En Hongrie, les bureaux de vote ont fermé dimanche à 19 heures pour des élections législatives qui pourraient rebattre les cartes après 16 années de pouvoir de Viktor Orban. Le Premier ministre sortant, chef du parti Fidesz, affronte cette fois un défi électoral d’une ampleur inédite face à Peter Magyar et à son parti Tisza, une formation de centre droit en pleine ascension.
La participation a atteint 77,8 % à 18h30, selon les autorités électorales, un niveau exceptionnellement élevé et supérieur au précédent record de 70,5 %, établi lors du scrutin de 2002. À Budapest comme dans plusieurs grandes villes du pays, cette mobilisation a nourri l’idée d’un vote particulièrement serré.
Depuis la capitale hongroise, des reporters sur place ont décrit une ambiance de forte tension politique, avec des électeurs venus en nombre décider de l’orientation future du pays. Dans un scrutin aussi polarisé, la participation pourrait peser lourd dans le verdict final.
Orban et Magyar au coude-à-coude dans les sondages
Les derniers sondages publiés au cours des deux dernières semaines donnaient Tisza légèrement en tête, avec une avance de 7 à 9 points sur le Fidesz. Le parti de Peter Magyar était crédité d’environ 38 à 41 % des intentions de vote, un score qui a profondément modifié le rapport de force politique en Hongrie.
Viktor Orban, figure emblématique de la droite nationale et eurosceptique, a tenté de transformer l’élection en référendum sur la guerre en Ukraine. Durant la campagne, son camp a multiplié les affiches accusant Peter Magyar de vouloir entraîner la Hongrie dans le conflit, une accusation fermement rejetée par l’opposition.
Après avoir voté à Budapest, le chef du gouvernement s’est voulu combatif. « Je suis ici pour gagner », a-t-il déclaré, affichant sa confiance malgré l’incertitude qui entoure le résultat.
Une lassitude grandissante chez une partie des électeurs
Au-delà des clivages politiques, plusieurs Hongrois disent ressentir un essoufflement après trois années de stagnation économique et de hausse du coût de la vie. À cela s’ajoutent les critiques répétées visant l’enrichissement d’oligarques proches du pouvoir, qui alimente un sentiment de frustration dans une partie de la population.
Dans les rues de Budapest, certains électeurs disent espérer un changement rapide. D’autres, en revanche, redoutent une période d’instabilité si le pays venait à basculer vers l’opposition. Le scrutin cristallise ainsi autant les attentes que les inquiétudes.
Une jeune vendeuse de souvenirs interrogée dans la capitale a dit se sentir à la fois « très excitée » et « très effrayée » par l’issue du vote. Elle a expliqué que son avenir dépendait de ce résultat et qu’elle envisageait de quitter la Hongrie si Viktor Orban l’emportait à nouveau.
Peter Magyar s’affirme comme le principal rival
Âgé de 45 ans, Peter Magyar est apparu sur la scène politique il y a seulement deux ans, après avoir longtemps évolué dans les cercles du pouvoir. Son ascension a été rapide, portée par le mécontentement économique et par la volonté d’une partie des électeurs de tourner la page Orban.
Dimanche, après avoir voté à Budapest, il a affirmé que les Hongrois écriraient l’histoire en choisissant « entre l’Est et l’Ouest ». Il a également appelé les citoyens à signaler toute irrégularité, rappelant que la fraude électorale constitue un crime grave.
Magyar a dit aborder les résultats avec prudence, tout en se montrant confiant. Selon lui, la vraie question n’était pas de savoir si Tisza l’emporterait, mais si le parti obtiendrait une majorité simple ou une majorité des deux tiers, seuil qui permettrait de modifier la Constitution.
Dans la ville de Miskolc, dans le nord-est du pays, plusieurs sympathisants ont dit espérer l’ouverture d’une « nouvelle ère » pour la Hongrie. Pour eux, le vote pourrait marquer le début d’un pays plus vivable, sur le plan économique comme politique.
Un scrutin scruté à Bruxelles et au-delà
Les premières estimations officielles doivent être publiées peu après la fermeture des bureaux de vote. Toutefois, si l’écart entre les deux camps s’avère faible, l’annonce du vainqueur pourrait attendre la fin du dépouillement, prévue samedi prochain.
Le scrutin est suivi de près par les partenaires européens de la Hongrie, nombreux à reprocher à Viktor Orban une dérive autoritaire, une pression accrue sur les médias et un recul des droits des minorités. Ses relations étroites avec Vladimir Poutine, mais aussi son rapprochement avec Donald Trump, alimentent les critiques à l’étranger.
La visite récente à Budapest du vice-président américain JD Vance a encore renforcé l’attention portée à ce vote. Le dirigeant américain a dénoncé ce qu’il a présenté comme l’ingérence de « bureaucrates de Bruxelles », tout en laissant entendre que Washington pourrait soutenir davantage la Hongrie si Orban l’emportait.
Pour l’Ukraine, les enjeux sont également considérables. Une défaite d’Orban pourrait débloquer un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’effort de guerre de Kyiv. Elle priverait aussi Moscou de l’un de ses alliés les plus fiables au sein de l’Union européenne.