La fin d’une ère est annoncée. Le dernier traité de désarmement nucléaire liant les États-Unis et la Russie a expiré jeudi, marquant un tournant majeur dans l’histoire du contrôle des armements et ravivant les inquiétudes liées à la prolifération. L’expiration du traité New START intervient à minuit GMT et ouvre la porte à un nouveau cadre pour la gestion des arsenaux des deux puissances. Cette dissolution met fin à des années de vérifications et de plafonds qui avaient été au cœur du régime de maîtrise des armements.
Selon le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, cette expiration symbolise un moment grave pour la paix et la sécurité internationales et appelle les deux pays à s’entendre rapidement sur un nouveau cadre. Il a ajouté que le risque d’emploi d’une arme nucléaire est au plus haut depuis des décennies. Le chef de l’ONU a exhorté à renforcer la coopération et à limiter les risques afin de stabiliser la scène stratégique.
Le New START, signé en 2010, était le dernier accord de maîtrise des armements liant Washington et Moscou. Il plafonnait chaque côté à 800 lanceurs et bombardiers lourds et à 1 550 ogives stratégiques déployées, avec un mécanisme de vérification. Son expiration annonce une transition vers un ordre nucléaire moins encadré, d’autant plus que les inspections avaient été suspendues en 2023 en raison de l’offensive russe en Ukraine.
En septembre 2025, Vladimir Poutine avait proposé de prolonger d’un an les termes du traité, une suggestion qualifiée de « bonne idée » par son homologue américain de l’époque, Donald Trump, mais sans que les États‑Unis n’y donnent suite. Cette initiative illustre les difficultés à trouver un cadre commun acceptable pour les années à venir. Elle montre également que l’échéance du traité n’a pas été compensée par un accord alternatif.
Du côté russe, le gouvernement a déclaré que le traité n’impose plus d’obligations et ne contraint plus les parties. Le ministère des Affaires étrangères a précisé que les parties ne seraient plus tenues par aucune obligation ni déclaration réciproque dans le cadre du traité. Dans une conversation téléphonique avec Xi Jinping, le président Poutine a indiqué que, dans ce contexte, Moscou agirait de manière réfléchie et responsable. Le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov, a ajouté que la Russie restait ouverte à explorer des voies de négociation et à préserver la stabilité stratégique.
À Washington, les responsables américains restent mesurés sur leurs intentions. Lors d’une conférence de presse, le chef de la diplomatie a indiqué que le président Trump s’exprimerait « plus tard » sur le sujet, sans préciser le calendrier, et a rappelé que les États‑Unis veulent inclure la Chine dans toute discussion sur le contrôle des armements. Il a ajouté que pour parvenir à un véritable cadre de contrôle au XXIe siècle, il serait impossible d’agir sans intégrer la Chine, compte tenu de son arsenal en expansion. Par ailleurs, dans son échange avec Xi Jinping, Poutine a réaffirmé que Moscou agirait avec retenue et resterait ouvert à des négociations afin de garantir la stabilité stratégique.
Le pape Léon XIV, qui intervient rarement sur le nucléaire et ses traités, a commenté l’expiration imminente de New START en appelant à prévenir une nouvelle course aux armements. Il a ajouté qu’il était urgent de remplacer la logique de la peur et la méfiance par une éthique partagée. Les capitales européennes ont, quant à elles, insisté sur la responsabilité des grandes puissances, et la France a appelé États‑Unis, Russie et Chine à œuvrer pour un système international de maîtrise des armements. Selon le ministère français des Affaires étrangères, la disparition de toute limite sur les plus grands arsenaux du monde serait un recul majeur des normes internationales depuis la Guerre froide, et la Russie en est désignée comme responsable des reculs. La coalition ICAN a exhorté les deux camps à s’engager publiquement à respecter les limites du traité pendant les négociations d’un nouveau cadre.