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Pakistan-Afghanistan : 3 scénarios pour une crise en escalade

par Sara
Pakistan, Afghanistan

La crise Pakistan-Afghanistan a pris, ces deux dernières années, un tour plus profond qu’une série d’incidents frontaliers le long de la ligne Durand. Des frappes aériennes menées par l’armée pakistanaise sur le territoire afghan et les ripostes transfrontalières des forces talibanes témoignent d’une confrontation structurelle qui dépasse la simple réponse aux attaques du groupe armé connu comme « Taliban Pakistan ».

Un pari sur la pression qui bute sur la réalité

Depuis la reprise du pouvoir à Kaboul en août 2021, Islamabad a multiplié les leviers — militaires, économiques et diplomatiques — pour contraindre les autorités afghanes à contenir les activistes et combattants pakistanais installés en Afghanistan. L’objectif déclaré est d’endiguer les attaques sur le sol pakistanais.

Cependant, plusieurs analystes afghans estiment que Kaboul considère le dossier comme une affaire intérieure pakistanaise et refuse d’y répondre par des mesures radicales. En outre, certaines frappes pakistanaises ont causé des victimes civiles, ce qui a renforcé l’hostilité anti-pakistanaise et réduit la marge de manœuvre politique de la direction talibane.

Parallèlement, les talibans afghans ont cherché à limiter leur dépendance vis‑à‑vis du Pakistan en diversifiant leurs routes commerciales et leurs partenaires, en donnant davantage d’importance à des corridors alternatifs et à des échanges régionaux. Ces adaptations augmentent leur résilience face aux pressions extérieures.

Limites politiques et voix critiques

À l’intérieur du Pakistan, la stratégie purement militaire suscite des critiques. Des partis politiques et forces religieuses appellent au réengagement diplomatique et à un recalibrage de l’approche sécuritaire.

En outre, la mise en place d’un comité commercial mixte entre les deux capitales montre qu’Islamabad conserve des canaux de communication ouverts malgré les hostilités. Certains responsables estiment que l’option d’une confrontation ouverte n’est pas soutenable au regard des défis économiques et politiques internes du Pakistan.

Trois scénarios pour une crise en escalade

Face à cet état de tension prolongé, les experts distinguent trois trajectoires possibles pour la crise Pakistan-Afghanistan. Chacune présente des risques et des limites propres, et aucune n’offre de solution simple à court terme.

1. Escalade indirecte

  • Islamabad pourrait persister dans une stratégie d’incitations et de coercition indirectes, en favorisant ou en instrumentalisant des acteurs hostiles aux talibans afghans.
  • Certaines analyses évoquent l’utilisation de la menace représentée par des groupes extrémistes concurrents comme levier de pression, mais ce choix comporte un risque élevé de contagion sécuritaire régionale.
  • Un soutien à une opposition armée afghane ouvrirait la voie à une guerre d’usure longue et coûteuse, alors que le Pakistan fait déjà face à des contraintes économiques et sociales internes.

2. Diplomatie et médiation

  • Un retour sérieux à la voie diplomatique implique des propositions concrètes, comme le déplacement des éléments perturbateurs loin de la frontière, avec un financement et une logistique assurés par Islamabad selon certaines propositions déjà discutées.
  • La médiation par un tiers — des États du Golfe ou une puissance comme la Chine — pourrait faciliter un accord pratique. Ces acteurs disposent d’un levier politique et d’intérêts économiques pour réduire les tensions.
  • La Chine, en particulier, a intérêt à stabiliser la région en raison de ses investissements et de ses projets régionaux, ce qui en fait un intermédiaire potentiel influent.

3. Gestion durable du conflit

  • Le scénario le plus probable pour nombre d’observateurs est une gestion du conflit plutôt qu’une résolution définitive : maintien d’un niveau bas de tensions tout en conservant une coopération minimale.
  • Ce mode d’interaction ressemblerait à une « trêve informelle » : les crises sont contenues mais les causes profondes ne sont pas traitées, faute de confiance mutuelle suffisante.
  • La persistance de doutes réciproques rend cependant toute promesse formelle difficile à mettre en œuvre, ce qui maintient la fragilité du statu quo.

Enjeux pour la stabilité régionale

Au-delà d’une simple rivalité bilatérale, la confrontation révèle un changement dans les équilibres régionaux : les talibans sont désormais une autorité étatique qui cherche à diversifier ses alliances, tandis que le Pakistan voit son influence traditionnelle diminuer.

Dans ce contexte, la combinaison de médiation, d’engagement diplomatique et de gestion prudente des tensions apparaît comme la voie la moins risquée pour empêcher une détérioration aux conséquences plus larges. Sans cela, la crise Pakistan-Afghanistan pourrait dégénérer et affecter la stabilité de l’ensemble du Sud de l’Asie.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/2/26/3-%d8%b3%d9%8a%d9%86%d8%a7%d8%b1%d9%8a%d9%88%d9%87%d8%a7%d8%aa-%d9%84%d9%84%d8%a3%d8%b2%d9%85%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d9%85%d8%aa%d8%b5%d8%a7%d8%b9%d8%af%d8%a9-%d8%a8%d9%8a%d9%86

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