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Darfur : offensive des Forces de soutien rapide, risque ethnique

par Sara
Soudan, Tchad

Les Forces de soutien rapide (FSR) ont intensifié ces dernières semaines leurs opérations au Darfur, suscitant des inquiétudes sur un possible embrasement tribal et une recomposition démographique forcée de la région. Ces manœuvres visent, selon plusieurs observateurs, à consolider une domination militaire et administrative sur un territoire vaste et déjà meurtri par des décennies de conflit.

Objectifs politiques et contrôle territorial

Les recettes militaires s’inscrivent dans un cadre plus large : renforcer des positions de négociation et asseoir une présence stratégique au Darfur. Après la prise de contrôle d’El Fasher à la fin d’octobre, la direction des FSR a établi des lignes de défense avancées dans le Kordofan pour empêcher toute avancée de l’armée vers l’ouest.

En parallèle, des analystes estiment que la montée en puissance sur le terrain pourrait servir à promouvoir une scission administrative ou politique du Darfur, dans un scénario comparable, selon eux, à certains modèles observés en Libye ou au Yémen.

La vengeance au cœur des affrontements

Les opérations récentes se sont concentrées dans le nord-ouest du Darfur, près de la frontière tchadienne, notamment à Kornoi, Um Bru et Al-Tina. Ces secteurs sont tenus par des forces locales alliées à l’armée, souvent regroupées sous l’appellation locale « Dar Zaghawa », liée à la tribu des Zaghawa.

Un des épisodes marquants a été l’attaque de la localité de Mustariha, bastion du chef tribal Moussa Hilal. L’assaut a provoqué des pertes humaines — dont le fils de Hilal, Haïdar — ainsi que de nombreux blessés et un important flux de déplacés. Selon des responsables locaux, l’offensive a mobilisé des centaines d’engins blindés : d’abord 265 véhicules de combat et transport de troupes, puis un renfort d’environ 500 véhicules équipés d’artillerie lourde venus d’autres villes du Darfur.

Ce regain de violence ravive un contentieux ancien entre Hemeti et Moussa Hilal, né en 2006 et réapparu au cours de la dernière décennie, après des arrestations et des détentions ayant renforcé les inimitiés personnelles et tribales.

Tentative de changement démographique

Des experts militaires avertissent que les opérations visent aussi à modifier la composition démographique de certaines zones du Darfur. Selon ces analyses, les FSR chercheraient à évincer des populations supposées hostiles et à y implanter des groupes plus favorables à leur domination.

Ces pratiques, déjà signalées dans plusieurs localités du Darfur, ont entraîné déplacements massifs, destruction d’infrastructures publiques et une atmosphère de terreur parmi les civils. Les risques d’escalade et de représailles intercommunautaires sont jugés élevés par des observateurs sur place.

Multiplication des incidents et tension transfrontalière

La ville d’Al-Tina, proche de la frontière tchadienne, a subi des attaques répétées des FSR ces derniers jours. Les forces locales alliées à l’armée ont réussi à repousser plusieurs assauts, mais la situation reste volatile.

Par ailleurs, N’Djamena a annoncé la fermeture temporaire de sa frontière avec le Soudan après des incidents impliquant des troupes soudanaises et la mort de soldats tchadiens, signe que la crise risque de déborder au-delà du Darfur.

Le gouverneur du Darfur, Minni Arko Minawi, a dénoncé ces actions comme visant à intimider et déloger des populations sur une base ethnique, soulignant le caractère « criminel » de ces opérations selon ses mots publiés sur les réseaux sociaux.

Scénarios politiques et risques de confrontation

Des analystes estiment que l’échec des FSR à obtenir des gains décisifs dans le Kordofan les pousse à concentrer leurs efforts pour dominer le Darfur. Contrôler la région pourrait renforcer leur position dans d’éventuelles négociations ou servir à imposer une nouvelle configuration administrative.

Cependant, un engagement accru contre des groupes tribaux africains — porteurs de rancœurs issues de la première guerre du Darfur — expose les FSR à des ripostes asymétriques et à un conflit prolongé sur plusieurs fronts, y compris autour du massif du Jebel Marra où opèrent encore des forces dissidentes.

Conséquences humanitaires et sécurité

Les offensives et incursions récentes entraînent des déplacements massifs de civils, la destruction d’écoles et d’établissements de santé, ainsi qu’une aggravation des besoins humanitaires dans une région déjà fragile.

Alors que la situation sécuritaire se détériore, les populations du Darfur font face à une double menace : la violence armée et la perspective d’un remaniement forcé du tissu social et démographique qui risque d’assurer un nouvel ancrage des divisions ethniques sur le long terme.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/2/26/%d9%87%d9%84-%d8%aa%d8%aa%d8%ac%d9%87-%d8%b9%d9%85%d9%84%d9%8a%d8%a7%d8%aa-%d8%a7%d9%84%d8%af%d8%b9%d9%85-%d8%a7%d9%84%d8%b3%d8%b1%d9%8a%d8%b9-%d9%81%d9%8a-%d8%af%d8%a7%d8%b1%d9%81%d9%88%d8%b1

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