Entre 2014 et 2024, la fécondité en France est passée de 2,0 à 1,6 enfant par femme. Cette évolution pousse à s’interroger sur l’état d’esprit des Français vis-à-vis de la famille. Cet article propose un état des lieux, en s’appuyant sur les analyses récentes de l’Institut national d’études démographiques (Ined) et sur les enquêtes nationales.
Moins de deux enfants souhaités
Dans une analyse publiée ce 9 juillet, l’Ined avance plusieurs hypothèses et explications. À partir de grandes enquêtes nationales, dont une réalisée en 2024, les auteurs examinent le nombre d’enfants souhaités, son évolution et ses déterminants. Car si les Français font moins d’enfants, c’est parce qu’ils souhaitent désormais des familles moins nombreuses. Autrement dit, la famille nombreuse avec trois, voire quatre ou cinq enfants ne fait plus rêver. Deux facteurs ont diminué : le nombre idéal d’enfants dans une famille, ainsi que le nombre d’enfants souhaités, qui inclut ceux que le couple a déjà eus et qui est souvent inférieur au nombre d’enfants réels in fine.
Le nombre d’enfants souhaités a ainsi baissé de 0,6 enfant en moyenne entre 2005 et 2024 chez les femmes de moins de 30 ans (passant de 2,5 à 1,9 enfant en moyenne), présageant une diminution de la descendance finale pour les générations nées après 1985, même si l’écart entre intentions et réalisations se réduit. Cette tendance suggère que les trajectoires familiales futures pourraient être plus restreintes que par le passé, d’autant que les intentions ne se traduisent pas toujours en actes.
La famille avec 2 enfants, un maximum plutôt qu’un minimum
L’Ined souligne que les jeunes adultes disent désormais vouloir des familles plus réduites ou sont plus incertains à ce sujet. Chez les moins de 30 ans, le nombre total d’enfants souhaités a diminué de 0,6 enfant en moyenne en 20 ans, passant de 2,5 à 1,9 enfant souhaité pour les femmes et de 2,3 à 1,8 pour les hommes. Comme pour l’ensemble des adultes, la moitié des jeunes de 18 à 29 ans envisagent d’avoir exactement 2 enfants, mais les réponses « 0 ou 1 » dépassent désormais les réponses « 3 ou plus », ce qui était l’inverse en 2005.
Un constat qui est vrai chez les femmes (27 % contre 22 %), et qui l’est encore plus chez les hommes (35 % contre 15 %). « La norme de famille à 2 enfants, si elle reste très marquée, est maintenant considérée par les jeunes plutôt comme un maximum, et non plus comme un minimum », note l’Ined. Cette révision de la norme reflète une population jeune plus hésitante quant au modèle familial traditionnel.
Entre incertitude et inquiétudes
L’analyse révèle une proportion élevée de jeunes adultes qui sont incertains quant au fait de savoir s’ils ou elles veulent des enfants ou non. Parmi les personnes sans enfant, 17 % des moins de 25 ans et 20 % des 25-29 ans hésitent sur la réponse à apporter à la question. Parmi les futurs possibles, il y a bien la naissance éventuelle d’un premier enfant, mais aussi d’autres incertitudes et inconnues (emploi, vie de couple, lieu de résidence).
L’Ined souligne qu’au-delà de la conjoncture économique, plutôt peu favorable, de nouvelles sources de préoccupation sont apparues au cours de la dernière décennie, dont les effets sur les intentions de fécondité restent débattus. On pense notamment au changement climatique, à la crise économique, à l’affaiblissement de la démocratie, mais aussi, de manière générale, au manque de perspectives pour les générations futures. « Quel que soit le phénomène considéré, près de la moitié des personnes de 25-39 ans se disent « très inquiètes ». Seule une petite minorité (moins de 15 %) se dit « pas très » ou « pas du tout » inquiète », déplore l’Institut d’études démographiques. Car, sans grande surprise, les personnes inquiètes souhaitent moins d’enfants.
Au vu de ce constat, les auteurs estiment que « la baisse de la fécondité est probablement appelée à se prolonger », et que celle-ci découle en partie de la façon dont l’on conçoit la famille et appréhende l’avenir. « Ainsi, les personnes ayant une conception égalitaire des rôles des femmes et des hommes et celles très inquiètes du changement climatique et des perspectives pour les générations futures souhaitent moins d’enfants », avertit l’Ined. Reste à savoir si le déploiement de mesures incitatives et d’un renforcement de la politique familiale pourraient suffire à changer la donne.