Une vaste enquête est en cours en France après une série d’attaques perpétrées contre plusieurs établissements pénitentiaires, leurs agents et biens personnels. Vingt-et-un suspects ont été mis en examen vendredi 2 mai, tandis que la justice privilégie désormais la piste de la grande criminalité organisée, notamment celle des narcotrafiquants, écartant ainsi toute dimension terroriste.

Trente interpellations lors d’un coup de filet national
Entre lundi et mercredi, 30 individus ont été arrêtés dans le cadre d’une opération d’envergure menée sur tout le territoire français. Ces interpellations font suite à une série d’une soixantaine d’incidents recensés en dix jours, principalement dirigés contre des prisons, des agents pénitentiaires, ainsi que leurs domiciles et véhicules. Parmi les personnes interpellées, sept ont été relâchées sans poursuites pour le moment.
Cette opération a mobilisé plus de 300 enquêteurs, avec la collaboration de la sous-direction antiterroriste, de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) nationale et du Raid.
Vingt-et-un mises en examen, dont deux mineurs
Vingt-et-un suspects ont été présentés à des magistrats instructeurs en vue de leur mise en examen. Les chefs d’accusation principaux incluent la tentative de meurtre en bande organisée, les dégradations et destructions par un moyen dangereux ainsi que l’association de malfaiteurs en vue de préparer des crimes et délits.
Parmi ces individus, sept sont déjà incarcérés et deux sont mineurs. Tous ont été mis en examen à tour de rôle dans la soirée du vendredi 2 mai. Une source proche du dossier évoque notamment deux personnes arrêtées en Isère, un mineur et un majeur, qui ont été contrôlés avec une tierce personne à proximité de la prison de Varces, à bord d’un véhicule contenant un jerrican d’essence. Ces derniers sont considérés comme de simples exécutants, utilisés par des commanditaires.
La piste terroriste écartée au profit de la grande criminalité
Le Parquet national antiterroriste (Pnat) et la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco) ont exclu la thèse d’une entreprise terroriste. Selon leurs déclarations, rien ne laisse penser que les attaques visaient à troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, ni qu’elles étaient motivées par une idéologie radicale violente ou une ingérence étrangère.
Conséquence directe, le Pnat s’est dessaisi au profit de la Junalco, compétente en matière de grande criminalité organisée, qui a ouvert une information judiciaire. La procureure Laure Beccuau annoncera prochainement les avancées de l’enquête.
Les enquêteurs ont constaté un mode opératoire récurrent et caractéristique des narcotrafiquants : la diffusion de consignes via une chaîne Telegram baptisée « DDPF » (Défense des droits des prisonniers français), sur laquelle des offres d’actions ont été relayées et exécutées contre rémunération.
Des liens avec la DZ Mafia marseillaise
Au moins quatre des interpellés se revendiquent membres de la DZ Mafia, une organisation criminelle basée à Marseille. Parmi eux, un détenu de 22 ans, écroué pour assassinat depuis 2023, a été extrait de sa cellule à la maison d’arrêt d’Avignon pour être entendu. Il est suspecté d’être à l’origine du compte Telegram « DDPF » et du texte de revendication diffusé sur cette chaîne.
Ce même individu est en attente de jugement pour des faits liés au narcobanditisme marseillais et proche de la DZ Mafia. La plateforme Telegram a supprimé le groupe DDPF ainsi que ses contenus après la diffusion de vidéos menaçantes.
Les investigations ont également identifié trois autres relais, détenus eux aussi, qui auraient agi en tant que donneurs d’ordre en ciblant des agents et établissements pénitentiaires, recrutant et rémunérant des exécutants pour mener à bien les actions violentes.
Une procédure distincte à Lyon
En parallèle, une autre enquête est en cours à Lyon. Un adulte et un mineur ont été présentés à un juge d’instruction, compétent territorialement car les liens avec l’enquête principale n’ont pas pu être établis. En revanche, les actes perpétrés à Tarascon (Bouches-du-Rhône) le 16 avril et à Villefontaine (Isère) les 17 et 21 avril, initialement traités séparément, ont été rattachés à l’enquête centrale en raison de connexions avérées.