Au cœur d’une nouvelle montée des tensions entre Téhéran et Washington, l’Iran dit prendre très au sérieux les menaces de Donald Trump, qu’il interprète comme une stratégie de pression maximale combinant intimidations verbales, manœuvres militaires et négociations indirectes. Dans la capitale iranienne, le pouvoir affiche une vigilance renforcée alors que le compte à rebours fixé par le président américain alimente la crainte d’un nouvel embrasement régional.
Selon le correspondant d’Al Jazeera à Téhéran, Amer Lafi, les dirigeants iraniens, sur les plans politique et militaire, traitent ces menaces avec gravité, en particulier celles évoquant un ultimatum expirant mardi soir. Trump a averti qu’un refus d’ouvrir le détroit d’Ormuz ou de conclure un accord plongerait la région dans « l’enfer ».
Cette séquence s’inscrit aussi dans un contexte de contacts indirects révélés par Axios, via des médiateurs régionaux. Ces échanges auraient inclus des messages transmis entre des conseillers de Trump et le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, sans qu’aucune percée n’ait été obtenue à ce stade, malgré la qualification de discussions « approfondies » du côté américain.
À Téhéran, cette pression est lue comme une tentative d’imposer des conditions de négociation sous la menace militaire. Dans le même temps, Araghchi multiplie les contacts diplomatiques avec ses homologues en Égypte, au Pakistan, en Russie, en France et en Inde, afin de présenter les frappes américaines contre les infrastructures iraniennes comme des « crimes de guerre » et d’appeler la communauté internationale à intervenir pour enrayer l’escalade.
Une réponse iranienne sur deux fronts
Le discours iranien cherche clairement à déplacer le bras de fer du face-à-face bilatéral avec Washington vers une scène internationale plus large. En mettant en avant l’argument juridique et humanitaire, Téhéran tente de retourner la pression contre les États-Unis, d’autant plus que Trump a laissé entendre que des sites énergétiques et des ponts en Iran pourraient être visés de manière massive.
Sur le plan politique, le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a lui aussi durci le ton. Il estime que Trump veut précipiter la région dans le « chaos » pour satisfaire les intérêts israéliens, tout en avertissant qu’une attaque contre l’Iran ne produirait aucun gain pour Washington, mais aurait au contraire des répercussions régionales majeures.
Cette ligne de communication vise, selon Amer Lafi, à mobiliser l’opinion publique à l’intérieur du pays tout en désignant les États-Unis comme responsables de tout dérapage. Téhéran cherche ainsi à construire un récit de légitime défense face à une pression qu’il juge croissante et coordonnée.
Le détroit d’Ormuz, principal levier de pression
Militairement, l’Iran met en avant ses cartes de dissuasion, au premier rang desquelles figure le détroit d’Ormuz. Le Corps des gardiens de la révolution a renforcé le contrôle de la navigation, allant jusqu’à interdire à certains navires le passage faute d’autorisations, tout en en laissant d’autres transiter, signe de sa capacité à influencer ce passage stratégique.
Les Gardiens ont aussi affirmé que la situation dans le détroit « ne sera plus comme avant », laissant entendre qu’un changement radical pourrait intervenir si l’affrontement venait à s’élargir. Ce message répond directement aux injonctions de Donald Trump, qui a fait de la liberté de navigation dans cette zone un point central de ses menaces.
Sur le terrain, Téhéran dit avoir lancé plusieurs vagues d’attaques contre des cibles stratégiques en Israël, notamment la raffinerie de Haïfa, en riposte aux frappes américaines et israéliennes contre des infrastructures à l’intérieur de l’Iran, dont un pont stratégique près de la capitale. Le message est clair : l’Iran veut montrer qu’il peut répondre sans basculer dans une guerre totale.
L’armée iranienne affirme également avoir utilisé des drones avancés contre des objectifs en profondeur sur le territoire israélien, visant des installations pétrochimiques et des réservoirs de carburant. Cette démonstration de capacité militaire s’inscrit dans une logique de riposte calibrée, destinée à élargir la portée de la réponse tout en conservant un certain contrôle.
Vers un élargissement du conflit ?
Dans ce climat, le quartier général de Khatam al-Anbiya, chargé des opérations militaires, a menacé d’ouvrir les « portes de l’enfer » contre les intérêts américains dans la région si les attaques se poursuivent. Le commandement iranien promet une réponse « dévastatrice » visant les bases et les intérêts de Washington ainsi que ceux de ses alliés.
Plusieurs responsables iraniens ont aussi évoqué la possibilité d’actions indirectes contre les intérêts américains, via des perturbations régionales ou une extension du champ des opérations. L’objectif, selon cette logique, serait d’augmenter le coût d’une éventuelle offensive américaine sans franchir d’emblée le seuil d’une confrontation directe avec les États-Unis sur leur propre territoire.
La menace la plus lourde de conséquences reste toutefois l’évocation d’un élargissement à d’autres voies maritimes. Un conseiller du guide suprême iranien aurait ainsi suggéré un lien possible entre le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb, ce qui ferait peser une menace simultanée sur les flux commerciaux et énergétiques mondiaux.
En arrière-plan, l’Iran semble vouloir activer ses leviers géopolitiques au-delà de ses frontières en s’appuyant sur ses alliés régionaux. Une telle évolution ferait basculer la crise d’une confrontation limitée vers un conflit à plusieurs fronts, au moment même où les menaces de Trump contre l’Iran accentuent la pression sur l’ensemble du Moyen-Orient.