Table of Contents
À Calgary, le Ramadan transforme mosquées et centres communautaires en espaces de prière, d’apprentissage et de solidarité, malgré le froid et la neige. Dans cette ville de l’Ouest canadien, les nuits du mois saint prennent une dimension collective : les familles se retrouvent pour les Tarawih, les enfants suivent des cours coraniques, et les tables d’iftar rassemblent des centaines de fidèles. Ainsi, le mois sacré devient un moment de chaleur humaine au cœur d’un hiver rigoureux.
Le cœur de la communauté musulmane
Les mosquées de Calgary se remplissent chaque soir pour la prière et la récitation du Coran. Au-delà de la dimension religieuse, elles jouent un rôle social et culturel important pour les différentes communautés arabes, sud-asiatiques et africaines présentes en ville. De fait, ces lieux offrent des activités éducatives, des cercles de lecture et des programmes pour les jeunes, favorisant le lien intergénérationnel.
Le centre Akram Jumaa, point de rassemblement
Parmi les établissements les plus fréquentés figure le centre islamique Akram Jumaa, dans le nord-est de Calgary. Fondé en 1992, il dessert une population musulmane locale estimée à plus de 25 000 personnes et comprend une mosquée, un centre communautaire et une école islamique accueillant environ 1 200 élèves de la maternelle à la 12e année.
Le centre voit son affluence monter sensiblement pendant le Ramadan : les vendredis, la prière du Jumu’ah rassemble parfois plus de 3 000 fidèles, et ce nombre peut atteindre 3 500 certaines semaines. Durant les Tarawih et les dix dernières nuits, l’affluence augmente encore, obligeant parfois les organisateurs à ouvrir des salles supplémentaires pour accueillir les fidèles.
Ramadan, facteur d’unité
Selon le cheikh Youssef Thuraya, le Ramadan transforme les mosquées en « cœurs battants » qui rassemblent des musulmans de toutes origines. Les prières collectives, les repas d’iftar partagés et les cours renforcent la cohésion sociale et le dialogue entre les communautés.
Le programme quotidien du centre comprend des cours après les prières de l’aube et du midi, avec un enseignement approfondi après la prière de l’après-midi assuré par le mufti de la province, le cheikh Jamal Hammoud. Des sessions de récitation destinées aux jeunes ont lieu avant l’appel du Maghreb, attirant un public nombreux.
Solidarité et iftar communautaires
La solidarité est au cœur des activités durant le mois sacré. De nombreux centres organisent des iftar gratuits destinés aux personnes démunies ; en temps normal, ces tables accueillent plus de 150 convives chaque soir, et ce chiffre peut grimper à environ 250 lors des dix dernières nuits, notamment avec la présence des personnes en retraite spirituelle.
En outre, les collectes de fonds connaissent une hausse pendant le Ramadan, permettant de financer des actions sociales locales et des campagnes humanitaires à l’étranger. Les associations étudiantes et les groupes communautaires multiplient les initiatives pour soutenir les plus vulnérables.
Enjeux logistiques face à l’affluence
Cette popularité génère toutefois des défis pratiques. Le stationnement limité et la surface disponible dans certains lieux de culte provoquent des débordements, obligeant parfois des fidèles à se garer dans les rues avoisinantes. Ces situations suscitent des plaintes et engendrent des tensions avec le voisinage.
Pour répondre à la demande, certaines mosquées programment plusieurs prières du vendredi et envisagent la construction de nouveaux lieux de culte. Cependant, l’acquisition de terrains adaptés reste compliquée en raison des contraintes d’urbanisme et des exigences en matière de stationnement.
Éducation et transmission aux jeunes
Les centres attachent une grande importance à l’enseignement du Coran et de la langue arabe pour les enfants, dont beaucoup sont nés au Canada. Le programme destiné aux 5‑16 ans combine lecture coranique, règles de récitation et enseignement religieux, et s’appuie sur des méthodes adaptées aux jeunes apprenants.
Rola Tseh, responsable du programme, explique que l’un des principaux défis est d’aider les enfants anglophones à acquérir une prononciation correcte des lettres arabes, ce qui demande un effort supplémentaire des enseignants et des familles. Malgré ces difficultés, la demande est forte et plusieurs niveaux affichent déjà des listes d’attente.
Un mois qui rassemble
À Calgary, le Ramadan offre aux musulmans l’occasion de renouveler leur relation à la foi et à la communauté. Entre Tarawih, cours, iftar et actions caritatives, le mois saint se vit comme un temps de partage et de renforcement des liens sociaux.
Malgré les défis liés au climat, à l’espace et à l’organisation, les fidèles réussissent à faire de ce mois un moment de chaleur humaine et de solidarité, contribuant ainsi à l’épanouissement d’une société locale plurielle et engagée.