Alors que la guerre en Iran s’intensifie, les inquiétudes grandissent à l’échelle internationale face au risque d’un basculement du monde vers une nouvelle guerre mondiale. Dans un climat géopolitique déjà tendu, plusieurs experts et responsables estiment que la situation rappelle, à certains égards, les tensions qui ont précédé les grands conflits du passé.
C’est dans ce contexte que le site iPaper a publié une analyse signée par la correspondante Molly Blackall, consacrée aux scénarios susceptibles de provoquer une escalade mondiale et à leur probabilité réelle selon les spécialistes. L’idée dominante qui se dégage est claire : le danger ne viendrait pas d’un seul événement isolé, mais d’un enchaînement de crises régionales interconnectées.
Une planète sous tension, de l’Ukraine au Moyen-Orient
Pour les analystes, le risque principal tient à la superposition de plusieurs foyers de crise, de l’Ukraine au Moyen-Orient, en passant par l’Indo-Pacifique. Dans le même temps, l’affaiblissement de l’ordre international mis en place après la Seconde Guerre mondiale accentue le sentiment d’instabilité.
Marco Mihkelson, président de la commission des affaires étrangères au Parlement estonien, a ainsi décrit la situation comme une « salle d’attente pour la troisième guerre mondiale ». De leur côté, des responsables de l’OTAN soulignent que les conflits actuels sont de plus en plus liés entre eux. Le chercheur Hamish Muddell estime, lui, que le monde traverse une période qui ressemble de manière croissante aux phases d’avant-guerre observées dans l’histoire.
Le risque d’un embrasement autour de l’Iran
Parmi les scénarios les plus sensibles figure celui d’un élargissement du conflit iranien à de nouveaux acteurs internationaux. Le Royaume-Uni et les autres pays européens restent, à ce stade, en dehors des combats, malgré les pressions exercées par Donald Trump pour qu’ils participent à des frappes aériennes contre l’Iran.
Cependant, ces mêmes pays examinent désormais la possibilité d’intervenir pour sécuriser le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole et du gaz consommés dans le monde. Selon l’analyse relayée par iPaper, Téhéran aurait déjà ciblé ce couloir maritime, voire y aurait posé des mines, afin de perturber l’économie mondiale et de faire grimper les prix de l’énergie.
Un engagement militaire pour protéger cette zone exposerait toutefois les Européens à des représailles iraniennes et pourrait les entraîner progressivement dans le conflit, surtout si leurs intérêts ou leurs forces étaient directement visés. Malgré cela, les scénarios envisagés restent prudents et limités, dans le but d’éviter une guerre ouverte à grande échelle.
La Russie et la Chine en position d’attente
Dans cette configuration, la Russie apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires de la poursuite des hostilités. L’attention américaine concentrée sur le Moyen-Orient réduit la pression sur Moscou en Europe et en Ukraine, tout en soutenant les revenus russes grâce à la hausse des prix de l’énergie.
Même si des éléments laissent penser à un soutien logistique ou en renseignement de la part de l’Iran, Moscou cherche à rester à distance d’un engagement direct avec l’Occident. Cette prudence lui permettrait de tirer parti de la situation sans franchir la ligne rouge d’une confrontation ouverte.
La Chine, elle, observe la séquence de très près. Selon plusieurs experts, Pékin profite de la dispersion des priorités américaines pour renforcer son influence, notamment dans le dossier de Taïwan. Sans intervenir directement dans le conflit, elle pourrait en tirer des enseignements militaires et politiques utiles pour la suite.
Les pays du Golfe face à un dilemme
Dans le Golfe, plusieurs États ont déjà subi des attaques attribuées à l’Iran, mais l’option d’une riposte militaire directe reste pour l’instant écartée. La principale raison tient à la crainte d’un élargissement rapide vers une confrontation régionale totale.
Cette prudence pourrait toutefois s’effacer si les attaques s’intensifiaient ou si des acteurs indirects, comme les Houthis, s’impliquaient davantage. Dans un tel cas, certains pays pourraient réévaluer leur position et durcir leur réponse.
Au final, les experts interrogés s’accordent sur un point : le monde n’est pas encore au seuil d’une guerre mondiale classique, mais il évolue dans un environnement de conflits multiples, où les fronts se croisent et où les règles internationales s’effritent. Tant que les tensions perdureront sans issue politique claire, le risque d’une escalade non maîtrisée restera bien réel.