Le risque d’invasion russe pousse la Pologne à renforcer ses défenses. À partir de 2026, le pays imposera aux promoteurs immobiliers d’intégrer des abris antibombes dans la plupart des bâtiments neufs, afin de moderniser des défenses civiles jugées insuffisantes face à une menace de plus en plus probable. Cette initiative vise à mieux protéger les populations civiles face à des risques potentiels.
Ces derniers mois de 2025 ont renforcé cette priorité. En novembre, la Pologne a échappé de justesse à de lourdes pertes humaines lors d’un attentat à la bombe attribué à des individus proches du Kremlin sur une ligne ferroviaire. En septembre, des avions de chasse de l’OTAN avaient aussi abattu des drones russes qui avaient pénétré l’espace aérien polonais.
Cette séquence a mis en relief les faiblesses du dispositif de défense du pays, qui dépense près de 5 % du PIB en capacités militaires mais a peu investi dans la protection des populations. Le sujet des abris antibombes est particulièrement sensible: les abris hérités de l’ère communiste, certains encore en service, sont aujourd’hui décrépit. Des experts et responsables pointent la nécessité de rattraper ce retard.
Sławomir Cenckiewicz, directeur du bureau de la sécurité et conseiller clé du président, évoque un « problème colossal » et déplore que les années récentes aient privilégié la modernisation des forces armées au détriment de la protection civile. Le gouvernement a adopté une nouvelle loi sur les abris et a alloué 3,8 milliards d’euros à la construction de centres d’hébergement. Cenckiewicz souligne l’urgence de combler les lacunes.
Les villes du pays mobilisent également des budgets importants pour protéger les habitants. En décembre, le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, a annoncé un plan visant à transformer le métro en abri pour 100 000 personnes, avec lits, eau potable et couvertures disponibles. Ce projet illustre l’enjeu communal et l’ambition nationale d’amélioration des abris.
La Pologne s’inspire de la Finlande, leader de l’OTAN sur ce sujet, qui compte 50 000 abris et peut accueillir une partie importante de sa population. Karol Nawrocki s’est rendu à Helsinki en septembre pour étudier un abri souterrain pouvant accueillir 6 000 personnes, doté d’un café, d’une aire de jeux, d’un terrain de volley et d’une salle de sport. La comparaison souligne l’écart de capacité entre les deux pays.
« Il est crucial pour la Pologne et sa population que nous mettions en place ces dispositifs », avait déclaré le président polonais lors de sa visite. À ce jour, environ 1 000 abris sont implantés sur le territoire, soit une protection maximale d’environ 3 % des habitants; en Finlande, les abris pourraient couvrir au moins 80 %. Cette divergence illustre le retard potentiel.
Par ailleurs, l’idée d’un service militaire obligatoire refait surface. Longtemps tabou, le sujet réapparaît dans les débats publics et, selon un sondage réalisé en novembre, près de 60 % des Polonais y seraient favorables. Cette perspective s’inscrit dans les discussions sur le renforcement des capacités militaires et civiles.