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    Syrie : offensive de l’armée ravive joie et peur existentielle

    Syrie, Turquie, États-Unis, Irak

    Le retrait annoncé des Forces démocratiques syriennes (FDS) des villes du nord‑est, notamment Raqqa et Deir Az‑Zor, a d’abord provoqué des scènes de liesse dans ces cités à majorité arabe. Mais l’offensive armée syrienne qui a suivi révèle une fracture profonde : joie dans certaines régions, peur existentielle dans d’autres.

    Joie et soulagement dans les villes arabes

    À Deir Az‑Zor et à Raqqa, de nombreux habitants ont accueilli l’entrée des forces gouvernementales comme une libération après des années de domination des FDS. Des témoins évoquent un sentiment d’allégement et la fin d’un climat de répression, citant notamment la crainte de recrutements forcés.

    Certains ont qualifié la situation d’améliorée par rapport à la période précédente, tandis que des images montrant la population célébrer ont circulé dans la région. Ces réactions traduisent un ras‑le‑bol social après des décennies de violences et d’incertitudes.

    Un accord renégocié sous pression

    La chute du régime précédent et les négociations entamées entre les autorités centrales et les FDS ont abouti à un accord initial en mars visant l’intégration des combattants dans l’armée d’ici la fin de 2025. Toutefois, la montée en puissance de l’offensive gouvernementale a conduit à un nouvel arrangement le 18 janvier, jugé plus favorable à Damas.

    Les termes récemment acceptés prévoient une intégration individuelle des combattants plutôt que le maintien de leurs unités, ce qui constituait la principale demande de Damas. Des propositions de postes pour des cadres des FDS ont également été évoquées, témoignant d’un repositionnement politique rapide.

    Des acteurs internationaux ont, selon des observateurs, laissé faire ces avancées gouvernementales, estimant que le rôle dominant des FDS en tant que force anti‑EI avait désormais diminué.

    Peur et méfiance au sein des populations kurdes

    Dans les zones à majorité kurde, la perspective du retour sous autorité centrale a suscité une peur profonde et diffuse. Beaucoup redoutent une répétition des violences sectaires observées récemment dans d’autres régions du pays.

    Les traumatismes accumulés — du génocide des Yézidis commis par l’EI à la campagne d’occupation d’Afrin — nourrissent une crainte existentielle. Pour de nombreux habitants, l’arrivée de forces perçues comme hostiles rime avec le risque d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées ou de représailles ciblées.

    Cessez‑le‑feu, transferts de détenus et tensions persistantes

    Un cessez‑le‑feu de quinze jours a été conclu, mais des observateurs notent que les affrontements se poursuivent par endroits et que l’accord a pu servir à faciliter le transfert de détenus de l’EI vers l’Irak avant une nouvelle phase offensive. Cette situation alimente l’inquiétude sur le terrain.

    Dans plusieurs villes kurdes, des habitants dénoncent des coupures d’eau et d’électricité, des restrictions de mouvement et une difficulté accrue d’accès à l’aide humanitaire. Ces mesures, ressenties comme punitives, ont favorisé d’importants déplacements internes.

    Une crise humanitaire aggravée par l’hiver

    Les affrontements ont provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes. Selon les bilans locaux, plus de cent trente mille personnes ont été contraintes de fuir dans la province de Hasakah. Les conditions hivernales, marquées par des températures sous zéro, aggravent la vulnérabilité des déplacés.

    Des organisations locales ont signalé des décès d’enfants dus au froid et des pénuries de denrées de première nécessité. Une livraison humanitaire a atteint certaines zones, mais les habitants la jugent largement insuffisante face aux besoins.

    Assurances officielles et défi de la confiance

    Les autorités syriens affirment ne pas rechercher une prise de contrôle militaire totale mais plutôt une solution politique, tout en promettant de préserver les droits des minorités. Un décret présidentiel visant une reconnaissance accrue de certaines revendications culturelles a été cité comme preuve d’engagement.

    Pour autant, ces garanties peinent à dissiper la méfiance. De nombreux habitants demandent des gestes concrets : réouverture des routes, restauration des services de base, accès régulier aux organisations humanitaires et garanties de protection pour les civils.

    À l’aune de ces promesses, la région fait face à un test majeur : soit les autorités traduisent ces engagements en actions tangibles, soit la population risque de sombrer dans une crise humanitaire et de droits humains de grande ampleur, dont les conséquences se feraient sentir pendant des années.

    source:https://www.aljazeera.com/features/2026/1/27/syrian-army-offensive-overjoys-some-leaves-others-with-existential-fear

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