Les Japonais votent dimanche pour des élections législatives anticipées qui devraient consacrer le Parti libéral-démocrate (PLD) de Sanae Takaichi, figure de l’ultra-conservatisme et prônant une ligne plus dure sur l’immigration. Cette consultation est présentée comme un test majeur pour sa gestion du pays. Takaichi, première femme à diriger le Japon, bénéficie d’un début de mandat en état de grâce. Elle est perçue comme une dirigeante déterminée à renforcer la position du PLD.
Les bureaux de vote ferment à 20h00 et les premières estimations sont attendues peu après. Portée par un début de mandat favorable, elle affirme vouloir rendre le pays plus prospère et plus sûr. Son message est soutenu par des partisans qui voient en elle un cap clair pour l’avenir. Toutefois, des analystes avertissent que les indécis peuvent modifier le score final.
Cette grande admiratrice de Margaret Thatcher s’est engagée à « pousser le bouton de la croissance » dans l’archipel. Elle a également déclaré que les critères d’immigration seraient devenus plus stricts afin d’empêcher l’entrée de terroristes et d’espions industriels. Dans son discours, elle a lié l’économie à la sécurité nationale, affichant une approche résolument interventionniste. Son entourage répète que le Japon doit être plus protégé et plus compétitif sur la scène internationale.
Le 19 janvier, elle a annoncé la dissolution de la chambre basse et a déclenché une campagne-éclair de 16 jours. Cette décision a été présentée comme nécessaire pour laisser le peuple décider rapidement. Sur le terrain, les meetings ont été marqués par des rues pleines et des échanges avec les électeurs. Le message principal reste la promesse d’un pays plus fluide et plus résilient face aux défis économiques et sécuritaires.
Portée par une popularité élevée, elle a fait de cette élection une affaire personnelle et a interpellé les électeurs : « Takaichi est-elle apte à être Première ministre ? J’ai voulu laisser le peuple souverain décider ». Pour elle, la campagne est aussi l’occasion de démontrer la continuité du programme du PLD et sa vision pour l’avenir. Les sondages lui restent globalement favorables, même si les chiffres peuvent fluctuer selon les segments d’électeurs. Les analystes remarquent que les indécis pourraient modifier la donne jusqu’au dernier moment.
Bien qu’en léger recul ces dernières semaines, son gouvernement bénéficie d’un taux d’opinions favorables autour de 70 %, largement supérieur à celui des gouvernements précédents. Les analystes estiment que cette popularité donne au PLD un avantage structurel. Toutefois, ils avertissent que les indécis pourraient redistribuer les cartes jusqu’au dernier moment.
Arrivée au pouvoir en octobre, elle semble en passe de réaliser son pari et de rétablir une majorité parlementaire pour le PLD. Les observateurs indiquent que l’évolution pourrait même dépasser les prévisions actuelles sur l’échiquier politique.
Parmi les électeurs, notamment les plus jeunes, Mme Takaichi bénéficie d’une image très positive et elle est devenue un phénomène sur les réseaux sociaux. Sa présence médiatique est perçue comme une force pour sa campagne. Ses messages résonnent particulièrement dans les sphères conservatrices et chez les partisans traditionnels du PLD.
Les sondages pré-élection, bien que marqués par prudence en raison du nombre d’indécis, suggèrent que le PLD pourrait dépasser largement les 233 sièges nécessaires à la majorité absolue. La coalition au pouvoir, composée du PLD et du Japan Innovation Party (JIP), pourrait même franchir la barre des 300 sièges sur 465 en jeu.
La nouvelle Alliance réformiste centriste, réunissant le principal parti d’opposition, le CDP, et l’ancien partenaire du PLD, Komeito, pourrait perdre la moitié de ses 167 sièges actuels.
Un aspect marquant de sa campagne est son discours, jugé « facile à comprendre ». Son approche ferme sur l’immigration a aussi pris à contre-pied le parti populiste Sanseito, qui se réclame du slogan « les Japonais d’abord ».
« Les mots qu’elle utilise sont faciles à comprendre », souligne Mikitaka Masuyama, professeur de politique à l’Institut national d’études sur les politiques (GRIPS). Son prédécesseur Shigeru Ishiba avait, lui, des idées ambitieuses mais parlait comme un universitaire.
Au-delà de sa personne, l’enjeu économique a dominé la campagne. L’inflation, qui reste supérieure à 2 % depuis près de trois ans, occupe l’attention du public et façonne les débats. « Une victoire écrasante du PLD reviendrait à lui donner un mandat pour poursuivre ces politiques », observe un économiste. Ses mesures, dont un plan de relance de 135 milliards de dollars (environ 125 milliards d’euros), ont néanmoins suscité des inquiétudes chez certains investisseurs.
La cheffe du gouvernement a promis d’exempter les produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8 % afin d’atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages.
Le soutien international n’est pas négligeable. Il y a une semaine, elle a semé le trouble en vantant les avantages d’un yen faible, alors même que son ministre des Finances rappelait que Tokyo interviendrait pour soutenir la devise si nécessaire. « Pousser sur le bouton de la croissance est la mission du gouvernement Takaichi. Le Japon deviendra de plus en plus prospère et plus sûr », a-t-elle déclaré à Tokyo devant ses sympathisants.
L’évolution des relations avec la Chine demeure un sujet de préoccupation. À peine deux semaines après son arrivée au pouvoir, elle avait laissé entendre que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d’attaque contre Taïwan. Ces déclarations avaient provoqué l’ire de Pékin et déclenché une crise diplomatique entre les deux capitales.
Enfin, vendredi, elle a bénéficié du soutien du président américain. « Les résultats sont très importants pour l’avenir du pays. La Première ministre Takaichi a déjà prouvé qu’elle était une dirigeante solide, puissante et sage », écrivait Donald Trump sur Truth Social, ajoutant qu’il était « impatient » de la recevoir à la Maison-Blanche le 19 mars. Un soutien du puissant allié qui pourrait finir de convaincre les indécis.