La présidente du Kuomintang (KMT), principal parti d’opposition à Taïwan, Cheng Li-wun, a accepté l’invitation de Xi Jinping pour se rendre en Chine à la tête d’une délégation, ont annoncé lundi les médias officiels chinois ainsi que le parti taïwanais. Cette visite KMT en Chine intervient dans un contexte de fortes tensions autour du détroit de Taïwan et de crispations persistantes entre Pékin et l’île.
Dans un communiqué repris par l’agence Chine nouvelle, le KMT a indiqué que sa dirigeante avait « accepté avec plaisir » l’invitation, en affirmant vouloir contribuer au renforcement d’un développement pacifique des relations entre les deux rives. Le parti, traditionnellement favorable à un rapprochement avec Pékin, plaide de longue date pour l’intensification des échanges et du dialogue avec la Chine.
Selon le texte diffusé lundi, Cheng Li-wun espère que les deux camps pourront unir leurs efforts afin de promouvoir la coopération, d’élargir les échanges et de travailler à la paix dans le détroit de Taïwan, ainsi qu’au bien-être des populations des deux côtés. Le communiqué n’a toutefois fourni aucun détail supplémentaire sur le contenu des discussions à venir.
Une visite prévue début avril
L’agence Chine nouvelle a précisé que la délégation taïwanaise se rendra en Chine continentale du 7 au 12 avril. Aucun lieu de visite n’a été communiqué à ce stade, et rien n’indique si Cheng Li-wun rencontrera Xi Jinping. Pékin n’a pas non plus donné davantage d’éléments sur le programme.
Cette initiative s’inscrit dans une relation toujours marquée par la défiance. Depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949, lorsque les nationalistes se sont réfugiés à Taïwan après leur défaite face aux communistes, Pékin considère l’île comme une partie intégrante de son territoire. Les autorités chinoises n’ont jamais exclu le recours à la force pour imposer leur souveraineté.
Des tensions anciennes, une pression toujours plus forte
Pour de nombreux analystes, la Chine pourrait privilégier des stratégies d’encerclement et de pression plutôt qu’une invasion directe, jugée extrêmement risquée sur le plan militaire et politique. Pékin a en effet renforcé ces dernières années sa présence autour de Taïwan, en multipliant les patrouilles navales et aériennes ainsi que les exercices militaires simulant différents scénarios de combat.
Taïwan, île de 24 millions d’habitants, se trouve au cœur d’un bras de fer géopolitique qui dépasse largement le seul dossier bilatéral. Son président, Lai Ching-te, martèle que l’île ne doit pas être utilisée comme « monnaie d’échange » dans les discussions entre les États-Unis et la Chine. Il avertit également qu’une tentative d’annexion par Pékin pourrait provoquer des répercussions régionales et internationales majeures.
Un signal politique à suivre de près
La décision de Cheng Li-wun d’accepter l’invitation de Xi Jinping donne un poids particulier à cette séquence diplomatique. Elle reflète la volonté du KMT de maintenir un canal de dialogue avec Pékin, malgré les sensibilités politiques internes à Taïwan et l’opposition du camp au pouvoir, généralement plus méfiant envers la Chine.
Dans un climat déjà tendu, cette visite KMT en Chine sera observée comme un test de la capacité des deux camps à préserver des échanges politiques, sans pour autant atténuer les profondes divergences sur l’avenir de l’île et sur la place de Taïwan dans l’équilibre stratégique régional.