La Chine a mené, lundi, des exercices militaires simulant un blocus du détroit de Taïwan, une démonstration d’anticipation destinée à dissuader le gouvernement insulaire et ses soutiens. Présentés comme un avertissement sévère, ces manœuvres ont mobilisé des destroyers, des frégates, des chasseurs, des bombardiers et des drones, selon le commandement chinois pour la zone. L’opération, baptisée Mission justice 2025, a été décrite comme incluant des tirs à munitions réelles sur des cibles maritimes. À Taïwan, les forces armées ont indiqué avoir détecté 28 navires chinois et 89 avions, soit le bilan quotidien le plus élevé depuis octobre 2024. Les zones d’exercices seraient bien plus vastes que lors des épisodes précédents.
Cette stratégie est portée par le gouvernement de Xi Jinping et révèle une volonté de Pékin d’exercer une pression croissante sur Taïwan. Le développement d’une posture de plus en plus agressive consiste à se rapprocher des lignes et à multiplier les activités de zone grise pour tester la réactivité et fatiguer les forces taïwanaises. Le général Meng Xiangqing a évoqué, à la télévision chinoise et selon des sources américaines, une corde qui se serre autour de l’île. Des analystes estiment que Pékin cherche à faire comprendre qu’il dispose de la capacité de vaincre et de forger des concessions sans déclencher une intervention armée.
Des experts ne voient pas ces exercices comme une simple démonstration mais comme une étape dans une stratégie où l’usage de la force demeure une option d’ultime recours. Pour Marc Julienne, de l’Institut Français des Relations Internationales, la Chine vise à détruire toute volonté de résistance en montrant sa puissance et son aptitude à obtenir des concessions. Les récents éléments laissent supposer que l’année 2027, évoquée par certains services de renseignement, pourrait être envisagée comme une date butoir plutôt que comme une échéance exacte. Une possibilité de fermeture des routes maritimes ou un blocus pourrait pousser Taïwan à négocier, ou à accepter des conditions imposées par Pékin.
Le message va aussi au-delà des eaux taïwanaises et vise Tokyo et les États‑Unis. L’armée taïwanaise a déclaré déployer des forces et effectuer un exercice de réaction rapide, tandis que les garde-côtes ont immédiatement dépêché de grands navires. Les autorités notent que ces exercices ne surprennent pas Taïwan, qui reste prête à répondre mais voit l’appui américain jouer un rôle déterminant, même s’il n’est pas garanti en cas d’invasion. En mi-décembre, les États‑Unis ont finalisé une vente d’armes d’un montant record depuis 2001, environ 10,2 milliards d’euros, ce qui a provoqué des sanctions chinoises contre vingt entreprises américaines du secteur. Au Japon, la première ministre a évoqué une intervention militaire en cas d’attaque contre Taïwan. Ces éléments illustrent une intensification dans la région et une réalité géopolitique tendue.