Accueil ActualitéPourquoi l’ambassadeur US défend un Israël «du Nil à l’Euphrate»

Pourquoi l’ambassadeur US défend un Israël «du Nil à l’Euphrate»

par Sara
Israël, États-Unis, Palestine

Mike Huckabee, ambassadeur des États-Unis en Israël, a relancé la controverse en défendant, au cours d’une longue interview, une lecture religieuse et expansionniste de la promesse biblique sur « une terre allant du Nil à l’Euphrate ». Ses propos, présentés sur un registre théologique plutôt que stratégique, ont mis en lumière les tensions croissantes au sein de la droite américaine sur la politique envers Israël et ravivé les inquiétudes sur le rôle de la religion dans la diplomatie américaine.

Une interview explosive

Lors d’un entretien de près de trois heures, l’animateur a confronté Mike Huckabee à des passages de l’Ancien Testament cités comme justification d’actes d’extermination contre des ennemis d’Israël. Le présentateur a évoqué notamment un ordre attribué à Dieu dans la Genèse et a rappelé un discours du Premier ministre israélien à des soldats, interprété comme une référence aux mêmes textes.

Huckabee a repoussé l’accusation d’appel à la violence, arguant que si Israël avait voulu commettre une « extermination », sa supériorité militaire aurait suffi « en deux heures et demie ». Plus tard dans l’entretien, confronté au verset sur l’étendue de la « terre promise », il a déclaré — avec nervosité — qu’« il vaudrait mieux qu’ils la prennent toute », ajoutant que la région est, selon lui, un don divin fait à Abraham et à ses descendants.

Le recours au texte sacré comme boussole politique

Plutôt que d’accepter les critères scientifiques comme preuve de lien autochtone, Mike Huckabee a recentré le débat sur l’archéologie et l’héritage religieux, répétant son leitmotiv selon lequel « les pierres crient », expression par laquelle il entend que les découvertes archéologiques confèreraient un titre de propriété. Par ce choix rhétorique, il transpose la discussion du terrain des faits empiriques à celui de l’interprétation théologique et historique.

Cette posture illustre une pratique politique où la légitimité d’un État ou d’une revendication territoriale est justifiée par une lecture littérale des écritures, au détriment des normes internationales et des approches fondées sur des preuves contemporaines.

Un engagement personnel et public de longue date

Le parcours de Mike Huckabee éclaire la cohérence de sa position. Il a découvert Israël à l’adolescence et y est retourné à de nombreuses reprises, organisant des voyages bibliques pour des milliers d’évangéliques via son agence. Ces pèlerinages ont souvent mêlé dimension religieuse et action politique.

Au fil des ans, Huckabee s’est illustré comme un partisan inconditionnel des colonies, déclarant publiquement son intention de vivre dans certaines d’entre elles et refusant d’appeler leur statut « occupation ». Il a également rejeté la solution dite des deux États et a parfois proposé des alternatives radicales pour relocaliser les Palestiniens, allant jusqu’à remettre en question l’existence même d’une identité palestinienne distincte.

Positions sur la guerre et l’Iran

Depuis le déclenchement des hostilités à Gaza en octobre 2023, Mike Huckabee a pris fermement parti pour Israël, imputant à la direction du Hamas la responsabilité du conflit et approuvant les actions militaires israéliennes. Il a par ailleurs avancé des comparaisons et des analogies historiques choquantes pour défendre des choix politiques et militaires.

Sur la question iranienne, son discours s’est aussi révélé radical : opposé à l’accord de 2015, il a, pendant sa campagne, utilisé un langage alarmiste à propos des conséquences pour Israël. Après sa nomination comme ambassadeur, il a exhorté à considérer des options d’action contre Téhéran, plaidant pour que les décisions soient guidées par une intuition qu’il qualifie parfois de « son divin ». Cette fusion entre croyance religieuse et calcul stratégique inquiète les diplomates traditionnels.

Le cadre théologique qui sous-tend sa diplomatie

La lecture défendue par Mike Huckabee s’inscrit dans un courant connu sous le nom de sionisme chrétien ou dispensationalisme, courant influent parmi certains milieux évangéliques américains. Selon cette interprétation, le retour du peuple juif sur la « terre promise » est une étape nécessaire pour les « derniers temps » et l’avènement eschatologique, ce qui confère à la politique pro-israélienne une dimension quasi sacrée.

Cette vision tend à rejeter toute concession territoriale susceptible d’entraver ce scénario biblique. Par conséquent, elle rend incompatibles des compromis qui impliqueraient la reconnaissance d’un État palestinien sur des pans de la géographie contestée.

Racines historiques et influence politique

Le courant qui lie lectures bibliques littérales et politique étrangère trouve ses racines dans des développements théologiques et culturels remontant à la Réforme et à l’essor du protestantisme anglo-saxon. Au XXe siècle, des publications et des milieux évangéliques ont amplifié une lecture prophétique liant la géopolitique du Proche-Orient à des scénarios eschatologiques.

Ce réseau d’idées a aussi noué des passerelles avec certains acteurs politiques et diplomatiques occidentaux, contribuant à faire entrer des arguments religieux dans les débats de politique étrangère, et ce, parfois au détriment d’approches strictement pragmatiques ou multilatérales.

Enjeux diplomatiques et fractures internes

Les déclarations de Mike Huckabee ont provoqué une réaction vive parce qu’elles interrogent la priorité du partisan : sert-il d’abord les intérêts nationaux américains ou une lecture religieuse de l’histoire ? Elles mettent en évidence la fracture au sein de la droite américaine entre pragmatiques et mouvements qui veulent subordonner la diplomatie à des convictions apocalyptiques.

À l’échelle régionale, la rhétorique d’expansion religieuse nourrit les craintes d’une poussée des extrémismes, et risque d’aggraver la polarisation, d’affaiblir les perspectives de règlement et de compliquer les efforts internationaux visant à protéger les civils et à stabiliser la région.

En mêlant étroitement foi et politique étrangère, Mike Huckabee incarne une tendance qui transforme des interprétations scripturaires en programme diplomatique. Cette convergence soulève des questions cruciales sur la séparation entre conviction religieuse et conduite des affaires internationales, ainsi que sur la capacité des États à conduire une politique étrangère fondée sur des intérêts avérés et des cadres juridiques internationaux.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/2/23/%d9%88%d8%b9%d8%af-%d9%87%d8%a7%d9%83%d8%a7%d8%a8%d9%8a-%d9%84%d9%85%d8%a7%d8%b0%d8%a7-%d9%8a%d8%ba%d8%af-%d8%b3%d9%81%d9%8a%d8%b1-%d8%a3%d9%85%d8%b1%d9%8a%d9%83%d8%a7-%d8%a8%d9%85%d9%86%d8%ad

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