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Malgré l’approbation du traité Mercosur, la mobilisation des agriculteurs se poursuit en France. Rémi Dumas, président des Jeunes agriculteurs de l’Hérault, aborde les sujets qui fâchent la profession et les enjeux actuels. Le Mercosur a été approuvé, et les agriculteurs estiment que les traités de libre-échange se négocient souvent au détriment des productions non alimentaires, laissant l’agriculture supporter le coût des accords. Cette inquiétude ramène la question centrale de la souveraineté alimentaire: voulons-nous une production majoritairement française ou une ouverture qui favorise les importations?
Le Mercosur et la souveraineté alimentaire
Ces traités posent la question de fond: privilégier une souveraineté alimentaire fondée sur les productions françaises ou accepter une ouverture qui privilégie les importations. L’approbation du Mercosur, estiment les agriculteurs, pousse vers la seconde option. Ils regrettent d’exporter des produits d’excellence tout en important des denrées qui ne respectent pas les mêmes normes, ce qui, selon eux, fragilise la compétitivité locale. Le débat demeure ouvert sur l’impact sur les filières et sur les prix.
Des leviers pour influencer la politique
Pour peser sur les décisions européennes et nationales, les producteurs évoquent des outils possibles, comme l’instauration de taxes et le renforcement du soutien à la production française, notamment par un allègement des charges afin de proposer des prix plus abordables pour les consommateurs. Ils estiment qu’il faut que l’État assume pleinement sa position et qu’il refuse d’exporter des produits qui ne répondent pas aux mêmes normes que les productions domestiques. La pression sur le gouvernement est donc maintenue.
Les autres sujets d’inquiétude
Dans le département comme ailleurs, la situation du monde agricole est devenue intenable. Le Mercosur est perçu comme l’étincelle qui a fait déborder le vase: la rémunération insuffisante pour vivre dignement, la hausse continue des charges et une multiplication des contrôles et contraintes s’ajoutent à une concurrence déloyale au sein de l’Europe au regard des normes de production. Ces éléments constituent les principaux sujets à porter.
La réalité est marquée par une augmentation des charges estimée entre 20 et 30 % ces cinq dernières années, alors que les prix stagnent depuis plus d’une décennie. Le contexte économique et climatique impacte les filières et alourdit les décisions des exploitants qui peinent à maintenir leur revenu.
Quelles alternatives dans l’Hérault ?
La diversification est présentée comme une piste intéressante mais elle n’est pas universelle: sans irrigation et sans une organisation solide des filières, elle peut rester infructueuse. Des moyens financiers et techniques sont nécessaires pour se lancer.
Concernant l’irrigation, les propositions portent sur la création de retenues collinaires et sur la modernisation et l’extension du réseau BRL. Le soutien des politiques publiques et l’appui des consommateurs sont aussi jugés essentiels pour continuer à produire et à faire vivre les territoires.
Le renouvellement des générations
D’ici 2030, environ 26 % des agriculteurs héraultais seront en âge de partir à la retraite. Si l’enthousiasme des jeunes demeure, le contexte demeure morose: les prix ne suivent pas les coûts et le changement climatique crée des récoltes moins régulières. L’accès au foncier, la complexité administrative et le poids des normes constituent les freins principaux à l’installation.
Le dispositif Dotation Jeunes Agriculteurs ne suffit pas et il faut un accompagnement humain. Le service France Service Agriculture, en phase de test, manque toutefois de budget. Malgré tout, des jeunes restent persuadés qu’il est possible de s’engager et de faire bouger les choses.
Biographie express
Rémi Dumas aura 35 ans cette année. Fils d’agriculteur, il s’installe en 2014 à Saint-Geniès-des-Mourges sur 30 hectares de vignes et se diversifie en devenant associé à une exploitation d’élevage de brebis laitières, pendant que son épouse se lance dans le maraîchage.
Engagé au sein du syndicat des Jeunes agriculteurs de l’Hérault depuis 2013, il a successivement occupé les postes de président du canton, puis de vice-président, de secrétaire général et de président depuis 2024. Il passera le relais lors des prochaines élections départementales du syndicat le 27 mars, après treize années d’investissement. Au niveau national, il a été secrétaire général adjoint (2020-2022), puis vice-président (2022-2024).