Les États-Unis et Israël ont élargi jeudi leurs frappes contre l’Iran, visant de nouvelles infrastructures dans et autour de Téhéran, alors que Washington accentue la pression sur la République islamique et que le conflit continue de s’étendre au Moyen-Orient. Dans le même temps, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a limogé sans préavis le plus haut gradé de l’armée de terre américaine ainsi que deux autres officiers supérieurs, alimentant les spéculations sur un remaniement de l’appareil militaire en temps de guerre.
En Iran : frappes élargies et bilan humain lourd
Les bombardements se sont intensifiés autour de la capitale iranienne. Parmi les cibles touchées figurent un centre de recherche médicale vieux de plus d’un siècle, des aciéries et un pont situé près de Téhéran, selon les dernières informations disponibles. Washington affirme que le pont visé servait au transport de matériel destiné aux drones militaires iraniens. Téhéran soutient au contraire qu’il s’agissait d’une infrastructure civile, ce qui, si cela était confirmé, soulèverait des questions de droit international.
Le coût humain de la guerre continue, lui aussi, de s’alourdir. Depuis le début des attaques américano-israéliennes, au moins 2 076 personnes ont été tuées et 26 500 blessées en Iran, selon les chiffres communiqués. Le ministère iranien des Affaires étrangères affirme par ailleurs que plus de 600 écoles et centres éducatifs ont été endommagés depuis le 28 février.
Face à cette offensive, l’armée iranienne assure que la guerre se poursuivra jusqu’à ce que ses adversaires subissent « l’humiliation » et la « reddition ». Elle met en garde les États-Unis contre toute tentative d’invasion terrestre. Un porte-parole de la diplomatie iranienne a déclaré que la priorité du peuple iranien était de se défendre contre « cette agression » et que le pays se disait prêt à faire face à « tout type d’attaque, y compris une attaque terrestre ».
Diplomatie de guerre et tensions autour du détroit d’Ormuz
Sur le front diplomatique, le Pakistan dit vouloir poursuivre ses efforts pour rapprocher Washington et Téhéran afin de mettre fin à la guerre, tout en reconnaissant l’existence de « obstacles » à la médiation. Ces déclarations sont intervenues quelques heures après de nouvelles menaces de Donald Trump, qui a averti l’Iran qu’il serait bombardé s’il n’acceptait pas les conditions posées par Washington.
Au Royaume-Uni, des discussions sont en cours avec une quarantaine de pays sur la réouverture du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Le blocage imposé par l’Iran a fortement perturbé le trafic maritime et fait grimper le prix du baril au-dessus de 100 dollars. Les États-Unis ne participent pas à ces pourparlers.
Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe a, de son côté, demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’autoriser le recours à la force pour protéger le détroit d’Ormuz contre les attaques iraniennes. Dans le même temps, le département d’État américain affirme que Donald Trump reste « toujours ouvert à la diplomatie » avec l’Iran, rappelant que Washington avait tenté d’engager des discussions avant le déclenchement de la guerre, tout en continuant d’accuser Téhéran de chercher à se doter de l’arme nucléaire.
Les Philippines ont, elles, indiqué que leurs navires bénéficieraient d’un passage sûr dans le détroit après des échanges avec l’Iran. Manille cherchait à obtenir un statut de « non-hostilité » pour sécuriser ses approvisionnements pétroliers. La ministre des Affaires étrangères a assuré que Téhéran s’était engagé à permettre aux navires battant pavillon philippin, aux cargaisons d’énergie et aux marins de circuler « en toute sécurité, sans entrave et rapidement ».
Le Golfe sous tension
Dans plusieurs pays du Golfe, les répercussions du conflit se font sentir. Aux Émirats arabes unis, la chute de débris a tué un ouvrier agricole bangladais. À Bahreïn, les sirènes d’alerte ont retenti à plusieurs reprises et les habitants ont été invités à se réfugier, tandis que la circulation sur une autoroute proche de Saar a été déviée en raison de la chute de fragments. Le ministère a appelé les automobilistes à emprunter d’autres itinéraires jusqu’au retour à la normale.
En Arabie saoudite, le ministère de la Défense a annoncé avoir intercepté et détruit un drone entrant. Au Koweït, les services d’urgence ont maîtrisé un incendie à l’aéroport. Ces incidents illustrent la montée des risques sécuritaires dans la région, alors que les frappes se multiplient et que les défenses anti-drones sont de plus en plus sollicitées.
Aux États-Unis : remaniement militaire et durcissement du discours
À Washington, le limogeage du général Randy George, chef d’état-major de l’armée de terre, a provoqué de nombreuses réactions. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth l’a relevé de ses fonctions avec effet immédiat, tandis que deux autres officiers supérieurs, le général David Hodne et le major-général William Green Jr, auraient également été écartés. Cette série de départs alimente l’hypothèse d’une réorganisation de la hiérarchie militaire en phase avec les priorités de la présidence.
Parallèlement, Donald Trump a durci son discours contre Téhéran. Le président américain a menacé de ramener l’Iran à l’âge de pierre et a affirmé que l’armée américaine n’avait « même pas commencé » à viser les infrastructures clés. Il a évoqué de nouvelles cibles potentielles, notamment les ponts, les centrales électriques et les installations énergétiques, si Téhéran refusait les شروط américaines pour mettre fin au conflit.
Les pertes américaines s’élèvent à 13 militaires tués au combat et à deux morts pour des causes non liées au combat, avec plus de 200 blessés. Dans le même temps, le porte-avions USS Gerald R. Ford a quitté la Croatie après cinq jours d’escale, sans que sa prochaine destination ne soit communiquée, alors que les forces américaines se repositionnent dans la région.
Un nouveau sondage indique enfin qu’une majorité d’Américains d’origine iranienne rejettent la guerre menée par les États-Unis et Israël contre leur pays d’origine. Plus de 66 % des personnes interrogées s’y opposent, contre 32,7 % qui la soutiennent.
En Israël : sirènes, abris et front nord sous pression
En Israël, les sirènes d’alerte sont devenues, selon des habitants, « une partie de la vie ». Dans la région de Tel-Aviv, où vivent des millions de personnes, les populations se rendent régulièrement dans les abris. Des alertes ont aussi retenti à Ashdod et Ashkelon. Les écoles sont passées à l’enseignement en ligne et l’aéroport fonctionne à capacité réduite, alors qu’Israël se prépare à un conflit prolongé et intensifie ses frappes contre des industries stratégiques iraniennes.
Sur le front nord, les combats avec le Hezbollah restent intenses. Le mouvement libanais affirme avoir mené 60 opérations militaires contre Israël en 24 heures, notamment des tirs de roquettes visant des regroupements de soldats israéliens à Malkia et Dishon, une attaque à l’explosif à Biyyada et des actions qui auraient mis hors service quatre chars israéliens.
En Irak, en Syrie et au Liban : fronts multiples et déplacements massifs
En Irak, le groupe armé Saraya Awliya al-Dam revendique six attaques contre des installations militaires américaines au cours des dernières 24 heures, selon une déclaration diffusée sur sa chaîne Telegram. Ces opérations montrent que la guerre ne se limite plus à la confrontation directe entre l’Iran, Israël et les États-Unis, mais s’étend à d’autres théâtres d’opérations régionaux.
En Syrie, Israël a élargi ses raids dans le sud du pays, tandis que le gouvernement syrien dit avoir découvert et bloqué deux tunnels utilisés pour faire passer des armes au Hezbollah. De son côté, la branche armée du Hamas a salué les manifestations organisées en Syrie contre une nouvelle loi israélienne prévoyant la peine de mort pour certains prisonniers palestiniens.
Au Liban, la cheffe de l’Organisation internationale pour les migrations a lancé une mise en garde sur le risque d’un déplacement massif prolongé. Amy Pope a évoqué des perspectives « très alarmantes », estimant que certaines zones du sud sont « entièrement rasées ». Même si la guerre devait s’arrêter immédiatement, a-t-elle prévenu, les destructions laisseraient de nombreux habitants dans l’impossibilité de rentrer chez eux.