La plateforme TikTok est désormais sous le feu des critiques en France, où l’Assemblée nationale a récemment approuvé la création d’une commission d’enquête visant à étudier les effets psychologiques de l’application sur les mineurs. Cette décision intervient après que onze familles ont porté plainte contre TikTok, accusant le réseau social de ne pas modérer des contenus dangereux, notamment ceux liés au suicide, à l’automutilation et aux troubles alimentaires.
Les préoccupations à l’international
Au-delà des frontières françaises, TikTok fait face à de nombreuses accusations. Le réseau social, d’origine chinoise, est soupçonné d’ingérence dans la politique, avec des allégations d’influence russe lors des élections présidentielles en Roumanie, qui ont été annulées en décembre dernier. De plus, la plateforme a été temporairement suspendue aux États-Unis en raison de préoccupations liées à l’espionnage, même si cette interdiction a été levée par l’administration Trump.
Une étude révélatrice
Selon une étude de 2022 de l’Integrity Institute, TikTok est le cinquième réseau social mondial en termes d’utilisateurs, mais se classe au deuxième rang pour le temps passé sur la plateforme. L’application a été pointée du doigt pour son rôle dans l’amplification de la désinformation. Pour mieux comprendre ce phénomène, franceinfo a interrogé Chine Labbé, rédactrice en chef et vice-présidente de Newsguard, une entreprise qui évalue la fiabilité des sources d’information.
Algorithme et propagation de la désinformation
Chine Labbé explique que, bien que TikTok ait rendu publiques les grandes lignes de son algorithme de recommandations, des éléments importants demeurent secrets. Les vidéos sont notées selon divers critères, comme le nombre de likes et la durée de visionnage. Cette personnalisation extrême permet à TikTok de collecter plus de données sur les utilisateurs, entraînant une exposition accrue à des contenus douteux.
Les vidéos contenant de fausses informations sont souvent plus partagées, car elles suscitent des réactions émotionnelles. Cette viralité contribue à leur propagation rapide sur la plateforme.
Les risques du *scroll*
Les recherches de Newsguard mettent en lumière deux problèmes majeurs : la fonction de défilement (*scroll*) et le moteur de recherche de TikTok. En moyenne, un utilisateur peut rencontrer des vidéos contenant de fausses informations en moins de 40 minutes. De plus, environ 20% des vidéos qui apparaissent dans les recherches liées à des sujets d’actualité peuvent également véhiculer des informations erronées.
L’impact de l’IA générative
La montée des deepfakes et des vidéos générées par l’IA représente un défi supplémentaire dans la lutte contre la désinformation sur TikTok. Des rapports récents ont révélé que des réseaux de comptes utilisant des voix synthétiques ont produit des milliers de vidéos de désinformation, touchant des millions d’utilisateurs.
La modération des contenus
La société mère de TikTok, ByteDance, a annoncé la réduction de postes de modérateurs humains au profit de l’IA. Bien que l’IA puisse repérer certains contenus inappropriés, elle a du mal à détecter la désinformation sophistiquée, qui s’apparente souvent à de l’actualité classique. Cela soulève des inquiétudes quant à l’efficacité de cette approche face à des contenus trompeurs.
Les enjeux éducatifs et sociétaux
Une enquête de la fondation Jean Jaurès a révélé que 74% des jeunes de 18 à 24 ans sur TikTok croient en au moins une contre-vérité scientifique. Ce phénomène n’affecte pas uniquement les jeunes, mais indique un besoin urgent d’éducation aux médias et d’esprit critique. Le design de TikTok, qui favorise un enchaînement rapide de vidéos, complique la capacité des utilisateurs à évaluer la véracité des informations.
Il est crucial d’encourager une réflexion sur la manière dont les influenceurs communiquent et sur ce que les journalistes peuvent apprendre de ces nouvelles dynamiques pour mieux informer le public.
