Contexte et enjeux des PFAS
Les PFAS, polluants éternels et persistants, se retrouvent dans les sols, dans l’eau et dans l’alimentation. Leur dangerosité pour la santé humaine et l’environnement ne cesse d’être confirmée par les recherches, ce qui alimente les inquiétudes liées à une pollution omniprésente. Face à cette réalité, les scientifiques recherchent des solutions innovantes pour réduire leur impact et dépolluer les milieux contaminés. Cette recherche promet des avancées importantes dans la protection de la santé publique et des écosystèmes.
Un site italien et une approche méthodologique innovante
L’étude a été menée par des chercheurs de l’Université catholique de Plaisance, en Italie, dans une zone de la province de Vicence, en Vénétie, historiquement marquée par une contamination industrielle. Dans ce contexte, sols, cultures et eau potable présentent des concentrations élevées de PFAS, dépassant largement les niveaux recommandés dans l’eau potable. Les chercheurs ont prélevé des échantillons dans des zones fortement polluées afin d’évaluer la diversité microbienne du sol et le potentiel de bioremédiation.
Pour analyser les communautés microbiennes, l’équipe a combiné des techniques classiques de microbiologie pour isoler les bactéries d’intérêt avec le métabarcoding, une approche de biologie moléculaire qui repose sur le séquençage de l’ADN extrait de l’échantillon. Cette combinaison permet d’identifier rapidement les espèces présentes et d’obtenir des indications sur leur capacité à utiliser les PFAS comme source d’énergie.
La présentation des résultats a eu lieu lors de la conférence européenne SETAC, 35e réunion annuelle de la Société de toxicologie et de chimie environnementales, qui s’est tenue en mai 2025 à Vienne.
Des résultats prometteurs et les espèces impliquées
Les chercheurs ont obtenu des bactéries capables de dégrader les PFAS grâce à un procédé d’enrichissement, consistant à les cultiver dans des milieux où ces polluants constituent la principale source de nutriments. Ils disposent déjà des génomes complets de ces 20 souches mangeuses de PFAS et d’informations sur les taux de dégradation de chacune d’elles. Dans certains cas, l’efficacité de dégradation a atteint des valeurs supérieures à 30 %, ce qui est « très élevé pour cette classe de composés », selon le chef de file de l’étude.
Les souches identifiées appartiennent à des genres connus en bioremédiation, notamment Micrococcus, Rhodanobacter, Pseudoxanthomonas et Achromobacter. Ces bactéries se distinguent par leur facilité de culture en laboratoire et leur faible nocivité présumée pour l’homme, un aspect favorable pour des perspectives de développement en biotechnologie.
Le travail s’est poursuivi avec l’analyse génomique, qui pourrait révéler des gènes impliqués dans la biodégradation des PFAS et éventuellement être exploités ultérieurement dans des applications biotechnologiques pour la dépollution.
Perspectives et espoirs pour la dépollution des PFAS
Cette découverte ouvre la voie à une éventuelle utilisation biotechnologique des PFAS comme « carburant » pour des micro-organismes, ouvrant des perspectives de dépollution ciblée et durable des zones contaminées. En étudiant plus en détail les génomes des souches identifiées, les chercheurs visent à identifier les gènes clés et à comprendre les mécanismes impliqués dans la biodégradation, afin d’optimiser les conditions de culture et d’exploitation.
Si les résultats se confirment et se transforment en procédés opérationnels, ils pourraient contribuer à réduire l’impact des PFAS sur l’environnement et la santé publique. L’équipe rappelle toutefois la nécessité d’évaluations complémentaires et de contrôles de sécurité avant toute mise en œuvre à grande échelle.