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    Gaza : 20 000 explosifs non explosés menacent les civils

    Palestine

    À Gaza, la guerre a laissé derrière elle bien plus que des ruines. Dans les quartiers dévastés, les maisons, les terrains vagues et les rues sont devenus des pièges mortels, minés par des explosifs non explosés à Gaza qui menacent chaque jour les civils, en particulier les enfants. Derrière chaque détonation, il y a désormais une histoire de mutilation, de peur et de vie bouleversée en quelques secondes.

    C’est ce qu’a vécu Mohammed Abou Maala, 15 ans, dans le camp de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza. En poursuivant un ballon devant son domicile, l’adolescent a ramassé un petit objet étrange trouvé dans un terrain voisin abandonné. Il l’a rapporté chez lui et a commencé à jouer avec. Quelques secondes plus tard, tout a basculé.

    L’explosion lui a arraché la main droite, déchiré la jambe droite de la cuisse au genou et détruit entièrement la rotule. Des éclats ont également touché son autre main. Les médecins ont dû prélever de la peau sur sa jambe gauche pour reconstruire la droite, aggravant encore ses souffrances.

    Chaque année, le 4 avril, le monde marque la Journée internationale de sensibilisation au danger des mines et de l’assistance à la lutte antimines. Mais à Gaza, cette date résonne avec une réalité quotidienne : les familles ne traversent pas des champs de mines, elles vivent au milieu d’eux, dans des quartiers frappés par deux années de guerre et d’attaques successives depuis octobre 2023.

    Des blessures physiques, mais aussi un traumatisme durable

    Plus de cinq mois après l’accident, Mohammed n’arrive toujours pas à plier sa jambe. Il dépend de puissants antidouleurs au quotidien. Avant cela, il était décrit comme un élève brillant, passionné de sport et de natation. Aujourd’hui, il se replie sur lui-même, pleure souvent et dit ressentir une sensation permanente d’étouffement.

    Son père, Aatif Abou Maala, explique que l’état psychologique de son fils est très difficile à supporter. Selon lui, l’adolescent a brutalement basculé dans le handicap alors qu’il n’était encore qu’un enfant. La présence de sa mère aurait, dit-il, rendu cette épreuve moins lourde à porter.

    Mohammed suit actuellement des séances de soutien psychologique avec Médecins sans frontières-France et une association locale, dans l’espoir d’atténuer les conséquences de l’explosion. Mais la douleur physique reste bien présente, et son état nécessite encore une prise en charge spécialisée.

    Une autre famille frappée par un objet suspect

    Le cas de Nour Al-Jiâr, 15 ans, montre à quel point ce danger est devenu banal dans l’enclave. À la mi-octobre, alors qu’il avait été déplacé avec sa famille à Deir el-Balah, au centre de la bande de Gaza, il a ramassé un objet au sol, ressemblant à un tuyau en plastique. L’objet a explosé entre ses mains quelques secondes plus tard.

    Le jeune garçon a été blessé aux mains, à la poitrine, à la jambe et au visage. Trois enfants de sa famille, qui se trouvaient avec lui, ont également été touchés : son frère Goud, 9 ans, à la poitrine, Khalil, 12 ans, au visage, et Karim, 4 ans, à la cuisse et à l’œil.

    Hospitalisé pendant 36 jours, Nour a dû subir plusieurs interventions en raison de la multiplication des blessures. Son père affirme que son état psychologique s’est fortement dégradé durant sa convalescence, au point que l’adolescent exprimait son désir de mourir. Des spécialistes ont alors assuré un suivi quotidien à l’hôpital.

    Aujourd’hui installé dans le quartier d’Al-Daraj, à Gaza-ville, il a perdu deux phalanges de deux doigts de la main gauche, le pouce et l’index. Il poursuit également des séances régulières de kinésithérapie, deux fois par semaine.

    Plus de 20 000 engins non explosés

    Selon les estimations du bureau de l’information gouvernemental à Gaza, plus de 20 000 munitions non explosées seraient toujours disséminées dans l’enclave. Un chiffre considérable au regard de la petite superficie du territoire, qui couvre à peine 365 kilomètres carrés.

    Le ministère de la Santé de Gaza fait, lui, état de 7 morts, dont 5 enfants, et de 49 blessés à cause de l’explosion d’engins non explosés pendant la guerre. De son côté, l’ONU indique que 400 personnes à Gaza ont été touchées par des incidents liés à ces restes de guerre, un niveau de risque comparable, selon elle, à celui observé dans d’autres pays durement éprouvés par les conflits.

    Un responsable du ministère de la Santé estime que les écarts entre les chiffres tiennent notamment à l’absence d’enregistrement précis du motif des blessures, ainsi qu’aux soins reçus dans des hôpitaux de campagne ou des structures privées. Dans un contexte de guerre, le comptage exact demeure particulièrement difficile.

    Des moyens dérisoires face à un danger massif

    Pour Mohammad Imad, porte-parole du dispositif d’intervention rapide spécialisé dans la gestion des munitions à Gaza, le volume de ces restes de guerre est « immense et dangereux », alors que les moyens disponibles pour les neutraliser restent « extrêmement limités ».

    Il souligne que la majorité des zones de l’enclave ont été bombardées, ce qui signifie que des engins peuvent se trouver sous des maisons ou parmi les décombres sans que les habitants en aient conscience. Dans certains cas, les familles vivent même dans des habitations où des explosifs non explosés sont connus, faute d’alternative.

    Les équipes chargées de ce travail opèrent avec des équipements insuffisants. Selon ce responsable, 90 % des capacités du service ont été détruites, et 17 techniciens spécialisés ont été tués sur 65. Les stocks, les engins de protection et les installations de stockage ont eux aussi été endommagés, réduisant fortement les capacités d’intervention.

    « Gaza ressemble à un champ de mines »

    Pour Mahmoud Bassal, porte-parole de la Défense civile à Gaza, la menace ne concerne pas seulement les habitants, mais aussi les secouristes et les équipes de sauvetage. Il affirme que des roquettes, des mines et différents fragments d’armes sont présents dans de nombreuses zones de l’enclave.

    « Gaza ressemble actuellement à un champ de mines », déclare-t-il, en rappelant que le danger est particulièrement élevé lors des opérations de dégagement dans les immeubles visés. Les équipes interviennent souvent sans savoir ce qui se trouve à l’intérieur des bâtiments, ce qui augmente les risques d’accident mortel.

    Il explique qu’un bâtiment peut avoir été touché par plusieurs frappes, mais qu’un projectile non explosé peut rester coincé dans les gravats. Le passage d’un engin de terrassement ou d’une pelle mécanique peut alors provoquer une explosion et tuer des sauveteurs sur place.

    Les agriculteurs sont eux aussi exposés. En labourant leurs terres, ils découvrent parfois des engins oubliés dans le sol, avec le risque d’une nouvelle catastrophe. Mais ce sont les enfants qui restent les plus vulnérables, selon la Défense civile.

    Certains objets ressemblent à des canettes ou à des boîtes de conserve, ce qui attire naturellement les plus jeunes. En les manipulant, ils déclenchent souvent l’explosion. Des engins largués par des drones ont également été trouvés et touchés par des enfants, provoquant des morts ou des amputations.

    La prévention, seul rempart possible

    Face à ce danger, le Comité international de la Croix-Rouge agit à Gaza sur deux fronts : le soutien technique aux autorités locales chargées de la neutralisation des restes explosifs, et la sensibilisation de la population aux risques. L’organisation fournit du matériel léger et dispense des formations adaptées aux équipes locales.

    La Croix-Rouge internationale, en coordination avec le Croissant-Rouge palestinien, mène également des campagnes de sensibilisation pour encourager des comportements plus prudents et alerter sur la dangerosité des objets non explosés. Des fresques murales et supports d’information ont été déployés dans plusieurs zones de l’enclave.

    Raid Al-Namss, porte-parole du Croissant-Rouge palestinien, précise que ces programmes ont ciblé les centres d’hébergement, les lieux de déplacement de populations et même les espaces éducatifs. L’objectif est d’inciter les familles et les enfants à s’éloigner de tout objet suspect et à signaler immédiatement toute découverte aux services compétents.

    Dans une bande de Gaza saturée de décombres et de restes de guerre, la sensibilisation apparaît comme un geste de survie. Mais tant que les explosifs non explosés à Gaza resteront disséminés dans les rues, les maisons et les terrains vagues, chaque pas pourra encore coûter une vie ou un avenir.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/4/4/%d8%ba%d8%b2%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%ba%d8%a7%d9%85-%d9%85%d8%aa%d9%81%d8%ac%d8%b1%d8%a7%d8%aa-%d8%a7%d8%ad%d8%aa%d9%84%d8%a7%d9%840-%d8%a5%d8%b3%d8%b1%d8%a7%d8%a6%d9%8a%d9%84

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