La mobilisation des agriculteurs contre l’abattage total des troupeaux a pris une tournure polémique jeudi à Rodez lorsque un veau mort a été accroché aux grilles de la préfecture, près d’une exposition consacrée à la Résistance. La Coordination rurale s’est ensuite excusée pour cet acte jugé choquant. Selon les organisateurs, l’objectif était d’interpeller l’opinion et de montrer la gravité de la crise que traversent les éleveurs. Le contexte est celui d’une contestation liée à la lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse et à l’interdiction d’abattage ciblé.
Cette image ne sort pas de nulle part: elle avait été présentée comme un électrochoc politique. La veille, une scène similaire avait été observée dans le Lot-et-Garonne, mais en Aveyron le geste a provoqué un malaise important. Le veau a été suspendu sur les affiches d’une exposition consacrée au résistant Jean Moulin et aux fusillés de Sainte-Radegonde. De l’eau teintée de rouge, symbolisant le sang, a aussi été projetée sur les panneaux.
Le jour était tendu, marqué par de multiples dépôts de bennes en centre-ville sous l’œil des forces de l’ordre qui restaient spectatrices. Les organisateurs affirment que ces tensions traduisent un ras-le-bol et une pression croissante sur les éleveurs. Le déploiement de sécurité et les échanges entre manifestants et autorités ont fait monter les tensions tout au long de la journée.
Dans un communiqué publié tard dans la soirée, la préfète de l’Aveyron a dénoncé ces dégradations: «Les affiches de l’exposition ont été souillées de liquide rouge. Je déplore ces dégradations qui ont conduit au retrait de cette exposition. Les manifestations, expression démocratique, doivent se dérouler dans le respect des institutions et de la mémoire de ceux qui ont défendu notre pays au sacrifice de leur vie.» Plus tôt dans la soirée, le député et candidat à la mairie, Stéphane Mazars (Renaissance), avait dénoncé l’action: «Ce qui s’est passé aujourd’hui devant la préfecture de l’Aveyron est intolérable. Sur ces grilles, il y a le récit de résistants exécutés pour avoir choisi l’honneur et la France. On ne touche pas à cette mémoire. Aucune colère ne justifie de souiller un tel lieu d’hommage. La démocratie accepte la contestation, pas l’atteinte à notre mémoire et à notre histoire. Rien ne peut justifier que l’on s’en prenne sciemment et violemment à un tel symbole.»
Peu après, la Coordination rurale a pris la parole pour rappeler que le geste visait à frapper les consciences et à alerter l’opinion sur la détresse des éleveurs. «Nous avons escaladé les grilles sans prêter attention aux affiches; nous ne pensions qu’à symboliser la gravité de la situation en exposant cet animal. Nous présentons nos excuses les plus sincères pour cet incident. En aucun cas nous n’avons voulu porter atteinte à la mémoire de ces héros morts pour la France. Beaucoup de résistants étaient des paysans comme nous, et nous les honorons profondément et puisons dans leur courage une part de notre inspiration et de notre détermination. Nous nous excusons également auprès des citoyens que cette image a pu choquer».
Dans son communiqué, la CR s’adresse directement au député Stéphane Mazars. «Nous regrettons que certains politiciens proches de Madame la ministre de l’Agriculture nous instrumentalisent et ne retiennent que ça de notre action. Ils se détournent du fond du problème qui est l’arrêt pur et simple de l’abattage total.»
En tout, près de 200 manifestants, venus de la Coordination rurale, de la Confédération paysanne et du Modef, ont pris part à la mobilisation ruthénoise de ce jeudi 4 décembre.