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    Chine-Japon : tensions sur Taïwan atteignent l’ONU

    Chine, Japon, Taïwan

    La dispute entre la Chine et le Japon au sujet de Taïwan a franchi une nouvelle étape : Pékin a porté son différend avec Tokyo devant l’Organisation des Nations unies, approfondissant une crise diplomatique qui a fait chuter les relations entre les deux voisins à leur niveau le plus bas depuis 2023.

    Points clés

    • La Chine a adressé une lettre à António Guterres, avertissant qu’une intervention armée japonaise autour de Taïwan serait « un acte d’agression ».
    • Les propos du Premier ministre japonais Sanae Takaichi, tenus le 7 novembre, ont provoqué la colère de Pékin et déclenché une série de ripostes diplomatiques et économiques.
    • La crise a dégénéré en mesures commerciales et en restrictions touchant le tourisme, l’éducation et les exportations alimentaires.
    • Les tensions se sont étendues aux eaux contestées des îles Senkaku/Diaoyu et à des symboles diplomatiques lors de pourparlers récents à Pékin.

    La lettre adressée au secrétaire général de l’ONU

    Le représentant permanent de la Chine auprès de l’ONU, Fu Cong, a écrit au secrétaire général António Guterres pour condamner les déclarations de Tokyo sur Taïwan. Dans sa lettre, il a averti que « si le Japon osait tenter une intervention armée dans la situation du détroit, ce serait un acte d’agression ».

    Fu Cong faisait référence au détroit qui sépare la Chine continentale de Taïwan, que Pékin considère comme une province chinoise et qu’il n’exclut pas de reprendre par la force si nécessaire.

    Les propos du Premier ministre japonais

    Le 7 novembre, lors d’une séance parlementaire, Sanae Takaichi — réputée pour son soutien à Taïwan — a affirmé qu’un blocus naval chinois ou toute autre action militaire contre Taïwan pourrait entraîner une réponse militaire japonaise.

    « Si cela implique l’emploi de navires de guerre et d’actions militaires, cela pourrait en tout cas devenir une situation menaçant la survie », a déclaré Takaichi, en répondant aux questions d’un élu d’opposition lors de son premier interrogatoire parlementaire.

    Ces propos ont immédiatement suscité des protestations des ministères chinois des Affaires étrangères et de la Défense, qui ont exigé des rétractations. Le Premier ministre japonais a toutefois refusé de retirer sa déclaration, se contentant trois jours plus tard d’annoncer qu’il éviterait dorénavant d’aborder des scénarios précis.

    Réactions diplomatiques et posts controversés

    La riposte chinoise a pris plusieurs formes : le consul général de Chine à Osaka, Xue Jian, a publié un message menaçant sur la plateforme X (anciennement Twitter), puis l’a supprimé. Ce message a provoqué une vive colère au Japon et des appels à l’expulsion du diplomate.

    Le secrétaire en chef du Cabinet japonais, Minoru Kihara, a qualifié le post de « extrêmement inapproprié » et a demandé des explications à Pékin. Les deux pays ont procédé à des convoqués diplomatiques réciproques : la Chine le 14 novembre, puis le Japon le 15 novembre.

    Escalade commerciale et impact sur le tourisme

    La dispute a rapidement dégénéré en un quasi-conflit économique. Le 14 novembre, la Chine a publié un avis déconseillant les voyages vers le Japon, ciblant visiblement le secteur touristique qui avait attiré environ 7,5 millions de visiteurs chinois entre janvier et septembre de cette année.

    Le 15 novembre, plusieurs compagnies aériennes chinoises ont proposé remboursements ou changements gratuits pour des vols à destination du Japon. Le ministère chinois de l’Éducation a aussi mis en garde les étudiants chinois au Japon au sujet d’agressions récentes, intensifiant les tensions sociales entre ressortissants des deux pays.

    Coquilles Saint-Jacques dans des paniers jaunes près d'un bateau de pêche au port

    Le Japon a néanmoins repris certaines exportations alimentaires vers la Chine, avec un envoi de coquilles Saint-Jacques depuis Hokkaido après la levée récente d’un précédent embargo.

    Mesures culturelles et annulations

    Sur le plan culturel, Pékin a suspendu la diffusion d’au moins deux films japonais et a interdit l’importation de certains produits de la mer japonais. Ces décisions visaient plusieurs secteurs et ont affecté des entreprises des deux côtés.

    La Chine a également reporté une réunion tripartite prévue en fin novembre entre ministres de la Culture du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud, illustrant l’ampleur de l’impasse actuelle.

    Conflit territorial : Senkaku / Diaoyu

    Les tensions se sont aussi intensifiées autour des îles contestées dans la mer de Chine orientale. Le patrouilleur maritime chinois a annoncé des patrouilles près des îles que le Japon appelle Senkaku et que la Chine nomme Diaoyu.

    Tokyo a condamné une brève « violation » de ses eaux territoriales par une flottille de quatre navires de garde-côtes chinois, ajoutant une dimension sécuritaire à la crise diplomatique et commerciale.

    Négociations à Pékin et gestes symboliques

    Des diplomates des deux pays se sont rencontrés à Pékin le 18 novembre pour tenter d’apaiser la situation. Les échanges ont cependant achoppé sur la demande chinoise d’une rétractation officielle de Tokyo.

    Un fait marquant de la rencontre a été le choix vestimentaire du haut responsable chinois Liu Jinsong : un costume sans col à cinq boutons, perçu par les médias japonais comme un « symbole de défi » rappelant des révoltes étudiantes historiques. Des images montrant Liu les mains dans les poches après les entretiens ont été interprétées au Japon comme un manque de respect.

    Contexte historique des tensions sino-japonaises

    Les relations entre la Chine et le Japon portent le poids d’un long passé conflictuel. Après la Première guerre sino-japonaise (1894-1895), le Japon a pris le contrôle de Taïwan et, plus largement, étendu son influence en Asie.

    Au XXe siècle, l’invasion japonaise de 1937 et les occupations qui ont suivi ont laissé des traces durables. En 1949, la victoire communiste en Chine et le repli du Kuomintang à Taïwan ont créé une situation politique durablement complexe.

    En 1972, le Japon a reconnu la République populaire de Chine et adopté le principe d’une seule Chine, formalisant la rupture des relations diplomatiques officielles avec Taïwan tout en maintenant des liens non officiels et économiques importants.

    Importance économique des échanges

    Les échanges commerciaux entre Pékin et Tokyo sont considérables et fragiles : selon un porte-parole du ministère chinois du Commerce, He Yongqian, les relations commerciales ont été « gravement endommagées » par les déclarations de Takaichi.

    En 2024, la Chine a acheté pour environ 125 milliards de dollars de produits japonais — principalement des équipements industriels, des semi‑conducteurs et des automobiles — tandis que le Japon a importé pour près de 152 milliards de dollars de marchandises chinoises, selon des données compilées par des sources économiques publiques.

    Certains secteurs japonais, notamment les exportateurs de produits de la mer (concombres de mer, coquilles Saint-Jacques), craignent d’importantes pertes si les mesures de rétorsion persistent.

    Ce type de riposte commerciale n’est pas inédit : en 2023, la Chine avait interdit toutes les importations alimentaires japonaises après le rejet d’eau traitée de Fukushima dans le Pacifique — interdiction levée le 7 novembre 2025, jour même des propos controversés de Takaichi. En 2010, la Chine avait aussi temporairement bloqué l’exportation de terres rares vers le Japon après l’arrestation d’un capitaine de pêche près des îles disputées.

    Lectures et articles liés

    • Chinese Coast Guard vessels sail through Japan-administered Senkaku Islands
    • Canada, Philippines sign defence pact to deter Beijing in South China Sea
    • Japan’s tourism stocks plunge amid spat with China
    • China suspends Japanese film releases amid diplomatic row over Taiwan

    La Première ministre japonaise Sanae Takaichi lors d'une conférence de presse à Tokyo

    source:https://www.aljazeera.com/economy/2025/11/22/china-spat-with-japan-on-taiwan-deepens-reaches-un-whats-it-all-about

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