Le syndrome d’Ekbom, aussi appelé parasitose délirante, est un trouble psychiatrique rare et complexe qui plonge les personnes concernées dans une spirale de souffrance et d’incompréhension. Ces dernières sont convaincues d’être infestées par des parasites, bien qu’aucune preuve médicale ne vienne étayer cette croyance. Comment expliquer ce phénomène ? Et surtout, comment le diagnostiquer et le prendre en charge ? On fait le point avec le Dr Mathieu Lacambre, psychiatre responsable de la filière Psychiatrie Légale au CHU de Montpellier.
Définition : qu’est-ce que le syndrome d’Ekbom ?
Le syndrome d’Ekbom a été décrit pour la première fois en 1938 par le neurologue suédois Karl-Axel Ekbom. Ce délire hypocondriaque se caractérise par la croyance erronée d’être infesté de parasites en tout genre. Les personnes concernées sont convaincues qu’elles sont infénées par des acariens, des insectes ou des vers, et cette conviction persiste malgré l’absence de preuves objectives. Elles rapportent des sensations désagréables sous leur peau, telles que des démangeaisons ou des picotements, qu’elles attribuent à la présence de ces parasites imaginaires.
Délire d’infestation parasitaire : quels symptômes doivent alerter ?
Le syndrome d’Ekbom se manifeste par des symptômes caractéristiques qui doivent alerter les proches et les professionnels de santé :
- Conviction délirante d’une infestation parasitaire. Le principal signe d’alerte est une croyance inébranlable que le corps est infesté par des parasites, malgré l’absence de preuves.
- Sensations physiques dérangeantes. La personne rapporte souvent des sensations cutanées comme des démangeaisons, des picotements, des brûlures.
- Automutilation. La personne se gratte intensément, parfois jusqu’à provoquer des lésions graves sur sa peau.
- Comportements obsessionnels. Le syndrome s’accompagne de comportements répétitifs, comme le nettoyage compulsif.
- Isolement social et méfiance. Avec le temps, la personne peut se retirer socialement.
- Souffrance psychologique. Le syndrome entraîne une détresse importante et une focalisation excessive sur les sensations corporelles.
Syndrome d’Ekbom : quelles sont les causes ?
La parasitose délirante peut être primaire ou secondaire à des affections médicales ou neurologiques telles que :
- La maladie de Parkinson ou la maladie d’Alzheimer.
- Les neuropathies.
- La consommation de drogues ou de certains médicaments, induisant des hallucinations.
Le stress chronique et les traumatismes psychologiques jouent également un rôle dans l’émergence de ce trouble.
Comment soigner le syndrome d’Ekbom ?
La prise en charge repose sur une approche pluridisciplinaire. Dans un premier temps, les patients se présentent chez des dermatologues pour écarter toute réelle infestation. Une fois les causes physiques exclues, l’orientation vers un psychiatre est essentielle.
Traitement médicamenteux
- Les médicaments antipsychotiques atténuent les symptômes délirants.
- Les médicaments anxiolytiques peuvent être utilisés pour réduire l’anxiété.
- Des antidépresseurs peuvent être prescrits en complément.
Psychothérapie
- La thérapie cognitivo-comportementale aide les patients à reconnaître et à modifier leurs pensées délirantes.
- Un suivi psychothérapeutique régulier est essentiel.
Suivi médical
- Une consultation dermatologique peut être nécessaire pour évaluer l’état de la peau.
- Si des troubles neurologiques sont suspectés, un suivi neurologique pourra être requis.
Il est important d’aider le patient à gérer son stress grâce à des techniques de relaxation et à rétablir des liens sociaux. L’empathie, l’écoute et l’engagement sont indispensables pour mettre en place un suivi adapté.