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Le Parlement vénézuélien a adopté à l’unanimité jeudi une loi d’amnistie permettant la libération de certains détenus politiques, une mesure annoncée et signée par la présidente par intérim Delcy Rodríguez. Cette décision intervient moins de deux mois après l’arrestation du président Nicolás Maduro par des forces américaines lors d’une opération menée à Caracas début janvier.
Des exclusions strictes prévues par la loi
La nouvelle loi d’« amnistie Venezuela » comporte toutefois des exclusions sensibles. Elle ne s’applique pas aux personnes accusées d’avoir encouragé ou facilité des actions armées ou coercitives contre le pays.
Selon le texte, sont particulièrement visées les personnes qui ont promu, financé ou participé à des opérations violentes, notamment si ces actes ont bénéficié du soutien d’États, d’entreprises ou d’individus étrangers. Ce volet pourrait réduire les chances de bénéficier de l’amnistie pour plusieurs figures de l’opposition.
Une portée rétroactive couvrant plusieurs épisodes de crise
La loi s’applique rétroactivement et couvre des faits remontant à 1999. Sont ainsi inclus, entre autres, le coup d’État contre l’ancien président Hugo Chávez, la grève du secteur pétrolier de 2002 et les émeutes de 2024 liées à la réélection de Nicolás Maduro.
Pour de nombreuses familles, cette portée rétroactive représente une lueur d’espoir après des années d’arrestations et d’incertitudes judiciaires.
Des ONG et l’ONU appellent à la prudence
Des défenseurs des droits humains alertent toutefois sur le risque d’un usage sélectif de la mesure. Ils redoutent que des proches du pouvoir bénéficient d’une grâce alors que des prisonniers d’opinion demeurent exclus.
Des experts des droits humains de l’ONU ont rappelé depuis Genève que l’amnistie doit rester limitée aux victimes de violations des droits et ne doit pas couvrir les responsables de violations graves ou de crimes contre l’humanité, qu’ils soient d’origine gouvernementale, paramilitaire ou non étatique.
Un contexte politique tendu et des familles mobilisées
La loi intervient dans un contexte politique explosif. Nicolás Maduro a été arrêté lors d’une opération américaine à Caracas le 3 janvier et transféré ensuite aux États-Unis pour y être poursuivi. Delcy Rodríguez a prêté serment comme présidente par intérim après cette arrestation.
Depuis plusieurs semaines, des familles de détenus organisent des rassemblements et des sit‑ins devant des centres de détention pour demander la libération de leurs proches. Un groupe ayant entamé une grève de la faim a mis fin à son action jeudi.
Par ailleurs, la présidente par intérim a proposé la transformation du centre de détention notoirement connu « El Helicoide » en un espace dédié au sport et aux services sociaux, et a annoncé son intention de procéder à des libérations massives, une promesse critiquée pour sa lenteur par les organisations de la société civile.
Alors que la mise en œuvre de l’« amnistie Venezuela » commence, les observateurs et les familles attendent désormais de voir si la loi permettra de libérer réellement des détenus politiques ou si son application restera sélective et contestée.