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Le gouvernement vénézuélien a promulgué une loi d’amnistie susceptible de conduire à la libération de centaines de détenus, a annoncé jeudi la présidence par intérim. Ce texte marque un revirement notable de l’exécutif, qui reconnaît implicitement l’existence de détenus pour motifs politiques alors que Caracas n’avait cessé de nier ce phénomène depuis des années.
Portée et mécanismes de la loi
La loi accorde l’amnistie à des personnes impliquées dans des manifestations politiques et dans des « actions violentes » liées à plusieurs épisodes clés, notamment le bref coup d’État de 2002, ainsi que des protestations et scrutins remontant à 2004. Elle ouvre donc la voie à des relaxes pour des opposants, militants, avocats et journalistes ciblés par le pouvoir au cours des dernières décennies.
Toutefois, le texte reste flou sur la liste précise des infractions visées. Un projet antérieur détaillait des chefs comme l’incitation à des actes illégaux, la résistance aux autorités, la rébellion et la trahison, mais la version finale n’en reprend pas toutes les formulations.
Qui en bénéficie — et qui en est exclu
Des organisations de défense des prisonniers politiques signalent déjà des premières libérations. Le groupe vénézuélien Foro Penal fait état de 448 personnes remises en liberté depuis le 8 janvier, tout en estimant que plus de 600 individus restent détenus pour des motifs politiques.
Cependant, la loi comporte des exclusions importantes : les personnes condamnées pour « rébellion militaire » liées aux événements de 2019 ne peuvent prétendre à l’amnistie. De plus, le texte ne prévoit pas la restitution des biens saisis, n’annule pas les interdictions d’exercer des fonctions publiques imposées pour des raisons politiques et ne supprime pas les sanctions visant des médias.
Réactions contrastées dans l’opposition
La nouvelle loi a creusé un fossé au sein de l’opposition. Pour certains, comme la députée Nora Bracho, il s’agit d’un « grand pas » vers la réconciliation nationale. Son intervention en faveur du texte lors des débats parlementaires a souligné l’importance symbolique de l’initiative pour une partie de l’opposition.
En revanche, des figures opposées au régime ont vivement critiqué le dispositif. Pedro Urruchurtu, chargé des relations internationales auprès de la dirigeante Maria Corina Machado, a qualifié l’approche d’« illégitime » et estimé que la loi pourrait servir de piège destiné à gagner du temps et à revictimiser les personnes déjà poursuivies.
Pression des familles et réalités sur le terrain
Des familles de détenus, rassemblées depuis des semaines devant certains centres de détention, restent sceptiques et reprochent à la présidence par intérim de n’avoir pas tenu des promesses antérieures de libération. Ces rassemblements témoignent de l’impatience et du scepticisme persistants malgré l’adoption de la loi.
Contexte régional et concessions diplomatiques
Le vote intervient dans un contexte diplomatique tendu. Depuis des incidents récents survenus début janvier, la présidence par intérim dirigée par Delcy Rodríguez a opéré plusieurs concessions à l’égard des États-Unis, selon les annonces officielles.
Parmi ces décisions figurent le gel d’expéditions pétrolières vers Cuba et le soutien à des réformes ouvrant l’industrie pétrolière d’État aux entreprises étrangères. Washington a indiqué qu’il contrôlerait les recettes des ventes de pétrole jusqu’à l’établissement d’un gouvernement « représentatif », une mesure qui s’inscrit dans les pressions internationales pesant sur Caracas.
Perspectives
La promulgation de l’amnistie soulève donc autant d’espoirs que d’interrogations : espoir de voir revenir des prisonniers politiques dans leurs familles, mais aussi crainte que des mesures essentielles — restitution de biens, levée des interdictions politiques et annulation des sanctions médiatiques — ne soient pas prises en parallèle.
Au-delà de l’effet immédiat sur les détentions, l’acceptation ou le rejet de cette loi par l’opposition et la société civile déterminera si elle contribuera réellement à apaiser les tensions ou si elle restera un geste politique limité face aux demandes de réformes plus profondes.