À l’heure où le gouvernement cherche à dégager 43,8 milliards d’euros, Catherine Vautrin a mis sur la table une piste inattendue pour réduire le gaspillage de médicaments. La ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles souhaite explorer le recyclage des médicaments non utilisés rapportés en pharmacie, avec l’idée de limiter les pertes financières liées à ces produits encore exploitables.
Selon elle, il s’agirait de travailler avec les professionnels de santé afin que les médicaments rapportés en officine soient analysés, pour éventuellement être remis sur le marché. Une orientation qui relance le débat sur la valorisation des médicaments non utilisés, alors que leur coût de gaspillage est évalué à 1,5 milliard d’euros par an.
Une piste pour réduire le gaspillage de médicaments
Catherine Vautrin estime qu’un énorme gâchis entoure les médicaments non utilisés, un phénomène qui pèse aussi sur le déficit de la Sécurité sociale. La ministre a défendu cette idée en soulignant que certains produits, souvent coûteux à fabriquer, pourraient peut-être être réemployés au lieu d’être détruits.
Dans son approche, les médicaments rapportés en pharmacie ne seraient pas automatiquement destinés à l’incinération. Ils pourraient faire l’objet d’un contrôle plus poussé, avec l’objectif d’identifier ceux qui peuvent encore être utilisés dans des conditions de sécurité satisfaisantes.
Des médicaments aujourd’hui incinérés pour produire de l’énergie
En l’état actuel, les comprimés, gélules, sirops et sachets déposés en pharmacie ne sont pas recyclés. Ils sont incinérés, un procédé qui permet malgré tout de produire de l’énergie. Le gouvernement indique que cette valorisation énergétique des médicaments non utilisés ou périmés permet d’éclairer environ 7 000 logements pendant une année.
Cette organisation a longtemps été pensée comme une solution simple et sécurisée pour se débarrasser des médicaments rapportés par les particuliers. Mais la piste d’un recyclage soulève désormais la question de savoir si certains traitements pourraient bénéficier d’une seconde vie, à condition de respecter des contrôles stricts.
Le défi du stockage et du contrôle sanitaire
Recycler des médicaments plutôt que les incinérer peut sembler logique, notamment pour les produits très coûteux. Mais la difficulté principale reste de vérifier que les conditions de conservation ont bien été respectées. La plupart des notices imposent un stockage dans un endroit frais et sec, à une température inférieure à 25 °C.
Si cette vérification peut être envisagée pour des médicaments conservés à l’hôpital, en cabinet médical ou en pharmacie, elle devient bien plus compliquée, voire impossible, lorsqu’il s’agit de produits rapportés par des particuliers. Sans garantie sur la chaîne de conservation, l’efficacité du médicament peut être compromise.
Les médicaments les plus coûteux au cœur du débat
Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), voit un intérêt particulier à la réutilisation de certains traitements très onéreux. Il cite notamment le cas de médicaments anticancéreux pouvant atteindre 10 000 euros la boîte.
Pour le pharmacien, lorsqu’un patient décède, il est regrettable qu’une boîte aussi coûteuse soit détruite. Dans un cadre hospitalier, des procédures de contrôle peuvent être mises en place pour permettre une réutilisation sécurisée du médicament. Cette perspective ouvre la voie à une réflexion plus large sur la gestion des médicaments onéreux et sur la lutte contre le gaspillage dans le système de santé.