En Espagne, deux accidents ferroviaires en 48 heures relancent le débat sur la sécurité et la gestion du réseau. Le pays, qui avait connu le drame d’un déraillement près de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013 ayant fait 80 morts, se retrouve confronté à un nouvel épisode qui touche le réseau grande vitesse et les trains de banlieue. La violence des intempéries et une série d’incidents ont entraîné des mesures et des appels au dialogue. Cette situation relance le débat public sur la sécurité ferroviaire en Espagne et sur les réponses du gouvernement et des opérateurs.

Bilan et contexte des deux accidents en 48 heures
Dimanche, les trois dernières voitures d’un train allant vers Madrid de l’opérateur privé Iryo – un groupe privé filiale à 51% du groupe public italien Ferrovie dello Stato (Trenitalia) – avaient déraillé et s’étaient déportées sur la voie d’à côté, heurtant violemment un train de la Renfe, la compagnie nationale espagnole, qui arrivait au même moment dans l’autre sens. Le bilan officiel évoque au moins 42 morts et 37 hospitalisés, dont neuf en soins intensifs. Les deux trains à grande vitesse, qui roulaient à plus de 200 km/h, transportaient au total plus de 500 passagers. L’enquête est en cours et les autorités étudient les possibles causes, sans exclure d’emblée une éventuelle faute humaine ou technique et en citant des zones d’ombre encore à clarifier.
Le mardi, un train de banlieue en direction de Barcelone a heurté les débris d’un mur de soutènement qui s’était effondré sur la voie près de Gelida, en Catalogne. Au moins une personne est morte et 37 ont été prises en charge par les secours, dont cinq blessés graves, selon les Mossos d’Esquadra et Adif. La circulation des trains restait suspendue et des restrictions de vitesse ont été imposées sur un tronçon entre Madrid et Barcelone. Le déploiement des secours et les enquêtes se poursuivaient ce mercredi pour établir les circonstances de cet épisode.
Inauguré en 1992, le réseau ferroviaire à grande vitesse espagnol est le deuxième plus important au monde, après celui de la Chine, et est l’une des fiertés du pays. L’Espagne dispose aujourd’hui d’environ 4 000 kilomètres de voies à grande vitesse, dans un secteur ouvert à la concurrence depuis cinq ans après la fin du monopole de l’opérateur public, la Renfe.
L’enquête -qui exclut l’hypothèse d’un acte de sabotage, selon le gouvernement- s’intéresse à une rupture du rail de plus de 30 centimètres de long à l’endroit de l’accident, peut-être provoquée par « un défaut dans la soudure de la voie », selon le quotidien El Mundo. Cette série d’événements survient alors que le pays entame un deuil national de trois jours et que les autorités réévaluent les enjeux de maintenance et d’investissement dans le réseau.
Réactions et enquêtes: appels au dialogue, grève et positionnement politique
Face à ces incidents, les réactions publiques se multiplient. Alberto Núñez Feijóo, chef de file du Parti populaire, a publié sur X: «C’en est trop !» et a demandé une clarification immédiate sur l’état du réseau ferroviaire national, selon les échanges de la veille. Le gouvernement, par la voix du ministre des Transports Óscar Puente, a appelé au dialogue avec les représentants des conducteurs et a estimé que l’accident en Catalogne n’était pas lié au réseau mais dû à des phénomènes météorologiques et à des circonstances malheureuses.
Pepa Millán, porte-parole au Congrès du parti d’extrême droite Vox, a déclaré: «Les Espagnols ont aujourd’hui peur de monter dans un train», remark qui a été relayé dans le débat public. Du côté du parti indépendantiste catalan Junts, on a dénoncé «des retards constants, des trains pleins, des pannes, des excuses et des accidents (…) Ça suffit» et appelé à des solutions claires pour restaurer la confiance dans le système ferroviaire. Le principal syndicat des conducteurs de train a, de son côté, demandé « une grève générale », dénonçant la dégradation constante du réseau et indiquant que les discussions pour fixer une date sont en cours, sans précision sur le démarrage.
Les autorités ont répété que l’enquête se poursuit et que les premiers éléments pointent vers des circonstances techniques et météorologiques. Le gouvernement souligne que les conclusions définitives requerront du temps et que des mesures pourront être envisagées en fonction du jugement des enquêteurs et des responsabilités potentielles des opérateurs privés et publics.