Qu’est-ce que les Composés Perfluorés (PFAS) et Où les Trouve-t-on ?
Les perfluorés (ou PFAS) se réfèrent à une vaste famille de plus de 4 500 composés chimiques produits par l’homme depuis les années 1950. Éric Vial, directeur de l’évaluation des risques à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), explique que grâce à leurs propriétés chimiques, ces composés repoussent l’eau et les graisses et résistent à de hautes températures, ce qui les rend particulièrement utilisés dans de nombreux produits industriels et domestiques.
En fait, ils sont omniprésents. Voici les principales sources d’exposition :
- Ustensiles de cuisine comme les fameuses poêles antiadhésives
- Vêtements imperméables
- Meubles
- Emballages alimentaires
- Cosmétiques
- Vernis et peintures
- Mousses anti-incendie, isolants de fils électriques, cires à parquet, etc.
Très rarement mentionnés sur les étiquettes, ces substances quasi-indestructibles sont surnommées « polluants éternels ». En raison de leur capacité à se disséminer dans l’air, l’eau et le sol, elles contaminent aussi notre alimentation, en particulier les crustacés et fruits de mer. Les autorités sanitaires ont fixé des seuils à ne pas dépasser pour l’eau, l’alimentation et les matériaux en contact avec la nourriture.
L’Agence européenne des produits chimiques a proposé, en février 2023, de restreindre leur fabrication et leurs usages. En France, une proposition de loi contre les PFAS est en cours de discussion par le Parlement. Le texte prévoir d’interdire la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de certains produits contenant des PFAS (cosmétiques, fart de ski et textiles d’habillement dès 2026 ; ensemble des textiles dès 2030). En revanche, l’interdiction des PFAS dans les ustensiles de cuisine n’y figure pas.
Les Dangers Liés aux Polluants Perfluorés (PFAS)
Le danger des composés perfluorés est lié à une exposition répétée sur le long terme. Actuellement, on ne sait pas après combien de temps ils s’avèrent toxiques, mais la Commission allemande de biosurveillance humaine (HBM) a établi des concentrations sanguines à partir desquelles un effet sur la santé peut être attendu. Pour les femmes en âge de procréer, ces concentrations sont de 5 µg de PFOA/l et 10 µg de PFOS/l. Pour toutes les autres populations, les seuils sont de 10 µg de PFOA/l et 20 µg de PFOS/l. Les enfants exposés in utero sont considérés comme les plus vulnérables, faisant de la période prénatale l’une des plus critiques.
Échapper aux PFAS est difficile. En 2019, une étude de Santé publique France a révélé que les deux PFAS les plus utilisés, le PFOA (acide perfluorooctanoïque) et le PFOS (acide perfluorooctanesulfonique), interdits en Europe respectivement depuis 2020 et 2009 – sauf dérogation -, se retrouvent dans le sang de tous les enfants et adultes testés (environ un millier).
Les Conséquences Démontrées
L’un des effets les plus importants et le mieux documenté est la diminution de l’efficacité des vaccins chez les tout-petits lorsqu’ils sont exposés in utero et dans les premières années de vie, à de fortes doses de ces composés. Un lien entre une exposition in utero et un faible poids à la naissance a également été mis en évidence. Chez l’adulte, on observe une augmentation du taux de cholestérol.
Le PFOA, Classé Cancérogène pour les Humains
En décembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA comme « cancérogène pour les humains ». De nombreuses recherches ont étudié les associations entre l’exposition au PFOA et la survenue du cancer, sur des animaux de laboratoire et des humains, ainsi que les mécanismes d’action des cancérogènes.
- Des données disponibles montrent un lien avec les cancers hormonodépendants dont le cancer du sein.
- Le CIRC évoque également un lien avec les cancers du rein et des testicules.
Les Autres Risques Probables
Outre le risque de cancer, un lien entre les perfluorés, le diabète de type 2, le diabète gestationnel et l’hypertension au cours de la grossesse est suspecté. Selon des résultats chez l’animal, ces polluants pourraient perturber la production des hormones thyroïdiennes ou encore impacter la fertilité des femmes et des hommes.
Comment éviter les PFAS ?
Pour ce qui est déjà dans l’organisme, il n’y a malheureusement pas grand-chose à faire. Il est, en revanche, possible de limiter son exposition aux PFAS.
En Cuisine : Emballages, Poêles…
Mieux vaut utiliser des ustensiles en acier inoxydable ou en fonte pour remplacer les poêles et casseroles contenant du PFOA ou PFOS. Les poêles antiadhésives affichant la mention “garanti sans PFOA ou PFOS” utilisent souvent d’autres composés perfluorés tout aussi préoccupants, et la céramique peut également en contenir.
Il est aussi préférable de limiter les emballages alimentaires jetables (cartons à pizzas, emballages de restauration rapide, etc.). Une étude publiée en août 2023 a également révélé que les pailles en papier contiennent trois fois plus de PFAS que celles en plastique. Pour éviter cette ingestion de PFAS, les chercheurs recommandent d’utiliser des pailles en acier inoxydable, qui contrairement aux autres types de pailles étudiées comme celles en bambou ou en verre, ne contiennent pas de PFAS.
Dans l’Armoire
- Se fier aux labels interdisant le traitement avec des perfluorés : _GOTS_ pour _Global organic textile standard_, et _Confidence in textiles_.
- Préférer les vêtements imperméables traités avec du polyuréthane, bien que cela ne soit pas toujours précisé. Éviter les vêtements antitaches ou infroissables.
Dans la Salle de Bains
Un grand nombre de mascaras waterproof, de fonds de teint longue tenue et de rouges à lèvres liquides contiennent des perfluorés, sans que cela ne soit précisé. Il est donc recommandé de limiter l’utilisation de ces produits. Éviter également ceux contenant du PTFE (polytétrafluoroéthylène), notamment les fils dentaires.