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    Washington révise le statut de l’allié majeur hors OTAN : le cas du Kenya

    Kenya, États-Unis, Chine, Russie, Iran

    Un an seulement après avoir accordé au Kenya le statut de « partenaire stratégique majeur hors OTAN », l’administration américaine procède aujourd’hui à une réévaluation approfondie de cette désignation. Cette décision intervient dans un contexte de préoccupations croissantes à Washington concernant le rapprochement accru de Nairobi avec la Chine, la Russie et l’Iran, ainsi que des rapports faisant état de violations des droits humains et de liens avec des groupes armés non étatiques.

    Le président américain Joe Biden (à droite) lors de la visite de William Ruto à Washington

    Contexte de l’alliance et justifications de la révision

    Le Kenya a reçu ce statut en juin 2024, à l’occasion d’une visite officielle du président William Ruto à Washington. Cette reconnaissance avait été perçue comme une récompense pour la coopération de Nairobi dans la lutte contre le terrorisme, sa participation aux opérations de maintien de la paix, ainsi que son soutien aux positions occidentales sur des enjeux internationaux, notamment la guerre russe en Ukraine.

    Cependant, un nouveau projet de loi soumis par le sénateur républicain Jim Risch, président de la commission des relations étrangères au Sénat, exige une revue complète de ce statut dans les 90 jours suivant l’adoption de la loi. Un rapport confidentiel devra ensuite être remis au Congrès dans un délai de 180 jours.

    William Ruto accueillant le commandant des forces de soutien rapide soudanaises, Hemeti, en 2024
    Le soutien du gouvernement kényan aux Forces de soutien rapide a motivé cette révision.

    Les axes de la révision

    Le rapport détaillera sept grands axes, dont l’évaluation des relations militaires et sécuritaires du Kenya avec la Chine, la Russie et l’Iran. Ce volet comprendra l’examen des contrats d’armement et des exercices militaires conjoints.

    Il analysera aussi le rôle de Nairobi dans la lutte contre l’extrémisme violent, ses contributions aux opérations de maintien de la paix en Afrique et en Haïti, ainsi que ses liens avec des acteurs non étatiques, comme les Forces de soutien rapide soudanaises et le groupe Al-Shabaab somalien.

    Enfin, le rapport s’intéressera à l’engagement du Kenya en matière de droits humains, dans un contexte marqué par des rapports évoquant des disparitions forcées, des tortures et des violations sécuritaires. Ces préoccupations soulèvent des craintes quant à l’éventuelle utilisation de l’aide américaine pour des pratiques répressives.

    Le président kényan William Ruto et le président chinois Xi Jinping lors d'une cérémonie à Pékin en avril 2025
    La récente visite de William Ruto à Pékin a renforcé les inquiétudes américaines.

    Critiques internes et mises en garde de l’opposition

    Dans une prise de position remarquée, l’ancien vice-président Rigathi Gachagua a vivement critiqué le gouvernement Ruto, l’accusant de transformer le pays en une « destination financière privilégiée » pour des individus et entités sous sanctions américaines, certains liés à des groupes terroristes.

    Il a aussi alerté sur le risque que l’assistance sécuritaire américaine soit détournée pour commettre des violations contre des civils, appelant les Kényans de la diaspora à solliciter leurs représentants au Congrès afin de « dénoncer la vérité ».

    De son côté, le sous-secrétaire d’État Kuria Singoi a cherché à apaiser les inquiétudes, assurant que « les préoccupations soulevées seront traitées tout en préservant la souveraineté et les intérêts nationaux du Kenya ». Il a également insisté sur la solidité des relations avec Washington, qualifiées de « fondées sur le respect mutuel ».

    L'ancien président iranien Ebrahim Raïssi lors de sa visite au Kenya il y a deux ans
    La visite d’Ebrahim Raïssi au Kenya il y a deux ans illustre le rapprochement entre les deux pays.

    Conséquences possibles pour le Kenya

    Si le statut de « partenaire majeur hors OTAN » était annulé, le Kenya pourrait essuyer des pertes significatives sur plusieurs plans :

    1. Militairement, Nairobi risquerait de perdre la priorité d’accès à du matériel excédentaire du département américain de la Défense, comme des véhicules blindés et des équipements de vision nocturne.
    2. La possibilité d’acquérir des munitions avancées, notamment celles fabriquées avec de l’uranium appauvri, pourrait également être compromise.
    3. La coopération en matière de formation militaire pourrait être affectée, avec un arrêt possible du financement américain pour les coûts de formation bilatérale et multilatérale, ce qui affaiblirait la préparation opérationnelle des forces kényanes.

    Sur le plan économique, les entreprises kényanes pourraient se voir exclues des appels d’offres pour la maintenance des équipements du ministère américain de la Défense. Par ailleurs, les projets conjoints de recherche et développement dans le secteur militaire risqueraient d’être suspendus, freinant ainsi l’innovation et la croissance dans ce domaine.

    Un test de souveraineté ou un repositionnement stratégique ?

    Les observateurs estiment que le Kenya évolue sur une « corde diplomatique tendue », tentant d’équilibrer avec précaution ses relations avec l’Occident et ses partenariats économiques avec l’Orient. Cette posture se manifeste notamment par son intégration à l’initiative chinoise « la Ceinture et la Route » et ses allusions à une possible adhésion aux BRICS.

    Washington considère toutefois cet équilibre comme une évolution stratégique préoccupante, particulièrement après les déclarations de Ruto à Pékin, où il a critiqué la « domination unilatérale » et préconisé un « nouvel ordre mondial plus juste et durable ».

    Que cette révision américaine soit un simple levier diplomatique ou le début d’un changement profond dans les relations bilatérales, elle confronte le Kenya à un véritable défi pour sa souveraineté et sa capacité à manœuvrer dans un environnement international en mutation.

    Alors que Nairobi cherche à diversifier ses partenariats, demeure la question centrale : pourra-t-il préserver ses privilèges occidentaux sans compromettre son autonomie dans la conduite de sa politique étrangère ?

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/8/6/%d9%88%d8%a7%d8%b4%d9%86%d8%b7%d9%86-%d8%aa%d8%b1%d8%a7%d8%ac%d8%b9-%d9%88%d8%b6%d8%b9-%d9%83%d9%8a%d9%86%d9%8a%d8%a7-%d9%83%d8%ad%d9%84%d9%8a%d9%81-%d8%b1%d8%a6%d9%8a%d8%b3%d9%8a-%d9%85%d9%86

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