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Aliments ultra-transformés : ce que quatre experts évitent absolument

par charles

Les aliments ultra-transformés envahissent les rayons et nos placards. Quatre experts issus de nutrition, neurosciences et chimie alimentaire partagent les produits ultra-transformés qu’ils évitent absolument et expliquent pourquoi ces choix les inquiètent pour la santé.

« Les chips ne modifient pas ma conscience »

Pour Johannes Hebebrand, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université de Duisbourg-Essen, les chips illustrent bien les limites du concept d’addiction alimentaire. Oui, on peut en manger sans fin, notamment le soir devant la télévision. Oui, elles sollicitent le système de récompense du cerveau. Mais leur consommation n’induit pas d’altération de la conscience, ni de dépendance comparable à celle causée par l’alcool ou la nicotine.

« Donnez-moi des chips, elles ne modifient pas ma conscience », affirme-t-il. L’industrie agroalimentaire est certes habile à stimuler nos envies avec des combinaisons bien dosées de sucre, sel, matières grasses et additifs. Mais pour lui, c’est l’environnement alimentaire qui est problématique, plus que l’aliment en lui-même. Réglementer ces produits pour en limiter l’accès serait, selon lui, une piste à explorer.

« Ce que nous mangeons a été conçu pour nous séduire »

Neuroscientifique à l’Institut Fralin aux États-Unis, Alexandra DiFeliceantonio étudie l’impact des aliments ultra-transformés sur le cerveau. Elle évoque des procédés industriels comme l’extrusion, la cuisson à très haute température ou l’extraction de composants spécifiques, dont les effets à long terme sont encore mal connus. Ce qui la dérange particulièrement ? Le caractère délibéré de ces procédés. Tout est pensé pour maximiser l’attirance, le goût, la facilité de consommation, quitte à sacrifier la valeur nutritionnelle.

Elle établit un parallèle saisissant avec l’industrie du tabac. « Le système alimentaire actuel n’a pas été conçu pour notre santé, mais pour le profit », affirme-t-elle. À ses yeux, bonbons, sodas et snacks industriels ne sont pas juste des aliments pratiques, ce sont des produits étudiés pour susciter des comportements compulsifs. Elle plaide donc pour des politiques publiques ambitieuses, visant à rendre les aliments frais accessibles à tous.

« Un bacon maison n’est pas forcément plus sain »

Pour Monika Pischetsrieder, professeure en chimie alimentaire à l’université d’Erlangen-Nuremberg, il est faux de penser que tout ce qui est fait maison est bon pour la santé, ou que transformation rime forcément avec danger. Selon elle, le problème ne réside pas dans la transformation en soi, mais dans la qualité des ingrédients et leur équilibre nutritionnel.

« Il faut faire la différence », insiste-t-elle. Un houmous bio industriel peut contenir 14 ingrédients sains, tandis qu’un simple bacon maison, composé de viande et de sel, peut être bien plus néfaste. Pour elle, les aliments ultra-transformés ne doivent pas être diabolisés sans discernement. Ce qu’elle éviterait à tout prix ? Les produits contenant de grandes quantités de sucre ajouté ou de sel sans réelle justification, comme les sodos ou les snacks salés industriels.

« Le hamburger moelleux qui se mâche à peine »

Anja Bosy-Westphal, nutritionniste et directrice de l’Institut de nutrition humaine de l’Université de Kiel, se méfie des aliments « faciles à manger », qu’on avale sans effort. C’est le cas des pains à hamburger industriels, tellement moelleux qu’ils ne nécessitent presque pas de mastication. Leur texture, leur goût plaisant, leur composition pauvre en fibres et en micronutriments en font des pièges redoutables pour la santé.

Elle alerte sur les effets des aliments ultra-transformés sur le microbiote intestinal, notamment à cause des émulsifiants, édulcorants et amidons raffinés qu’ils contiennent. Et regrette que ces produits soient souvent bien plus accessibles que les options plus saines. Elle plaide pour un profond changement de l’environnement alimentaire, en particulier dans les cantines, les gares ou les maisons de retraite.

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