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Israël a intensifié ces dernières semaines les pressions sur la mosquée Al‑Aqsa, au point que la possibilité d’une fermeture pendant le Ramadan n’apparaît plus comme un simple scénario hypothétique. Les mesures prises visent à réduire la présence des fidèles, à affaiblir l’administration religieuse palestinienne et à restreindre la couverture médiatique des événements à Jérusalem, suscitant une montée des tensions en pleine période sacrée.
Escalade contre l’administration des lieux saints
Les autorités israéliennes ont ciblé la Direction des biens religieux (Waqf) dès l’ouverture du mois sacré. La police a notamment convoqué le directeur de la Waqf, Azzam al‑Khatib, dans un commissariat de la vieille ville, démarche perçue par l’administration comme une tentative de lui ôter sa légitimité et de placer la gestion du site sous la tutelle israélienne.
En réaction à ce refus de se soumettre, des mesures punitives ont été imposées : interdiction d’installer des parasols, entrave à la préparation des cours du Haram al‑Sharif pour le Ramadan, blocage de l’usage de la seule clinique du site et empêchement d’introduire des repas destinés aux fidèles et aux gardiens. Les habitants ont dû improviser, en apportant des rations limitées et en recourant à des cliniques mobiles temporaires.
Ces entraves s’ajoutent à des raids nocturnes antérieurs sur des bureaux du Waqf, au bris du verrou d’une maison d’enseignement près de la porte de la Miséricorde, et à des ordres d’interdiction d’accès visant près d’un millier de résidents de Jérusalem.
Une volonté d’effacer l’autorité islamique
Les autorités semblent poursuivre un objectif clair : affaiblir, puis éventuellement abolir, la présence administrative palestinienne à Al‑Aqsa. Historique, une tentative comparable remonte à 1967, lorsque les autorités israéliennes exigèrent des listes du personnel du sanctuaire; l’opposition des religieux locaux et la création de la Haute Commission islamique avaient alors empêché une mainmise totale.
Aujourd’hui, les responsables israéliens estiment pouvoir profiter d’un contexte régional et international troublé pour réaliser ce qu’ils n’ont pu imposer par le passé. La création d’une « administration du Mont du Temple » composée d’éléments de la mouvance national‑religieuse extrémiste laisse craindre une tentative de transfert durable de la gestion du site vers des structures favorables aux colons.
Censure médiatique et volonté de réduire les témoins
La deuxième phase de l’opération vise le contrôle de l’information. Le ministère de la Défense a ordonné la fermeture de plusieurs plateformes médiatiques majeures de Jérusalem, qualifiées par les autorités de relais de « propagande » et liées, selon elles, à des groupes armés. Cette décision a été présentée comme une mesure contre l’incitation, mais elle est perçue par les observateurs comme une tentative de réduire la visibilité internationale des actes sur le terrain.
En coupant les principaux canaux d’information qui relaient les développements à Al‑Aqsa, les autorités mettent en danger la capacité des journalistes et des citoyens à témoigner des opérations et renforcent ainsi leur marge de manœuvre pour agir sans surveillance médiatique étendue.
Trois leviers pour une fermeture possible pendant le Ramadan
Plusieurs éléments convergent et rendent plausible l’hypothèse d’une fermeture temporaire d’Al‑Aqsa pendant le Ramadan : l’affaiblissement de la Waqf, le contrôle accru des accès par la police et l’état-major sécuritaire, et la censure des médias locaux. En outre, le contexte sécuritaire régional et des précédents d’interdictions en période de conflit fournissent un prétexte opérationnel pour justifier une telle mesure.
Une fermeture — même temporaire — pendant le mois sacré aurait un impact symbolique et logistique immense. Elle risquerait de faciliter la pérennisation d’une gestion externalisée du site après le Ramadan en privant les fidèles de leur présence régulière, cette même présence qui fait obstacle à une prise de contrôle durable.
Le rôle déterminant de la mobilisation populaire
Malgré la répression et les contraintes, la seule force susceptible de contrer efficacement ce scénario reste la présence populaire au sein du sanctuaire. Le maintien des fidèles et des gardiens à Al‑Aqsa pendant le Ramadan constitue un facteur dissuasif puissant face à une décision de fermeture et à une tentative d’assigner définitivement la gestion du site.
En l’absence d’une réaction régionale ou internationale forte, la dynamique locale — présence, solidarité et témoignage — pourrait s’avérer décisive pour empêcher que ne se concrétise une fermeture d’Al‑Aqsa qui changerait durablement le statut du lieu.