Alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’intensifient, plusieurs éditorialistes américains critiquent la méthode de Donald Trump, fondée sur des menaces spectaculaires suivies de reculs rapides. Selon eux, cette stratégie ne renforce pas l’autorité de Washington : elle fragilise au contraire sa crédibilité sur la scène internationale.
Dans un article publié par Foreign Policy, le journaliste et essayiste Fareed Zakaria estime que la crise avec l’Iran a révélé les limites de cette approche. Il compare la posture de Trump à celle du “trait rouge” de Barack Obama en Syrie, longtemps présenté comme un avertissement décisif avant d’être finalement abandonné.
À l’époque, Donald Trump avait qualifié ce “trait rouge” d’“catastrophe”. Le secrétaire d’État Marco Rubio a, lui aussi, jugé qu’il avait causé un “préjudice durable” à la réputation et à la crédibilité américaines. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth y voit une politique étrangère incohérente, tandis que le sénateur Lindsey Graham avertit que ce type de revirement use la crédibilité des États-Unis dans le monde.
Le précédent du « trait rouge » d’Obama
Zakaria souligne que la comparaison entre le “trait rouge” d’Obama et les menaces de Trump contre l’Iran est particulièrement parlante. Le président américain avait agité la possibilité de frapper des installations énergétiques iraniennes si Téhéran ne garantissait pas la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, avant de revenir rapidement sur ses propos.
Le chef de la Maison Blanche avait alors évoqué des discussions “fructueuses”, une version aussitôt contestée par Téhéran. Pour l’auteur, cette succession de menaces puis de désaveux a installé un doute durable sur la fiabilité des déclarations présidentielles, susceptibles de changer en quelques heures sous l’effet des marchés ou de considérations politiques immédiates.
Aux yeux de Zakaria, les partisans de Trump présentent ces volte-face comme une tactique destinée à déstabiliser l’adversaire. Mais, dans les faits, il y voit surtout l’absence de ligne stratégique claire. Le président ne contrôle plus totalement le cours du conflit, alors que l’Iran joue un rôle déterminant dans l’escalade et continue d’exploiter son poids sur l’économie mondiale.
La logique du « TACO » gagne du terrain
Dans The Guardian, Eduardo Porter décrit cette méthode comme le “TACO”, acronyme de “Trump Always Chickens Out”, soit l’idée que Trump finit toujours par reculer. Selon lui, ce réflexe a pu, par le passé, calmer les marchés et désamorcer certaines crises. Mais face à l’Iran, il perd désormais de son efficacité.
Le retrait de la menace de frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes a certes apporté un apaisement temporaire aux marchés. Cependant, la suite des événements a montré les limites de cette posture, notamment après le démenti iranien sur l’existence de progrès diplomatiques et la poursuite des tensions militaires dans la région.
L’expression “TACO” s’est imposée au printemps 2025 dans les milieux financiers américains, à la suite des revirements de Trump sur les droits de douane. Le président avait alors répliqué que ce comportement relevait simplement de la négociation. Mais dans le dossier iranien, cette méthode semble moins efficace, car elle ne suffit plus à masquer le déséquilibre réel du rapport de force.
Washington sous pression, Téhéran en position d’attente
Pour Eduardo Porter, les marchés financiers comprennent désormais que l’initiative n’est plus à Washington, mais à Téhéran. L’Iran peut peser directement sur l’économie mondiale, notamment grâce à son influence sur le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les flux d’énergie.
Dans le même temps, Donald Trump subit une pression intérieure croissante. Sa popularité s’érode, tandis que les prix du carburant et l’inflation compliquent encore sa marge de manœuvre. Il se retrouve donc face à une équation délicate : mettre fin à la guerre sans fragiliser davantage l’économie américaine.
Le constat des deux commentateurs converge : la stratégie consistant à menacer puis à reculer n’offre plus de solution durable. Malgré les pertes subies, l’Iran apparaît déterminé à imposer ses conditions. Dans ce contexte, le conflit échappe de plus en plus au contrôle de Trump, nourrissant l’inquiétude des marchés et les doutes sur la capacité de Washington à conserver son autorité.