Au moins 14 personnes ont été tuées vendredi dans des frappes israéliennes au sud du Liban, alors que les craintes grandissent de voir la flambée de violence compromettre un cessez-le-feu déjà fragile dans la région. Dans le même temps, la situation humanitaire continue de se dégrader, avec des dizaines de civils victimes de bombardements et des milliers de déplacés pris au piège d’un conflit qui s’étend.
Le président libanais Joseph Aoun a indiqué qu’au moins 13 membres des forces de sécurité avaient péri dans une frappe israélienne visant un bâtiment gouvernemental à Nabatieh, dans le sud du pays. Dans un communiqué, il a condamné la poursuite des attaques israéliennes et affirmé que le ciblage des institutions de l’État ne détournerait pas le Liban de la défense de sa souveraineté.
Des bombardements quasi continus dans le sud
Selon le correspondant d’Al Jazeera Obaida Hitto, joint depuis Tyr, le bilan pourrait encore s’alourdir, les équipes de protection civile poursuivant les recherches parmi les décombres. Il a décrit des frappes israéliennes menées « sans interruption » depuis le matin dans plusieurs localités du sud du Liban.
Plus tôt dans la journée, une frappe aérienne israélienne sur la localité de Hannawiya a fait un mort et un blessé, a rapporté l’Agence nationale d’information libanaise. L’agence a également signalé la destruction de quartiers résidentiels à Aita al-Shaab ainsi que de nouvelles attaques sur al-Majadel, dans le district de Tyr.
Des journalistes d’Al Jazeera présents au Liban ont par ailleurs rapporté que des forces israéliennes avaient fait exploser des maisons dans la localité de Hanine, accentuant encore la destruction dans la région frontalière.
Riposte du Hezbollah et tensions régionales
En réponse, le Hezbollah a tiré des roquettes en direction de plusieurs localités du nord d’Israël, notamment Kiryat Shmona, Metula et Misgav Am. Dans un message publié sur Telegram, le mouvement a affirmé que ces attaques se poursuivraient « jusqu’à ce que l’agression israélo-américaine contre le pays et le peuple cesse ».
Le groupe a également dit avoir visé la base navale d’Ashdod avec des missiles, deux jours après des frappes israéliennes meurtrières sur Beyrouth qui ont fait plus de 300 morts. Selon le Hezbollah, cette opération constitue une réponse à la « violation du cessez-le-feu » et aux attaques répétées contre la capitale libanaise.
Malgré cette escalade au sud, une accalmie relative a été observée à Beyrouth après l’assaut massif mené par Israël mercredi. La journaliste Zeina Khodr a expliqué que le rythme des frappes avait nettement diminué dans la capitale, même si l’activité militaire restait intense dans le sud du pays.
Pressions diplomatiques et urgence humanitaire
Cette évolution intervient alors que les efforts diplomatiques semblent au point mort. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré jeudi avoir ordonné l’ouverture de négociations directes avec le Liban « dans les plus brefs délais ». À ce stade, toutefois, les perspectives de dialogue restent limitées.
Un مسؤول libanais de haut rang a indiqué à Reuters que Beyrouth souhaitait participer la semaine prochaine à une réunion à Washington avec des représentants américains et israéliens afin d’évoquer et d’annoncer un cessez-le-feu. Pour le Liban, cet arrêt des hostilités constitue un préalable à toute discussion plus large avec Israël.
Une autre source libanaise citée par Anadolu a toutefois précisé que la réunion prévue à Washington serait seulement préparatoire et non une véritable négociation. En parallèle, l’Organisation mondiale de la santé a indiqué avoir reçu l’assurance que deux hôpitaux de Beyrouth visés par un ordre d’évacuation forcée ne seraient pas attaqués, alors que près de 450 patients restent hospitalisés faute de possibilité de transfert.
Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a, lui aussi, alerté sur l’aggravation de la crise. Selon sa directrice pour le Liban, Allison Oman, la situation n’est plus seulement une crise de déplacement, mais devient rapidement une crise de sécurité alimentaire. La hausse des prix, la demande croissante des familles déplacées et les perturbations des routes d’approvisionnement liées à la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran renchérissent de plus en plus le coût des denrées.
Des enfants parmi les premières victimes
Le bilan humain ne cesse de s’alourdir. L’Unicef a averti jeudi que l’intensification des attaques avait un impact « dévastateur et inhumain » sur les enfants. L’agence a indiqué que des frappes mortelles à travers le Liban avaient tué 33 enfants et blessé 153 autres, alors qu’un espoir de trêve régionale commençait à se dessiner.
Depuis le 2 mars, près de 600 enfants auraient été tués ou blessés au Liban, selon l’organisation, qui dit également avoir reçu des informations faisant état d’enfants disparus, séparés de leurs familles ou extraits des gravats. L’Unicef estime à près de 390 000 le nombre d’enfants parmi plus d’un million de déplacés.
Human Rights Watch a de son côté accusé l’armée israélienne d’avoir gravement endommagé des infrastructures essentielles dans le sud du pays, notamment des ponts sur le fleuve Litani. L’organisation affirme qu’entre le 12 mars et le 8 avril, toutes les principales passerelles reliant les zones au sud du Litani au reste du Liban ont été systématiquement détruites ou sévèrement endommagées, ne laissant qu’un seul grand point de passage encore opérationnel.