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Grève de la faim à la prison de Roumieh au Liban : causes et enjeux

par Sara
Liban, Syrie

Des détenus libanais et syriens de la prison Roumieh ont entamé une grève générale de la faim pour dénoncer les retards chroniques dans le traitement de leurs dossiers judiciaires, la surpopulation carcérale et le manque de soins médicaux. Le mouvement, déclenché lundi, intervient après des années de détention provisoire pour une part importante des prisonniers, selon leurs témoignages. Les grévistes affirment avoir épuisé toutes les voies de recours et demandent à porter leur plainte au‑delà des murs de la prison.

Des voix depuis l’intérieur

Une vidéo enregistrée depuis l’intérieur de l’établissement montre des détenus expliquant que la grève fait suite à « l’épuisement » des possibilités de recours. Ils accusent le système judiciaire de dilatoire et réclament l’organisation d’un rassemblement sur la place Riyad el‑Solh à Beyrouth pour donner visibilité à leur cause. Parallèlement à leurs revendications judiciaires, les prisonniers dénoncent l’absence de soins adéquats et font état de décès survenus en détention.

Selon les éléments communiqués par les détenus, 44 personnes seraient décédées au sein de la prison l’année précédente, et six autres depuis le début de l’année en cours. Ces chiffres, s’ils sont confirmés, traduisent une situation sanitaire alarmante qui alimente la colère des prisonniers et de leurs soutiens. Le risque d’escalade politique et social est réel si les conditions restent inchangées.

Un établissement devenu le reflet d’une crise

Conçu à l’origine comme un complexe carcéral moderne avec plusieurs bâtiments distincts, la prison Roumieh est aujourd’hui perçue comme l’image d’une crise pénitentiaire et judiciaire plus large. Les observateurs relèvent que le modèle initial n’a pas suivi l’évolution démographique et sécuritaire du pays, ce qui a contribué à l’aggravation de la surpopulation. Résultat : des conditions de détention détériorées et une incapacité à garantir les standards minimaux de traitement des détenus.

Des professionnels du droit soulignent également les conséquences du chevauchement des compétences entre les ministères concernés, qui fragilise les mécanismes de contrôle et laisse persister des pratiques abusives. Des rapports d’ONG locales et internationales mentionnent des cas de mauvais traitements, signalant un déficit de responsabilité institutionnelle. Ce contexte nourrit l’impression d’impunité et d’inefficacité face aux violations des droits fondamentaux.

Profil des détenus et enjeux judiciaires

La catégorie dite des « détenus islamistes » rassemble principalement des Libanais de confession sunnite, ainsi que des détenus syriens et palestiniens. Ces dossiers, souvent liés à des affaires de violences, d’attentats ou de participation à des groupes armés, ont été traités de manière disparate au fil des années. Certains ont été condamnés par des juridictions militaires à des peines allant de l’emprisonnement à perpétuité jusqu’à la peine capitale, tandis que d’autres attendent encore un jugement définitif.

Cette inégalité de traitement, selon des avocats et des représentants juridiques, mine la confiance dans le système et alimente le sentiment d’injustice parmi les détenus. Des affaires emblématiques, impliquant des groupes armés et des actes de violence, continuent de polariser l’opinion publique et compliquent la recherche de solutions globales. La persistance de détentions prolongées sans procès porte atteinte au principe d’un procès équitable dans des délais raisonnables.

Les causes de la surpopulation

Les acteurs judiciaires et les défenseurs des droits pointent plusieurs facteurs qui expliquent la saturation des locaux de la prison Roumieh et d’autres établissements. Ils mettent en avant un recours excessif à la détention provisoire, des lenteurs procédurales et l’absence d’alternatives effectives à l’incarcération. L’addition de ces éléments a transformé le recours temporaire en une forme de peine de longue durée pour nombre de prévenus.

  • Recours massif à la détention provisoire : une part importante des détenus sont encore en attente de jugement.
  • Lenteur des procédures judiciaires aggravée par les difficultés institutionnelles et la crise nationale.
  • Absence d’un cadre légal permettant les audiences à distance et d’autres solutions modernisées.
  • Gestion administrative déficiente des dossiers des détenus et manque d’accès à l’aide juridique.
  • Comité de réduction des peines inactive ou inefficace, retardant les libérations anticipées.

Appels à l’amnistie et critiques

Plusieurs députés ont présenté une proposition de loi visant à accorder une amnistie générale et à réduire certaines peines, dans l’objectif affiché de désengorger les prisons. Cette initiative, cependant, suscite des réserves chez des juristes et des associations qui dénoncent des lacunes substantielles. Parmi les critiques figurent l’absence de critères clairs et le risque d’étendre l’amnistie à des crimes graves, y compris des infractions financières.

Parallèlement, des négociations bilatérales entre Beyrouth et Damas visent à organiser le transfert des détenus syriens vers leur pays d’origine, démarche présentée comme une solution partielle au surpeuplement. Si des transferts ont effectivement eu lieu, des juristes observent que cela n’a pas entraîné de mesures comparables pour les détenus libanais, alimentant le sentiment d’une justice à deux vitesses. Ce traitement différencié est cité comme facteur aggravant de tensions à l’intérieur des prisons.

Perspectives et demandes des acteurs juridiques

Des avocats et spécialistes du droit réclament une réforme d’ensemble pour traiter à la fois les symptômes et les causes structurelles de la crise carcérale. Ils préconisent une révision des pratiques de détention provisoire, le renforcement d’un système d’aide juridique national et la mise en place d’audiences à distance pour accélérer les procédures. Ils demandent aussi la réactivation effective des mécanismes de réduction de peine et un meilleur accès aux soins médicaux pour les détenus.

Enfin, ils insistent sur la nécessité d’une supervision indépendante des conditions de détention et d’une coordination claire entre les ministères concernés afin de prévenir les violations et d’assurer des enquêtes impartiales sur les allégations de mauvais traitements. Sans mesures concrètes et rapides, la grève de la faim risquerait de se durcir et d’entraîner de nouvelles tensions sociales et politiques.

La grève de la faim à la prison Roumieh met en lumière une crise pénale et humanitaire qui dépasse les murs de l’établissement. Face aux revendications des détenus et aux inquiétudes quant à l’état sanitaire et judiciaire des prisons, la pression s’accroît sur les autorités pour qu’elles adoptent des réponses urgentes et durables. L’enjeu est double : préserver la sécurité publique tout en respectant les droits fondamentaux des personnes privées de liberté.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/1/27/%d8%a5%d8%b6%d8%b1%d8%a7%d8%a8-%d9%85%d9%81%d8%aa%d9%88%d8%ad-%d9%85%d8%a7%d8%b0%d8%a7-%d9%8a%d8%ac%d8%b1%d9%8a-%d8%ae%d9%84%d9%81-%d9%82%d8%b6%d8%a8%d8%a7%d9%86-%d8%b3%d8%ac%d9%86

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