Un an après le retour de Donald Trump, Gérard Araud, ancien ambassadeur, dresse un diagnostic sur le Trumpisme et l’état des contre-pouvoirs. Il décrit une accélération et une radicalisation de la politique trumpiste, et souligne que les institutions démocratiques semblent mises à rude épreuve. « Il n’y a plus de débat démocratique. » a déclaré Gérard Araud.
Trumpisme et contre-pouvoirs: Araud alerte sur démocratie menacée
Selon lui, le Trumpisme n’est plus une simple réorientation politique mais une dynamique qui s’étend au-delà des États-Unis. Il évoque une logique où les marchés et les institutions se repositionnent autour d’un leadership déterminé à modifier l’ordre international, citant des exemples évoqués lors de l’entretien. Le coût économique et les tensions militaires entrent dans le calcul du monde Trump.
« Il y a une accélération et une radicalisation. La politique trumpiste est de plus en plus incontrôlée et de plus en plus brutale avec la volonté d’utiliser la force et de balayer tout ce qui restait de l’ordre international. On l’a vu avec le Venezuela, l’interception de pétroliers russes, un budget de la défense de 1 500 milliards de dollars (en hausse de 50 %) et maintenant les menaces militaires contre Cuba et contre le Danemark au sujet du Groenland. Au fond, Trump, c’est une révolution et pas seulement à l’extérieur. Ce qui se passe aux États-Unis est vertigineux. La famille Trump s’enrichit ostensiblement. Il n’y a plus de débat démocratique. Les démocrates sont décrits comme des ennemis au point qu’on peut s’interroger sur ce qui arrivera lors des élections de mi-mandat en novembre 2026. »
— Gérard Araud
« Je pensais qu’il ne fallait pas s’inquiéter car les institutions semblaient solides. Aujourd’hui, tous les contre-pouvoirs sont à terre. La Cour suprême est aux ordres du président. Le parti républicain commence à peine à se réveiller. Donald Trump menace d’envoyer l’armée dans les villes démocrates. La question démocratique est posée désormais. Donald Trump va perdre les “mid-terms” car toutes les élections intermédiaires sont perdues par les présidents. Acceptera-t-il sa défaite ? On verra à ce moment-là ce qu’il en est de la démocratie américaine. »
— Gérard Araud
« Donald Trump est un narcissique pathologique qui n’écoute personne »
Selon lui, le cours de la Bourse et le niveau du dollar peuvent encore avoir de l’influence sur lui, ainsi que les milliardaires de Wall Street. Il faudra voir aussi comment les marchés réagiront alors que les États-Unis doivent refinancer plus de 6 000 milliards de dollars de bons du trésor en 2026 et 2027 car la dette américaine explose. Le propos met en lumière les fragilités économiques qui se mêlent à la politique.
« Le virus trumpiste est dans nos sociétés »
Le trumpisme peut-il durer ? Selon l’ancien ambassadeur, « Le virus trumpiste est dans nos sociétés. On l’a vu avec la victoire de l’extrême droite lors d’élections récentes. Attendons de voir ce qui se passera en France en 2027. Il y aura du populisme et des mini-Trump tant que les partis de gouvernement et le parti démocrate aux États-Unis ne trouveront pas la réponse aux angoisses économiques et identitaires des populations. »

Perspectives à l’échelle mondiale et européenne
En parallèle, la discussion aborde les implications pour l’Europe. Selon Araud, « Elle en a les moyens mais le problème c’est que les 27 États de l’Union européenne ont des intérêts divergents. Il n’y a pas de solidarité européenne. » L’étrange lenteur des réponses européennes face à l’influence du Trumpisme est évoquée comme un élément clé des relations transatlantiques.
Gérard Araud est l’auteur de Leçons de diplomatie, la France face au monde qui vient (Tallandier).