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Hausse des attaques et racisme envers les musulmans au Royaume‑Uni

par Sara
Royaume-Uni (Angleterre, Écosse)

Les prénoms ont été modifiés pour protéger les identités. Dans plusieurs régions du Royaume‑Uni, des habitants musulmans décrivent une montée des agressions et des comportements islamophobes qui perturbent profondément leur quotidien. À Basildon, dans le comté d’Essex, Nabila* raconte des incidents répétés qui ont transformé la peur en hypervigilance pour de nombreuses familles.

Basildon : tension et intimidations quotidiennes

Assise dans son salon, Nabila* évoque une série d’actes hostiles commis ces derniers mois : des vitres lancées en direction d’enfants musulmans, une mosquée vandalisée avec des croix rouges et des inscriptions provocatrices, et des automobilistes qui accélèrent lorsque des femmes voilées traversent la rue avec leurs enfants.

Selon le recensement de 2021, Basildon est majoritairement blanche (environ 93 %) et les musulmans y représentent moins de 2 % de la population. Dans ces contextes où les minorités sont peu nombreuses et dispersées, la visibilité accrue expose davantage à des comportements agressifs, expliquent des acteurs locaux.

Face à cette situation, Nabila* documente les incidents, soutient les victimes et organise des rencontres avec les autorités locales. Elle confie ne plus se sentir en sécurité et avoir renoncé à fréquenter son parc préféré après une agression verbale.

  • Vandalisme ciblant des lieux de culte.
  • Agressions verbales répétées pendant la rue ou le trajet scolaire.
  • Conduites dangereuses dirigées vers des personnes identifiables comme musulmanes.

Conséquences sur les routines des femmes

Lors d’un cercle d’écoute organisé au centre communautaire local, une autre participante, Zarka*, a raconté comment un commentaire entendu lors de l’accompagnement des enfants à l’école l’a poussée à rester deux semaines à la maison. Un passant lui aurait dit de « retirer ce chiffon » en parlant du voile, provoquant un retrait immédiat des activités régulières.

Au‑delà des agressions verbales, beaucoup décrivent l’effet cumulatif d’une hostilité quotidienne : regards hostiles, passages qui ignorent les règles de priorité piétonne, et une peur permanente qui contraint à modifier itinéraires et habitudes sociales.

Des enfants marqués par le racisme

Des centaines de kilomètres plus au nord, en Écosse, des familles rapportent des expériences similaires au sein des écoles. Etka Marwaha explique que sa fille Anisa, alors âgée de sept ans, a été isolée dans la cour de récréation et victime d’insultes racistes qui l’ont rendue renfermée et en larmes.

Malgré des démarches répétées auprès de l’établissement, la mère estime que l’école n’a pas suffisamment protégé son enfant ni rendu compte de l’ampleur du problème, ce qui l’a finalement conduite à inscrire sa fille ailleurs. Le nouvel établissement applique une politique de tolérance zéro vis‑à‑vis du racisme et a permis à l’enfant de retrouver un mieux‑être.

Pour Marwaha, ces épisodes rappellent des souvenirs personnels d’intimidation scolaire et attestent d’une dégradation des comportements, quand des remarques racistes de la part d’enfants de sept ans sont tolérées par leur environnement familial ou social.

Réactions parentales et pressions pour partir

Parmi les parents concernés, certains envisagent même de quitter le pays. Sam*, médecin en Écosse, dit avoir été surpris par la banalisation des plaisanteries racistes et par le silence des autres élèves face à ces comportements. Selon lui, l’absence de réactions collectives a renforcé le sentiment d’impunité.

De nombreuses familles rapportent prendre des décisions calculées pour limiter les risques : choix d’école hors secteur, trajets alternatifs, retrait d’activités communautaires et changement de routines quotidiennes.

Hausse des crimes haineux et climat politique

Des chiffres officiels récents montrent une augmentation des délits motivés par la haine en Angleterre et au Pays de Galles, après trois années de recul. Les crimes religieux visant spécifiquement les musulmans ont connu une hausse significative, amplifiée par des événements violents et des émeutes survenues au cours de l’année précédente.

Cette progression intervient parallèlement à l’intensification des discours anti‑immigration portés par certains responsables politiques et activistes d’extrême droite, qui, selon des observateurs, contribuent à normaliser des récits stigmatisants à l’encontre des migrants et des communautés musulmanes.

Impact sur la santé et l’éducation

Des organismes dédiés à l’égalité raciale alertent sur les effets à long terme de cette hypervigilance : stress chronique, répercussions sur la santé mentale et espérance de vie altérée. Vivre constamment sur ses gardes impose un coût physique et psychologique important pour les personnes ciblées.

Par ailleurs, les données du ministère de l’Éducation montrent que les exclusions scolaires pour comportements racistes ont plus que doublé. Des responsables affirment que des enfants très jeunes, parfois âgés de quatre ans, sont renvoyés pour des comportements à caractère raciste, signe, selon eux, d’une normalisation inquiétante de la haine dans certains milieux.

En conséquence, des communautés entières adaptent leurs modes de vie pour tenter de préserver leur sécurité, au prix d’une participation réduite à la vie sociale et communautaire.

Face à cette montée des violences et des brimades, de nombreuses voix appellent à une réponse plus ferme des institutions et à une prise de conscience collective visant à protéger les droits et la sécurité des minorités. En attendant, plusieurs familles et enfants continuent de subir des effets directs et durables du racisme au Royaume‑Uni.

source:https://www.aljazeera.com/news/2026/2/26/mosques-attacked-children-racially-abused-as-hard-right-rises-in-uk

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