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    Fermeture d’Al-Aqsa : quel projet d’occupation après un mois ?

    Palestine, Israël, Jordanie

    Après un mois de fermeture imposée par les autorités israéliennes, la situation à Al-Aqsa suscite de vives inquiétudes parmi les observateurs du dossier de Jérusalem. Présentée comme une mesure liée à l’état d’urgence décrété dans le contexte des tensions régionales, cette fermeture prolongée est perçue par plusieurs spécialistes comme une tentative de modifier progressivement le statu quo autour du troisième lieu saint de l’islam. Pour eux, l’enjeu dépasse largement une simple restriction temporaire d’accès.

    Depuis le début de cette mesure, les fidèles sont empêchés d’entrer librement dans l’esplanade, tandis que le contrôle de l’accès et de la gestion du site semble se resserrer. Des experts estiment que ce mois de fermeture constitue un précédent lourd de sens, d’autant qu’il intervient pour la première fois depuis l’occupation de Jérusalem-Est en 1967. À leurs yeux, il ne s’agit pas d’un épisode isolé, mais d’une étape dans une stratégie plus large visant à imposer de nouveaux faits accomplis.

    Un état d’urgence jugé inapplicable à Jérusalem

    Pour le professeur de droit international à l’université Al-Qods, Mounir Nseibeh, la fermeture d’Al-Aqsa, même pour une seule journée, pose plusieurs problèmes juridiques majeurs. Il rappelle d’abord que Jérusalem est, au regard du droit international, une ville occupée, sur laquelle Israël ne détient aucune souveraineté. Dans cette logique, la présence militaire et coloniale israélienne est illégale et doit prendre fin dans les plus brefs délais, comme l’a encore souligné la Cour internationale de justice dans son avis consultatif publié en juillet 2024.

    Selon lui, les consignes de l’arrière-front et l’état d’urgence invoqués par les autorités israéliennes ne peuvent pas s’appliquer à Jérusalem ni à la mosquée Al-Aqsa, puisque le site ne relève pas de la souveraineté de l’occupation, mais de l’administration du waqf dépendant de la Jordanie. Il estime également que la fermeture constitue une violation du statu quo, un cadre historique et juridique censé préserver les lieux saints sans altération ni atteinte à leur gestion traditionnelle.

    Le chercheur souligne enfin que limiter le nombre de personnes autorisées à entrer dans l’enceinte, ou en interdire totalement l’accès, revient à porter atteinte à ce même statut. Le statu quo reconnaît en effet que l’ensemble du complexe, ses cours, ses salles de prière, ses écoles et ses espaces couverts ou non couverts, appartient aux musulmans et relève de leur administration pour tout ce qui concerne la visite et le culte.

    De plus, la quatrième Convention de Genève impose à la puissance occupante de respecter les croyances religieuses et la pratique des rites des populations occupées. Elle lui interdit d’entraver l’accès aux lieux de prière ou de prendre des mesures collectives portant atteinte au droit religieux. Or, c’est précisément ce que beaucoup dénoncent depuis un mois.

    Un calendrier perçu comme hautement calculé

    Pour l’académicien et ancien responsable de l’information et des relations publiques à Al-Aqsa, Abdullah Maarouf, il serait erroné de considérer cette fermeture prolongée comme un simple épisode lié au contexte régional. D’après lui, les informations faisant état d’une possible prolongation jusqu’au 15 avril accroissent encore la gravité de la situation.

    Il estime que cette fermeture a été voulue et pensée à l’avance. Son objectif principal, selon lui, serait de tester concrètement les capacités de contrôle des forces israéliennes dans une période particulièrement sensible, au cœur du mois de Ramadan. Le but ne serait donc pas lié à la guerre en cours, mais à la préparation de changements plus profonds dans la gestion du site après la fin de la fermeture.

    Des ajustements profonds dans la gestion du lieu saint

    D’après Abdullah Maarouf, l’occupation a profité de cette période pour introduire des modifications substantielles dans l’administration quotidienne de la mosquée. Il affirme que ce qui se passe à Al-Aqsa, comme à l’église du Saint-Sépulcre, n’a aucun rapport direct avec les tensions régionales, mais sert plutôt de prétexte pour remodeler le statu quo.

    Parmi les mesures évoquées figurent la limitation du nombre d’employés du waqf autorisés à entrer sur le site à 25 personnes seulement, l’obligation de signaler à l’avance l’identité de chaque personne, ainsi que le motif, l’horaire, la manière et la durée de sa présence à l’intérieur de l’esplanade. Les agents sont également priés de quitter immédiatement les lieux dès la fin de leur service.

    Le chercheur relève aussi une évolution dans le comportement de la police israélienne sur place. Il cite notamment une image qu’il juge volontairement provocatrice, montrant un policier à l’intérieur d’Al-Aqsa, avec une date affichée, dans une posture destinée, selon lui, à transmettre un message clair : l’occupation agirait désormais comme la véritable maîtresse des lieux.

    Une bataille symbolique autour de l’autorité sur l’esplanade

    Aux yeux de Maarouf, le message adressé aux Palestiniens est sans ambiguïté : les autorités israéliennes entendent se présenter comme les seules décisionnaires en matière de gestion du lieu saint. Dans cette lecture, l’administration du waqf jordanien serait progressivement reléguée au second plan, tandis que les habitants de Jérusalem-Est seraient tenus à l’écart des décisions concernant leur propre espace religieux.

    Il considère que cette évolution traduit un changement plus profond dans la manière dont l’occupation envisage la présence palestinienne à Jérusalem. Selon lui, le poids de la population locale n’est plus pris en compte, et les autorités israéliennes semblent persuadées que les Palestiniens ne pourront plus imposer leur volonté à Al-Aqsa dans les mois à venir.

    Mais pour le chercheur, le facteur décisif reste l’absence de réaction forte. Il estime que le silence des positions arabes officielles, ajouté à des réponses jugées trop timides, encourage Israël à poursuivre sa politique sur l’esplanade. À ses yeux, seule une réponse populaire et institutionnelle ferme pourrait freiner cette dynamique.

    Le risque d’un nouveau précédent à Jérusalem

    Cette fermeture prolongée d’Al-Aqsa ne se limite donc pas à une question d’accès ou de sécurité. Elle alimente, selon plusieurs analystes, la crainte d’un basculement durable dans la gestion du sanctuaire, avec des restrictions plus strictes, une présence policière renforcée et une remise en cause progressive du cadre historique qui régissait jusqu’ici le site.

    Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir quand les fidèles pourront revenir, mais quel modèle d’occupation se met en place après un mois de fermeture. Pour les observateurs cités, la réponse dépendra autant des décisions israéliennes que de la capacité des acteurs régionaux et internationaux à réagir face à une transformation jugée dangereuse du statu quo à Jérusalem.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/3/30/%d8%a5%d8%ba%d9%84%d8%a7%d9%82-%d8%a7%d9%84%d8%a3%d9%82%d8%b5%d9%89-%d8%a7%d9%84%d9%82%d8%af%d8%b3-%d8%a7%d9%84%d8%a7%d8%ad%d8%aa%d9%84%d8%a7%d9%84-%d9%81%d9%84%d8%b3%d8%b7%d9%8a%d9%86

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