Alors que les musulmans célébraient l’Aïd al-Fitr et que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran entrait dans sa quatrième semaine, les violences en Cisjordanie ont atteint un nouveau pic, selon des témoignages locaux. Des colons israéliens ont bloqué des accès à plusieurs villages palestiniens, incendié des habitations et ravagé des oliveraies, laissant des communautés isolées et sous tension. Parallèlement, des mesures de sécurité exceptionnelles ont été imposées à Jérusalem, notamment l’évacuation de fidèles du complexe de la mosquée Al-Aqsa lors de l’Aïd, un geste qualifié de symbolique par des observateurs.
Vagues d’attaques des colons et réactions locales
La violence a culminé dimanche matin après la mort d’un jeune colon de 18 ans, provoquant l’arrivée d’une centaine de colons masqués dans les villages de Jalud et Qaryut, au sud de Naplouse. Selon des habitants, des véhicules et des maisons ont été incendiés, le siège du conseil municipal de Jalud détruit, et un camion de pompiers attaqué alors que ses sauveteurs tentaient d’intervenir.
Les agressions se sont étendues à d’autres localités, avec des incendies de véhicules à Deir Sharaf et des tentatives d’incendie de cliniques à Burqa, stoppées de justesse par des résidents. Malgré une présence militaire et policière en périphérie de ces villages, les attaques se sont poursuivies, alimentant la colère et la peur parmi la population palestinienne.
Vague d’arrestations et impunité perçue
Malgré le rôle actif de colons dans plusieurs agressions, ce sont majoritairement des Palestiniens qui ont été arrêtés par les forces israéliennes. Des raids nocturnes ont ciblé des maisons dans des villages de Jénine et de Ramallah, entraînant des détentions, y compris celle d’enfants.
Des témoins affirment que les forces n’ont pas empêché les colons de se déplacer librement entre plusieurs localités au cours des attaques, renforçant le sentiment d’impunité. Ces opérations ont été signalées aussi dans les gouvernorats de Salfit et des collines au sud d’Hébron.
Saisies de terres et destruction d’oliveraies
Sur le plan foncier, la campagne de saisies et de démolitions se poursuit. Des bulldozers ont arraché des oliviers à Nilin et dans d’autres secteurs, tandis que plus de 1 500 arbres ont été détruits dans la région de Huwara, affirme la population locale. Dans le sud de la Cisjordanie, des colons ont également laissé du bétail paître volontairement sur des terres cultivées, provoquant la perte de récoltes et d’arbres fruitiers.
Des ordres militaires de confiscation de terrains ont été émis pour des projets qualifiés de « fins militaires », notamment dans les zones de Tubas et Tammun, où des engins ont été vus préparant des travaux routiers. Parallèlement, des démolitions de maisons ont continué, y compris dans la vallée du Jourdain et dans des hameaux déjà fragilisés par des expulsions antérieures.
Entraves aux déplacements et isolement des communautés
Depuis la mi-mars, des rassemblements nocturnes de colons aux carrefours clés ont entraîné des barrages, attaques et tirs de pierres contre des véhicules palestiniens. Plusieurs routes principales ont été partiellement ou totalement fermées, et des points d’accès à des villages ont été bloqués, restreignant gravement la liberté de circulation des habitants.
Ces blocages ont contribué à isoler des communautés, rendant l’accès aux soins, à l’éducation et aux marchés plus difficile. Des organisations locales rapportent que seuls les services d’urgence, après coordination préalable, pouvaient circuler dans certaines zones lors de jours particulièrement tendus.
Contexte sécuritaire et réactions officielles
La montée des violences survient dans un contexte de polarisation politique intérieure israélienne, certains responsables gouvernementaux ayant exprimé un soutien aux colons. Le ministre des Finances a assisté aux funérailles du jeune colon, tandis que des voix au sein de l’armée et d’anciens responsables ont condamné les attaques contre des civils palestiniens comme « moralement et éthiquement inacceptables ».
Selon des organisations de défense des droits, au moins quatorze Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis la fin février, dont des mineurs, dans un contexte mêlant actions militaires et violences de colons.
Baisse de l’aide vers Gaza et nouveau regain de frappes
Dans la bande de Gaza, la situation humanitaire s’est aggravée : les livraisons d’aide ont fortement diminué depuis le début des hostilités régionales, entraînant une flambée des prix et un manque critique de médicaments et de carburant. Le point de passage de Rafah avec l’Égypte a été rouvert récemment, mais sous des conditions strictes limitant les déplacements.
Les hôpitaux palestiniens alertent sur des pénuries imminentes de fournitures médicales essentielles. Alors que les efforts de reconstruction restent au point mort, des frappes aériennes israéliennes ont continué de faire des victimes dans différentes parties de l’enclave, parmi lesquelles des civils et des membres des forces de sécurité locales.
Impact humain et perspectives
Les restrictions de mouvement, les campagnes de démolition et la destruction d’arbres fruitiers minent les moyens de subsistance de nombreuses familles palestiniennes en Cisjordanie. La multiplication des incidents violents alimente un cercle de tensions qui complique tout effort de désescalade.
Alors que la région reste sous haute tension, les observateurs locaux craignent une intensification des affrontements si les mesures de protection des civils et l’accès à l’aide humanitaire ne sont pas rapidement renforcés.