Le 28 février 2026 est entré dans l’histoire comme le jour où la loi du plus fort a semblé revenir. Ce jour-là, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive majeure contre l’Iran, frappant des sites militaires et politiques et tuant plusieurs responsables de haut rang, dont le Guide suprême Ali Khamenei. La riposte iranienne, faite de frappes de drones et de missiles contre des installations américaines et israéliennes, n’a cependant pas suffi à dissuader une intensification des frappes occidentales, qui ont culminé le 10 mars.
Attaques et riposte iranienne
Les premières frappes ont surpris Téhéran et affaibli ses capacités de lancement de missiles. En réaction, l’Iran a tenté d’ouvrir un nouveau front stratégique en fermant le détroit d’Ormuz, un passage vital par lequel transitent chaque jour des volumes significatifs de pétrole importé par la Chine.
Cependant, malgré des dégâts infligés aux adversaires, l’arsenal iranien a été sérieusement entamé, laissant planer la possibilité d’un dernier sursaut sans intervention extérieure. Dans ce contexte, la communauté internationale a cherché des voies diplomatiques pour éviter une escalade régionale.
Réaction initiale de Pékin
La réaction de la Chine a d’abord été remarquablement mesurée. Lors d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères, la normalité apparente a été interprétée par certains comme un silence. Ce n’est qu’après l’intervention d’un journaliste iranien que la porte-parole a fini par condamner les frappes, de façon peu enthousiaste.
Par la suite, Pékin a pris une posture plus véhémente sur le plan rhétorique : le ministre chinois des Affaires étrangères a dénoncé le retour d’une logique de « loi de la jungle » et affirmé que la force ne fait pas le droit. Pourtant, ces déclarations n’ont pas été suivies d’un soutien matériel à l’Iran.
Sur le terrain diplomatique, la Chine a fait jouer ses relais régionaux en envoyant un envoyé spécial et en contactant plusieurs gouvernements du Moyen-Orient, contribuant à empêcher une contagion du conflit. Mais aucune confrontation directe avec Washington ni livraison d’armes à Téhéran n’a eu lieu.
Pourquoi Pékin a choisi la retenue
Plusieurs explications rendent compte de ce positionnement. D’abord, Pékin a des intérêts stratégiques et économiques majeurs à préserver, notamment ses importations d’hydrocarbures et ses relations commerciales avec les États-Unis. Ensuite, la question de Taïwan constitue pour la Chine une priorité politique et sécuritaire jugée existentielle.
Un mois avant le déclenchement du conflit, un échange téléphonique entre les présidents chinois et américain a clairement mis l’accent sur Taïwan. Pékin a réaffirmé qu’il considère l’île comme une partie intégrante de son territoire et a tracé une ligne rouge sur toute velléité d’indépendance. Dans la foulée, Washington a retardé une importante vente d’armes à Taïwan, signe que des concessions bilatérales ont été négociées.
De fait, le choix chinois de ne pas provoquer une rupture avec les États-Unis reflète la crainte de compromettre des gains stratégiques obtenus sur d’autres dossiers sensibles.
Intérêts économiques et calculs stratégiques
Sur le plan économique, la Chine considère que le conflit, s’il demeure limité dans le temps, ne présente pas une menace existentielle. Pékin dispose de réserves énergétiques substantielles et peut absorber un choc temporaire sur les marchés pétroliers.
Par ailleurs, même dans l’hypothèse où un pouvoir pro-occidental émergerait en Iran, la dépendance économique de ce pays aux revenus du pétrole rend probable le maintien de relations pragmatiques avec la Chine. Certains observateurs chinois estiment même qu’un assouplissement des sanctions pourrait ouvrir de nouvelles opportunités d’investissement.
Pour toutes ces raisons, Pékin a privilégié la diplomatie et la gestion des risques plutôt que l’intervention militaire directe, illustrant les limites pratiques du soutien qu’il est prêt à accorder à un partenaire lointain.
Les implications du silence de la Chine sur l’Iran
Ce silence relatif en dit long sur les priorités de la politique étrangère chinoise : maintenir la stabilité de ses approvisionnements, protéger ses intérêts économiques et préserver un rapport de forces avec les États-Unis sur la question de Taïwan. Dès lors, le « silence de la Chine sur l’Iran » apparaît moins comme une indifférence que comme un calcul pesé.
En revanche, ce positionnement soulève des questions sur la crédibilité de la Chine en tant que partenaire stratégique. Abandonner un allié face à une agression majeure peut affaiblir son image de puissance capable de défendre ses intérêts et ses réseaux d’alliance, et il montrera les limites de toute rhétorique fondée sur l’opposition à la domination par la force.