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Gaza : agriculteurs reprennent la terre à la main après la destruction

par Sara
Palestine (Gaza)

À Gaza, près de quatre mois après l’entrée en vigueur d’un cessez‑le‑feu fragile, des agriculteurs reprennent leurs parcelles à la main, armés de pioches et de pelles. Le silence qui avait régné sur les champs ne traduit pas un véritable rétablissement, mais une pause entre deux vagues de destruction. Pourtant, peu à peu, la terre tente de respirer, tandis que les paysans affrontent un paysage transformé en ruine.

Retour sans moyens

Mahmoud al‑Ghoul, 55 ans, scrute les restes de ce qui fut jadis un jardin luxuriant. Il raconte avoir fui vers le sud au début des hostilités en octobre 2023, et être revenu en février 2024 pour découvrir une terre « devenue un désert ». Aujourd’hui, en 2026, il travaille à la main faute d’accès aux machines lourdes, n’ayant à sa disposition que des outils simples et une mémoire verte qui refuse de mourir.

De son point de vue, la situation est devenue une question d’existence : « Cette terre était notre unique source de subsistance », explique‑t‑il. Sans aides matérielles, les paysans comme lui peinent à labourer, à réinstaller les systèmes d’irrigation ou à renouveler les semences détruites.

Une reprise précaire et coûteuse

Partout dans la bande de Gaza, des cultivateurs s’efforcent de restaurer ce qui peut l’être, en l’absence d’équipements et de fournitures agricoles. Ahmed Abu Brika, 42 ans, décrit des journées épuisantes de travail manuel pour tenter de remettre en culture des terres meurtries par les bombardements. Il dénonce également une pénurie quasi totale de semences, d’engrais, de pesticides et de tuyaux d’irrigation.

Par ailleurs, la flambée des prix rend tout effort encore plus difficile. À Deir al‑Balah, le cultivateur Khalil al‑Hajj souligne des hausses spectaculaires : des rouleaux de tuyaux d’irrigation et le coût des semences ont été multipliés par dizaines, rendant la reprise financièrement impossible pour de nombreux petits exploitants.

Destruction à grande échelle

Des rapports officiels et d’organisations internationales estiment que 90 à 95 % des superficies agricoles ont été touchées, avec environ 145 km2 de terres fertiles rasées ou remaniées. Cette dévastation a profondément affecté la « corbeille alimentaire » de plusieurs régions, où la réhabilitation des sols contaminés par des restes explosifs pourrait nécessiter des années.

La structure agricole elle‑même a été ciblée : plus de 1 100 puits agricoles ont été détruits, quelque 450 000 mètres linéaires de réseaux d’irrigation ont été endommagés, et près de 12 500 serres ont été anéanties. Les pertes directes sont estimées à environ 2,2 milliards de dollars, contribuant à une hausse spectaculaire des prix des denrées de base.

Résilience paysanne et impératif de soutien

Malgré la violence des destructions, certains agriculteurs montrent une résistance visible. À Sheikh Radwan, Yusuf Salem, 60 ans, raconte comment sa famille a aménagé un petit pépinière près de la maison détruite pour continuer à produire. Pour lui, la remise en culture reste possible si la volonté politique et les ressources suivent.

Cependant, les acteurs locaux insistent sur le fait que la reprise durable du secteur dépend d’un soutien massif et coordonné. L’espoir se tourne vers la commission de gestion de Gaza, attendue pour entamer ses missions sous peu, que les paysans espèrent voir fournir un appui minimal et organisé.

Obstacles structurels à la reconstruction

Le porte‑parole du ministère de l’Agriculture à Gaza, l’ingénieur Mohammed Abu Awda, rappelle que toute stratégie de relance doit s’accompagner d’une ouverture intégrale des passages et d’un plan d’approvisionnement en équipements. Selon lui, sans accès aux machines lourdes, aux matériaux de construction, aux systèmes d’irrigation modernes et à un approvisionnement régulier en carburant, les efforts resteront largement symboliques.

En conséquence, la communauté agricole risque de rester piégée dans une dynamique où la survie quotidienne prime sur la reconstruction réelle du secteur. Pour les agriculteurs de Gaza, la reprise de la terre à la main est un acte de résistance, mais il faudra des mesures concrètes et des ressources pour éviter que ce geste de courage ne s’épuise face à l’adversité.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/2/28/%d8%a8%d8%a7%d9%84%d9%81%d8%a4%d9%88%d8%b3-%d9%88%d8%a7%d9%84%d9%85%d8%ac%d8%a7%d8%b1%d9%8a%d9%81-%d9%85%d8%b2%d8%a7%d8%b1%d8%b9%d9%88-%d8%ba%d8%b2%d8%a9-%d9%8a%d8%ad%d8%b1%d8%ab%d9%88%d9%86

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