À Jérusalem, l’empêchement du patriarche latin, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre pour y célébrer la messe des Rameaux a provoqué une vague d’indignation politique et religieuse, bien au-delà de la ville sainte. L’incident, survenu dimanche dans la vieille ville, a rapidement suscité des réactions en France, en Italie, aux États-Unis et dans les milieux chrétiens locaux. Pour de nombreux fidèles, cette interdiction messe Rameaux marque un épisode particulièrement sensible à l’approche de Pâques.
Selon le communiqué du patriarcat latin de Jérusalem, le cardinal se rendait à l’église en compagnie du custode de Terre sainte et gardien officiel du Saint-Sépulcre, le père Francesco Ielpo, lorsqu’ils ont été stoppés par des policiers israéliens. Les deux hommes auraient été sommés de faire demi-tour, alors qu’ils ne portaient aucun signe de procession ou de cérémonie publique. Le patriarcat a qualifié l’intervention d’« grave ».
Les autorités religieuses affirment que l’accès a été refusé au nom de l’état d’urgence et des consignes du commandement de l’arrière, en vigueur depuis le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, il y a environ un mois. Le patriarcat a dénoncé une décision qui, selon lui, « ignore les sentiments de milliards de personnes dans le monde » dont le regard se tourne cette semaine vers Jérusalem.
Indignation internationale et réactions politiques
L’affaire a immédiatement dépassé le cadre local. Le président français Emmanuel Macron a exprimé son soutien total au patriarche latin et aux chrétiens de Terre sainte, condamnant une décision qu’il a replacée dans un contexte de dégradation préoccupante du respect du statu quo dans les lieux saints. Il a également rappelé la nécessité de garantir la liberté de culte pour toutes les religions.
En Italie, la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni a parlé d’une « atteinte aux croyants », tandis que le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a annoncé la convocation de l’ambassadeur d’Israël à Rome. Washington a aussi réagi, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, estimant qu’empêcher le cardinal Pizzaballa et trois prêtres d’entrer dans le Saint-Sépulcre constituait un « dépassement regrettable » susceptible d’avoir des répercussions internationales.
Dans le même temps, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a affirmé avoir ordonné un accès complet et immédiat au Saint-Sépulcre pour le patriarche. Sur le réseau X, il a expliqué que les mesures prises répondaient à des menaces de missiles iraniens et à la chute de fragments à proximité de l’église. Il a précisé qu’il avait été demandé temporairement aux fidèles des trois religions de s’abstenir de prier dans les lieux saints de la vieille ville, avant un rétablissement ultérieur des offices.
De son côté, le président israélien Isaac Herzog a téléphoné au cardinal Pizzaballa pour lui présenter ses regrets. Il a insisté sur le fait que l’interdiction était motivée par des raisons sécuritaires, tout en rappelant l’engagement d’Israël à préserver la liberté de culte et le statu quo dans les lieux saints, avec une meilleure coordination à l’avenir.
Une procession annulée pour la première fois depuis des siècles
Au sein des communautés chrétiennes, la colère s’est doublée d’une profonde tristesse. Sur les réseaux sociaux, de nombreux fidèles ont regretté l’annulation de la traditionnelle procession des Rameaux à Jérusalem, organisée habituellement depuis le mont des Oliviers. Plusieurs ont souligné qu’il s’agissait d’une première depuis des siècles, un choc pour les croyants attachés à cette célébration hautement symbolique.
Des fidèles ont raconté n’avoir pu célébrer qu’à l’intérieur des églises, en l’absence des cortèges habituels dans les rues de la ville. Pour eux, cette interdiction prive la fête de sa dimension spirituelle, historique et populaire. D’autres ont exprimé la crainte de voir ces restrictions devenir récurrentes et finir par fragiliser des rites transmis de génération en génération.
Le caractère exceptionnel de cette mesure a également été relevé par des observateurs, qui ont noté que même l’ambassadeur américain en Israël, habituellement proche des positions israéliennes, n’a pas cherché à défendre l’empêchement du patriarche et de plusieurs prêtres. À leurs yeux, l’affaire illustre un climat de tension grandissant autour des lieux saints de Jérusalem.
Des lieux saints sous fortes restrictions
Les Églises chrétiennes qui suivent le calendrier occidental ont célébré les Rameaux le dimanche précédant Pâques, en mémoire de l’entrée de Jésus à Jérusalem. D’autres confessions chrétiennes marqueront cette fête le 5 avril. Mais cette année, le débat ne s’est pas limité à la liturgie : la grande procession des Rameaux a elle aussi été annulée en raison de l’état d’urgence.
Chaque année, des milliers de chrétiens participent à ce défilé religieux, en portant des rameaux de palmier et des branches d’olivier, au son des chants liturgiques. Pour beaucoup de familles chrétiennes de Jérusalem, cette marche constitue l’un des rendez-vous les plus marquants du calendrier religieux, intimement lié à l’identité spirituelle de la ville.
Depuis le 28 février, date du début de la guerre contre l’Iran, les fidèles sont en outre empêchés d’accéder à la mosquée Al-Aqsa. Des centaines de milliers de personnes ont également été privées cette année des prières de Tarawih et de la prière de l’Aïd al-Fitr dans l’enceinte du sanctuaire. Dans ce contexte, l’interdiction messe Rameaux au Saint-Sépulcre vient renforcer le sentiment d’inquiétude autour de l’accès aux lieux de culte à Jérusalem.