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    Assassinat de Sir Lee Stack en 1924 : choc en Égypte et Soudan

    Égypte, Soudan, Royaume-Uni

    L’assassinat de Sir Lee Stack en novembre 1924 a marqué un tournant dans l’histoire coloniale du Nil, provoquant une crise majeure entre l’Égypte, le Soudan et la Grande-Bretagne. L’attaque a révélé l’ampleur de la résistance nationale, la montée des actions armées contre les symboles de l’occupation et les difficultés de l’État égyptien à préserver sa souveraineté face aux exigences britanniques. Cet épisode a eu des répercussions immédiates sur la vie politique intérieure égyptienne et a accéléré des décisions aux conséquences durables pour la région.

    Contexte politique et montée de la résistance

    Depuis l’occupation britannique de l’Égypte en 1882, la résistance nationale s’est intensifiée et diversifiée, passant des manifestations et pressions politiques à des actions armées ciblées. L’échec perçu des moyens pacifiques a poussé des jeunes et des groupes clandestins à recourir aux assassinats politiques pour atteindre des responsables perçus comme collaborateurs ou symboles de la domination étrangère.

    Plusieurs attentats antérieurs avaient déjà frappé des figures égyptiennes et britanniques, comme l’assassinat du premier ministre Boutros Ghali en 1910 et la mort de hauts fonctionnaires britanniques dans les années suivantes. Ces incidents constituaient une escalade qui culmina avec l’attaque contre Sir Lee Stack.

    Saeed Zaghloul et l'unité Égypte-Soudan

    La situation intérieure et la question soudanaise

    Les tensions politiques internes étaient vives : conflit entre le chef du gouvernement Saad Zaghloul et le roi Fouad Ier, débats sur la souveraineté et la place de l’Égypte dans la région. La question du Soudan, jugée par beaucoup comme indissociable de l’avenir égyptien, alimentait la colère populaire et les mouvements unitaires des deux rives du Nil.

    Au Soudan, la montée d’un mouvement nationaliste mené par le colonel Ali Abdel Latif renforçait la revendication d’un destin commun entre l’Égypte et le Soudan. La fermeté des autorités britanniques et la détermination de Zaghloul à s’opposer à tout démembrement ont contribué à l’escalade, conduisant notamment à la démission politico-symbolique de Zaghloul, rejetée d’abord par le roi.

    La répression contre les leaders soudanais, puis leur arrestation et des peines sévères, témoignent de l’effervescence et de la crainte des autorités devant un mouvement d’opinion de plus en plus déterminé.

    L’attentat contre Sir Lee Stack — déroulé

    Le 19 novembre 1924, peu après 14 heures, Sir Lee Stack, commandant en chef de l’armée égyptienne sous tutelle britannique, quitta le ministère de la Guerre pour rentrer chez lui. Sa voiture fut prise en embuscade dans le quartier de Zamalek, sur la rue qui deviendra plus tard la rue Ismaïl Pacha Abaza.

    Les assaillants, au nombre de cinq, lancèrent d’abord une bombe près du véhicule, puis firent feu à bout portant. Sir Lee Stack fut grièvement blessé à l’abdomen ; son accompagnateur et le chauffeur reçurent également des blessures graves. Les agresseurs prirent la fuite en voiture, tandis qu’un soldat qui tenta de les poursuivre fut lui aussi atteint par des tirs.

    Transporté d’urgence à l’hôpital, Sir Lee Stack succomba à ses blessures après minuit, le 20 novembre. L’événement provoqua une onde de choc dans la capitale et entraîna immédiatement des mesures de sécurité renforcées.

    • Date : 19-20 novembre 1924
    • Lieu : quartier de Zamalek, Le Caire
    • Victime : Sir Lee Stack, commandant en chef (décédé)
    • Auteurs : groupe armé en fuite, enquête ultérieure désigna des membres d’une cellule nationaliste

    Dessin représentant l'attentat contre Lee Stack

    Réactions immédiates et mesures britanniques

    La réaction britannique fut rapide et sévère. Le haut-commissaire à l’époque, Lord Edmund Allenby, se rendit en grande pompe devant le siège du gouvernement pour adresser un ultimatum au cabinet égyptien. L’atmosphère à cette étape était celle d’une démonstration de force destinée à réaffirmer la domination britannique.

    L’ultimatum imposait des conditions humiliantes : excuses officielles, arrestation et condamnation des auteurs sans considération pour les motivations, interdiction des réunions politiques, paiement d’une indemnité de 500 000 livres et retrait des troupes et fonctionnaires égyptiens du Soudan dans un délai très court.

    Ces exigences mirent le gouvernement égyptien dans une impasse politique : accepter revenait à admettre une défaite de souveraineté, refuser risquait de provoquer une occupation plus directe. Saad Zaghloul proposa des concessions partielles, mais le refus britannique de tout compromis provoqua sa démission effective.

    Lord Edmund Allenby au Caire

    Conséquences politiques et militaires

    La chute du cabinet de Zaghloul ouvrit la voie à la nomination d’Ahmed Zeiwar Pacha, un homme considéré comme plus conciliant envers les demandes britanniques. Le nouveau gouvernement accepta rapidement les conditions imposées :

    • retrait des forces égyptiennes du Soudan,
    • expulsion des fonctionnaires civils égyptiens du Soudan (environ 125 personnes),
    • paiement d’une lourde indemnité et renforcement des mesures de sécurité.

    Ces décisions marquèrent l’éclatement concret de l’influence égyptienne au Soudan et révélèrent la capacité britannique à imposer un ordre politique au prix d’une humiliation diplomatique pour le gouvernement du Caire.

    Ahmed Zeiwar Pacha à Londres en 1925

    La « Main Noire » et le procès des jeunes nationalistes

    L’attaque fut attribuée à une cellule clandestine connue sous le nom de « Main Noire », composée de jeunes nationalistes, d’étudiants et de militants décidés à frapper les symboles de l’occupation. Parmi eux figuraient les frères Abdel Fattah et Abdel Hamid Enayat, tous deux issus du milieu estudiantin.

    Les arrestations massives menées par les autorités britanniques et égyptiennes visèrent non seulement les suspects directs mais aussi des personnalités politiques et parlementaires. La répression souleva une crise constitutionnelle lorsque des députés furent appréhendés, remettant en cause les protections institutionnelles.

    En mai 1925 s’ouvrit un procès pour neuf accusés. Le tribunal condamna à mort huit d’entre eux et infligea une peine d’emprisonnement au chauffeur. Un pardon royal transforma la peine capitale d’Abdel Fattah Enayat en détention à perpétuité, mesure destinée à apaiser l’opinion publique.

    Ibrahim Al-Wardani, figure de la résistance

    Héritage et portée historique

    L’affaire Lee Stack ne fut pas seulement un assassinat isolé ; elle signala le passage de l’action nationaliste aux formes plus populaires et diversifiées, impliquant des étudiants, des ouvriers et des employés. L’événement mit en lumière la profondeur du rejet de l’occupation et la fragilité des compromis politiques face à la pression coloniale.

    Malgré la répression, l’incident eut pour effet d’accroître la conscience nationale et de préparer, à long terme, des transformations qui affaiblirent progressivement l’emprise britannique sur l’Égypte et le Soudan. L’assassinat de Sir Lee Stack reste une étape clé pour comprendre les tensions qui ont façonné l’histoire politique du Nil au XXe siècle.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/12/11/%d9%84%d9%8a%d9%84%d8%a9-%d9%85%d9%82%d8%aa%d9%84-%d8%a7%d9%84%d8%b3%d9%8a%d8%b1-%d9%84%d9%8a-%d8%b3%d8%aa%d8%a7%d9%83-%d9%81%d9%8a-%d9%82%d9%84%d8%a8-%d9%85%d8%b5%d8%b1

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