Alors que les tensions militaires s’intensifient au Moyen-Orient et que les échanges de menaces se multiplient entre Washington et Téhéran, la perspective d’un dénouement rapide par la force paraît de plus en plus éloignée. Les déclarations de Donald Trump sur une possible destruction des capacités iraniennes en peu de temps nourrissent le débat, mais elles suscitent aussi de fortes réserves quant à leur crédibilité et à leurs conséquences.
Pour le général à la retraite et expert militaire Akram Sroué, intervenu sur Al Jazeera Mubasher, ces propos relèvent davantage de la guerre psychologique et de la communication de crise que d’une lecture réaliste du terrain. Selon lui, l’idée de rayer l’Iran de la carte ou de neutraliser rapidement son armée de l’air et sa marine relève de l’exagération.
Le spécialiste estime que l’évolution de la situation sur le terrain montre au contraire qu’un règlement militaire rapide est désormais improbable. Ni Washington ni Téhéran ne semblent prêts à reculer : le président américain chercherait un résultat politique visible, tandis que l’Iran miserait sur la durée pour user les forces américaines et compliquer toute sortie de crise.
Dans cette configuration, Akram Sroué juge que le conflit est appelé à se prolonger dans les prochains jours, sans signal clair d’une désescalade imminente. Il considère que la dynamique actuelle entretient surtout l’incertitude et renforce le risque d’un enlisement.
Une intervention terrestre jugée très risquée
Au sujet d’un éventuel déploiement de forces spéciales américaines dans la région, l’expert militaire écarte l’hypothèse d’une invasion de l’Iran avec un nombre limité de soldats. Il rappelle que l’armée iranienne compte des centaines de milliers d’hommes, auxquels s’ajoutent d’importantes réserves.
Selon lui, ces mouvements pourraient plutôt viser des opérations ponctuelles destinées à offrir à Washington une « image de victoire », comme la prise temporaire d’un point stratégique ou un débarquement de courte durée sur le sol iranien. Mais une telle option serait, d’après lui, extrêmement périlleuse.
Akram Sroué souligne que la profondeur du territoire iranien, l’ampleur du dispositif défensif et la complexité des objectifs exposeraient toute opération terrestre à des pertes importantes, voire à un échec total. Il avertit qu’un revers sur ce terrain pourrait pousser les États-Unis à aller encore plus loin dans l’escalade.
Concernant la coordination entre les États-Unis et Israël, il explique que les réunions entre responsables militaires servent à synchroniser les opérations et à prolonger le conflit sur plusieurs semaines. Pour lui, rien n’indique une fin proche des affrontements.
Le rôle d’Israël et la menace d’un franchissement des lignes rouges
Interrogé sur la possibilité d’un débarquement terrestre, le général à la retraite estime qu’Israël jouerait avant tout un rôle de renseignement. Il rappelle que les États-Unis disposent d’une expérience plus large dans ce type d’opérations, alors que l’État hébreu s’appuierait surtout sur un réseau d’agents à l’intérieur de l’Iran, chargé de collecter des informations et d’assurer la coordination avec des relais locaux.
Akram Sroué met aussi en garde contre toute attaque visant des infrastructures hautement sensibles, comme le réacteur de Dimona, dans le Néguev. Une telle frappe constituerait, selon lui, une escalade majeure et une rupture des règles d’engagement, avec des conséquences potentiellement catastrophiques.
Le Hezbollah, un facteur d’équilibre sur le front libanais
Sur le dossier du Hezbollah, l’expert militaire souligne que le mouvement dispose de systèmes de missiles avancés, notamment antichars, capables d’avoir un impact réel sur le champ de bataille. Il estime que cette capacité continue de peser sur les calculs israéliens.
Évoquant le front libanais, il affirme qu’Israël cible des civils et des journalistes, y voyant le signe d’un échec à neutraliser les capacités de la résistance. La poursuite des tirs de roquettes depuis le Liban, dit-il, contredit le récit israélien d’une destruction des moyens du Hezbollah et révèle un écart persistant entre le discours et la réalité militaire.
Depuis le 28 février dernier, les États-Unis et Israël mènent une guerre conjointe contre l’Iran, au nom de la neutralisation de ce qu’ils présentent comme une menace liée au programme nucléaire et balistique iranien. En réponse, Téhéran lance des frappes contre Israël à l’aide de missiles et de drones, visant selon lui des bases et des intérêts américains et israéliens dans la région.