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    Israël et les « cimetières des chiffres » des martyrs palestiniens

    Israël, Palestine

    Il y a 56 ans, Israël a établi des cimetières secrets surnommés « cimetières des ennemis », destinés à inhumer les dépouilles des martyrs palestiniens et arabes. Pour dissimuler ces sépultures à leurs proches, les corps ne portent pas leurs noms mais sont identifiés uniquement par un numéro inscrit sur une plaque métallique apposée sur chaque tombe.

    Cette politique de l’occupation israélienne reste entourée de mystère, avec un refus catégorique de divulguer les emplacements exacts ou le nombre total de ces cimetières. Cette opacité constitue une violation manifeste des droits humains et des conventions internationales.

    Des cimetières sans sépultures identifiables

    Les cimetières sont entourés de pierres sans pierres tombales et chaque tombe ne présente qu’une plaque numérotée sans indication de nom. L’armée israélienne conserve un dossier confidentiel pour chaque numéro, géré par ses services de sécurité.

    Les sites sont clôturés par des fils barbelés et les corps y sont enterrés selon des méthodes humiliantes, rendant toute identification ou exhumation extrêmement difficile. Ces lieux sont considérés comme des zones militaires fermées strictement interdites d’accès sans autorisation du service de sécurité intérieure, le Shabak. Ils sont placés sous la supervision directe de l’armée israélienne.

    La détention des dépouilles est décidée par le commandant militaire de la région, basé sur des résolutions émanant du gouvernement israélien et justifiée par la loi d’urgence datant de la période du mandat britannique, qui permet au commandant de retenir les corps ou de contrôler les rites funéraires.

    Une politique israélienne ancienne

    La pratique d’inhumer les martyrs palestiniens dans ces cimetières remonte à la création d’Israël en 1948. Après la guerre de 1967, Israël a intensifié cette politique en créant plusieurs de ces cimetières pour y conserver les restes des martyrs arabes et palestiniens, incluant ceux des auteurs d’attentats et des prisonniers décédés dans les prisons israéliennes.

    En 1985, un député israélien avait dénoncé le vol d’organes pratiqué sur ces corps, qualifiant cette politique de « descente à un niveau moral inhumain ». En 1999, un rapport militaire israélien avait révélé des lacunes dans la gestion des corps et recommandé des mesures pour améliorer l’identification. Cependant, aucune de ces recommandations n’a été appliquée.

    Suite à l’intifada Al-Aqsa en 2000, cette politique d’enterrement dans les cimetières des chiffres s’est amplifiée.

    Les interventions judiciaires

    En août 2015, l’armée israélienne avait annoncé son intention de cesser la rétention des corps et de créer une banque d’ADN pour faciliter leur libération, sans pour autant appliquer cette décision.

    Après les événements de Jérusalem en 2015, Israël a renforcé la détention des dépouilles comme mesure punitive. En janvier 2017, un décret gouvernemental interdit la restitution des corps des membres du Hamas, utilisant cette pratique comme levier pour négocier la libération de soldats capturés dans la bande de Gaza.

    En décembre 2017, la justice israélienne a déclaré illégale la rétention des dépouilles, mais a exempté Israël de les restituer, donnant un délai pour établir une nouvelle législation autorisant la rétention à des fins de négociation.

    En septembre 2019, la Cour suprême israélienne a officialisé cette politique de détention, utilisée comme monnaie d’échange pour récupérer des soldats captifs, en violation des droits humains et des textes religieux.

    Le 15 février 2020, Israël a reconnu l’existence de 123 dépouilles dans ces cimetières après plusieurs recours déposés depuis 2016 pour révéler les lieux et obtenir la libération des corps.

    Statistiques et localisations des cimetières

    • Selon des associations palestiniennes, il existe au moins six cimetières numérotés. Le premier se situe au nord de la Palestine, près du pont « Benat Yaacov », à la frontière militaire entre la Syrie, la Palestine et le Liban. Il contient des dizaines de tombes de martyrs palestiniens et libanais, surtout issus de la guerre de 1982.
    • Le deuxième est situé dans la zone militaire fermée entre Jéricho et le pont de Damia en vallée du Jourdain. Ce site, protégé par un mur élevé et une porte en fer, abrite environ 100 tombes numérotées de 5003 à 5107. Les autorités israéliennes affirment que ces chiffres sont des codes administratifs ne reflétant pas le nombre réel de corps détenus ailleurs.
    • Le troisième, appelé « Shahita », se trouve dans le village de Wadi al-Hamam au nord de Tibériade. Il contient principalement les corps des martyrs des batailles dans la région de la vallée du Jourdain entre 1965 et 1975.
    • Trois autres cimetières sont localisés à Ashkelon, au sud-est de la plaine de Hula au nord d’Israël et près de Rafeedim en vallée du Jourdain.

    Les statistiques palestiniennes indiquent que près de 684 corps sont détenus par Israël, dont 256 dans ces cimetières numériques. Ces chiffres n’incluent pas les dépouilles des martyrs de Gaza capturés pendant la guerre d’extermination lancée par Israël en octobre 2023.

    Le corps le plus ancien est celui de Jasser Shatat, martyr de Jérusalem en 1968, tandis que le plus jeune est Hassan Sharbaty, âgé de 13 ans, tué à Hébron en Cisjordanie.

    En juillet 2024, le journal israélien Haaretz a révélé que près de 1500 corps non identifiés de Palestiniens sont conservés dans des containers réfrigérés à la base militaire dite « Sdé Téman ». Ces dépouilles numérotées sont souvent en état avancé de décomposition, certaines mutilées, probablement de martyrs tombés au début du conflit à Gaza.

    Vol d’organes et mauvais traitements

    Des rapports dénoncent des cimetières sableux peu profonds exposés à l’érosion et aux animaux fouisseurs, provoquant le mélange des ossements. Des responsables du laboratoire médico-légal « Abu Kabir » ont confirmé que les cimetières sont en zones militaires interdites d’accès, avec des tombes peu profondes et très rapprochées.

    Ces experts ont admis prélever des tissus comme la peau, les cornées, les valves cardiaques et les os sur les corps des Palestiniens.

    En 2014, des fouilles dans ces cimetières ont révélé un état chaotique des sépultures, sans signaux identifiables et des ossements difficiles à analyser sans examens médicaux approfondis.

    Un rapport israélien reconnu des négligences importantes : disparitions de corps, effondrements dus à la pluie, et absence de séparation entre tombes, créant l’apparence de fosses communes.

    La disparition du corps de la martyre Dalal al-Mughrabi illustre le tragique sort de ces cimetières.

    La campagne nationale palestinienne pour la récupération des dépouilles a révélé que les autorités israéliennes dérobent les organes des martyrs en détention, vendent leurs corps à des institutions médicales et échangent ces organes contre des équipements pour les laboratoires médico-légaux.

    En 2023, la commission indépendante palestinienne chargée des poursuites contre Israël a confirmé ces pratiques criminelles, dénonçant l’expérimentation médicale sur ces corps sous la protection des lois israéliennes.

    Mobilisations et campagnes nationales

    Depuis 2008, les familles des martyrs détenus, épaulées par le Centre Al-Qods pour l’aide juridique et les droits de l’homme, mènent la campagne nationale pour récupérer les corps retenus dans les cimetières numériques et les congélateurs, afin de les enterrer dignement selon leurs rites religieux.

    Cette campagne vise aussi à contraindre Israël à révéler le sort des disparus niés par l’occupant.

    Elle a suscité la mobilisation au sein de la société palestinienne et internationale, avec des pétitions, des manifestations, des rencontres avec des diplomates, et des organisations des Nations Unies défendant les droits humains.

    Les noms des martyrs détenus ont été compilés et portés devant les instances internationales, notamment l’ONU, pour mettre la pression sur Israël.

    En août 2008, le gouvernement palestinien a institué le 27 août comme journée nationale pour la récupération des dépouilles et la révélation du sort des disparus.

    Depuis, le ministère des Affaires étrangères palestinien plaide auprès des gouvernements et des instances internationales pour dénoncer la politique raciste israélienne et pour faire appliquer le droit international humanitaire et les conventions de Genève.

    En mars 2023, plus de 120 associations, partis et organisations à travers le monde ont lancé une campagne internationale intitulée « Nous voulons nos enfants » pour internationaliser cette cause.

    Des marches régulières sont organisées en Cisjordanie par les familles, revendiquant la restitution des dépouilles et leur inhumation conforme à la dignité humaine et aux prescriptions de la loi islamique.

    Une violation flagrante du droit international

    La politique israélienne de rétention des dépouilles viole le droit international. L’article 11 de la Convention de Genève du 12 août 1949, relative à la protection des civils en temps de guerre, traite explicitement de cette question.

    Il stipule que les autorités détentrices doivent veiller à ce que les détenus décédés soient enterrés avec respect, selon leurs rites religieux lorsque cela est possible, et que leurs tombes soient convenablement entretenues et identifiables en permanence.

    La même convention interdit les enterrements collectifs sauf en cas de force majeure et exige que, dès que possible, la partie détentrice fournisse des listes précises des lieux d’inhumation et des informations permettant d’identifier clairement les défunts.

    source:https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2025/6/18/%d9%85%d9%82%d8%a7%d8%a8%d8%b1-%d8%a7%d9%84%d8%a3%d8%b1%d9%82%d8%a7%d9%85-%d9%81%d9%8a-%d8%a5%d8%b3%d8%b1%d8%a7%d8%a6%d9%8a%d9%84-%d8%b1%d9%81%d8%a7%d8%aa-%d8%b4%d9%87%d8%af%d8%a7%d8%a1

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