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L’analyse d’ADN ancien révèle qu’une adolescente de l’âge de pierre a été enterrée avec les ossements de son père sur l’île de Gotland, en Suède, offrant un éclairage inédit sur les pratiques funéraires et les liens familiaux au sein des communautés de chasseurs‑cueilleurs de l’époque.
Un enterrement singulier au site d’Ajvide
Les restes ont été découverts sur le site d’Ajvide, à l’ouest de Gotland, où vivaient des groupes de chasseurs et de cueilleurs pendant l’âge de pierre. Sur plusieurs tombes fouillées, une en particulier a surpris les chercheurs : une adolescente était inhumée allongée sur le dos tandis que des ossements dispersés, placés au‑dessus et à côté d’elle, appartenaient à son père biologique.
En effet, les analyses d’ADN ancien ont montré que l’homme n’était pas un simple voisin mais bien le parent au premier degré de la jeune fille. Les os du père semblent avoir été exhumés d’une autre sépulture puis réenterrés avec sa fille, ce qui peut traduire une volonté des proches de réunir le duo après la mort, ou une croyance spirituelle en l’importance de l’unité familiale dans l’au‑delà.
Comparaisons avec d’autres tombes du même site
Cette situation se révèle exceptionnelle dans l’ensemble des sépultures étudiées. Les chercheurs, dirigés par la généticienne des populations Tina Mattila de l’université d’Uppsala, ont examiné quatre tombes en détail et noté des configurations familiales variées.
- La sépulture père‑fille : seule tombe composée exclusivement de parents au premier degré.
- Une tombe contenant le squelette d’une femme adulte et de deux très jeunes enfants : l’ADN indique que les enfants étaient frère et sœur, mais que la femme n’était pas leur mère ; elle pourrait être une sœur du père ou une parente non‑directe.
- Une autre inhumation avec un garçon et une fille : l’analyse les classe comme apparentés au troisième degré, probablement cousins.
- Enfin, une tombe regroupant une adolescente et une jeune femme : elles apparaissent elles aussi apparentées au troisième degré, évoquant des liens tels que cousines ou nièce et tante.
Par conséquent, la plupart des personnes enterrées ensemble partageaient des liens de parenté plus éloignés que ceux typiques parents‑enfants ou frères et sœurs observés aujourd’hui.
Ce que révèlent les études d’ADN ancien
Helena Malmström, généticienne archéologique à l’université d’Uppsala et coauteure de l’étude, souligne que ces résultats montrent une connaissance précise des filiations et l’importance des parentés étendues au sein de ces communautés. En somme, les relations hors du cercle familial immédiat jouaient un rôle central dans l’organisation sociale et les pratiques funéraires.
La recherche, publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, est la première à explorer de manière détaillée les liens de parenté au sein des inhumations d’Ajvide. Les chercheurs prévoient désormais d’analyser la totalité des squelettes exhumés sur le site afin d’affiner la compréhension de la structure sociale, des parcours de vie et des rituels liés à la mort chez ces populations anciennes.
En bref, l’étude d’ADN ancien fournit des indices précieux sur la manière dont ces communautés concevaient les liens familiaux et le souvenir des défunts, et elle ouvre la voie à de nouvelles reconstitutions des pratiques sociales et rituelles de l’âge de pierre en Scandinavie.