négligée, <strong>la filariose lymphatique est endémique dans les régions tropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique centrale et du sud</strong>. Près de 800 millions de personnes vivent dans des zones à risque.</p>

<h2>Quels sont les signes de la filariose ?</h2>
<p>Très souvent, la filariose lymphatique est asymptomatique.</p>
<blockquote>Les gens n’ont pas de symptômes mais ils sont "réservoir" et contribuent à la transmission du parasite. Anna-Bella Failloux</blockquote>
<p>Lorsque la maladie devient chronique, elle peut se manifester par des symptômes comme :</p>
<ul>
<li>un lymphœdème, c’est-à-dire un <strong>gonflement des tissus</strong> ;</li>
<li>un éléphantiasis : un épaississement de la peau et des tissus ;</li>
<li><a href="https://www.santemagazine.fr/sante/maladies/maladies-appareil-urinaire/hydrocele-causes-traitements-cest-quoi-1032421">une hydrocèle</a>, responsable de l’augmentation plus ou moins importante de volume d’un ou des deux testicules.</li>
</ul>
<p>« <em>Les seins et les organes génitaux sont fréquemment atteints</em> », poursuit la spécialiste. <em>Ces <strong>difformités physiques</strong> donnent souvent lieu à une <strong>stigmatisation sociale</strong> des patients, qui ne peuvent plus travailler et deviennent une charge pour la famille.</em></p>
<p>La maladie s’accompagne également d’épisodes aigus d’inflammation de la peau, des ganglions et des vaisseaux lymphatiques imputables à la réponse immunitaire de l’organisme au parasite.</p>

<h2>Quelles sont les causes de la maladie ? Quel est l’agent causal de la filariose lymphatique ?</h2>
<p>Le parasite se transmet d’un sujet infecté à un autre via les <strong>moustiques vecteurs</strong> qui jouent le rôle d’hôte intermédiaire.</p>
<p>« <em>Les moustiques sont infestés par les microfilaires (larves) – principalement le <em>Wuchereria bancrofti</em> – lorsqu’ils piquent un hôte infecté et ingèrent son sang</em>, explique Anna-Bella Failloux. <em>Ces microfilaires vont ensuite se développer à l’intérieur de la femelle moustique jusqu’à devenir des larves infestantes. Elles vont alors migrer au niveau des pièces buccales (trompe) et dès que le moustique femelle va piquer pour faire un repas sanguin, la larve va pénétrer dans l’organisme de l’être humain. Les larves migrent ensuite vers les vaisseaux lymphatiques de l’organisme où elles parviennent à maturité, perpétuant ainsi le cycle de transmission.</em></p>

<h2>Comment fait-on le diagnostic de la filariose lymphatique ?</h2>
<p>Le diagnostic de la filariose lymphatique repose principalement sur l’examen clinique et une analyse de sang. <strong>Si le vecteur est un moustique du genre <em>Culex</em> ou <em>Anopheles</em></strong>, le prélèvement doit être effectué en nocturne, vers 23 h ou minuit, puisque les microfilaires circulent la nuit dans les vaisseaux lymphatiques et sanguins, quand le moustique (leur vecteur) est le plus susceptible de piquer.</p>
<p>L’échographie permet également de <strong>visualiser les vers adultes</strong> qui se déplacent dans les vaisseaux lymphatiques élargis.</p>

<h2>Quelles sont les complications de la maladie ?</h2>
<ul>
<li>La filariose chronique se manifeste après plusieurs années par un <strong>gonflement des membres inférieurs</strong> pouvant évoluer en éléphantiasis.</li>
<li>Il est également possible que des signes extra-lymphatiques comme une hématurie microscopique chronique, une protéinurie – présence de sang et de protéines dans les urines – ainsi qu’une polyarthrite modérée soient présents.</li>
<li>Enfin, dans certains cas, <strong>une éosinophilie pulmonaire tropicale</strong> (atteinte des poumons) vraisemblablement due aux réactions d’hypersensibilité aux microfilaires peut induire <a href="https://www.santemagazine.fr/sante/fiche-maladie/fibrose-pulmonaire-symptomes-traitements-esperance-de-vie-966342">une fibrose pulmonaire</a>.</li>
</ul>

<h2>Filaricides, antibiotiques : quel est le traitement de la filariose lymphatique ?</h2>
<p>Aujourd’hui, plusieurs traitements dits filaricides existent pour traiter la maladie. « <em>Le problème est que les médicaments comme la Notézine (citrate de diéthylcarbamazine) administrés par voie orale tuent les microfilaires, donc les petites larves, mais pas les adultes</em>, indique Anna-Bella Failloux. <em>Ces derniers pouvant pondre, un traitement prolongé est nécessaire parfois sur plusieurs années et le patient sera toujours potentiellement réservoir.</em></p>
<p><em>C’est pourquoi, aujourd’hui, on a de plus en plus recours à une <strong>combinaison de deux molécules</strong> – la diéthylcarbamazine et l’ivermectine – qui a montré son efficacité pour tuer les vers adultes. L’OMS vise d’ailleurs l’éradication de la filariose dans les décennies qui viennent.</em></p>
<p>En cas d’hydrocèle, une chirurgie peut être nécessaire.</p>

<h2>Quel antibiotique utilise-t-on contre les filaires ?</h2>
<p>Outre les médicaments dits « filaricides », aujourd’hui certains antibiotiques sont également utilisés dans le traitement de la filariose lymphatique. « <em>On s’est aperçu que les antibiotiques, notamment la doxycycline, tuaient la bactérie Wolbachia qui vit en symbiose mutualiste avec les filaires et qui est essentielle à leur développement et à leur survie</em> », confirme Anna-Bella Failloux.</p>

<h2>Lutte antivectorielle et prévention de la filariose</h2>
<p>Afin de réduire la microfilarémie, c’est-à-dire la présence de microfilaires dans le sang des populations des zones endémiques, l’Organisation mondiale de la santé recommande un <strong>traitement préventif</strong> reposant sur l’association de plusieurs molécules : <strong>ivermectine, diéthylcarbamazine et albendazole.</strong> « <em>Il est possible d’éliminer la filariose lymphatique en mettant fin à la propagation de l’infection grâce à la chimioprévention</em>, affirme l’OMS.</p>
<p><em>L’administration de masse de médicaments (AMM) consiste à administrer une dose annuelle de médicaments à l’ensemble de la population à risque. Les traitements employés n’ont qu’un effet limité sur les parasites adultes, mais ils réduisent efficacement la densité des microfilaires dans le sang et préviennent ainsi la transmission des parasites aux moustiques.</em></p>
</section>

Cela pourrait vous intéresser

Laisser un commentaire