La mobilisation pour la sauvegarde de l’école FACE à Montréal ne faiblit pas. Parents, élèves et de nombreux citoyens s’opposent fermement à la décision du gouvernement du Québec d’abandonner le projet de rénovation de cet établissement historique et artistique, situé à proximité de l’Université McGill.

Une pétition forte en soutien
En moins de trois semaines, une pétition parrainée par la députée libérale Jennifer Maccarone a recueilli environ 11 000 signatures. Elle appelle le gouvernement à revenir sur sa décision de déménager l’école de manière permanente et de vendre son bâtiment patrimonial à des intérêts privés. Les signataires demandent un nouveau plan de travail concerté avec la communauté afin de préserver le projet éducatif unique de FACE, considéré comme un joyau du réseau scolaire public.
Diego Medina Creimer, initiateur de la pétition et parent d’élèves à FACE, dénonce la contradiction entre les investissements dans les infrastructures routières et la fermeture d’écoles : « On ne peut pas vivre dans un monde où on construit des ponts et des routes, mais où on ferme des écoles. »
Abandon du projet de rénovation
Le 4 avril, le gouvernement du Québec a officialisé l’abandon du projet de rénovation de l’école bilingue à vocation artistique. Le coût, qui avait augmenté au fil des années, était estimé à 375 millions de dollars canadiens, soit environ 260 millions d’euros, un montant jugé excessif pour une école accueillant près de 1300 élèves.
Cette décision a suscité une série de manifestations devant l’établissement, ainsi qu’une chorale d’élèves exprimant leur désarroi devant l’hôtel de ville de Montréal. La pétition sera débattue à l’Assemblée nationale le 21 mai, où élèves, parents et anciens enseignants souhaitent faire entendre leur voix.
Julie Bélanger, ancienne élève engagée dans la mobilisation, souligne cependant la limite du nombre de places disponibles pour assister au débat à l’Assemblée.
Un avenir incertain pour le bâtiment et les élèves
Le bâtiment historique de FACE, au centre-ville, sera maintenu en état sécuritaire grâce à des travaux annuels évalués à 3,5 millions d’euros, jusqu’à ce que tous les élèves soient déplacés vers deux autres écoles, une primaire et une secondaire, d’ici 2032. Cette scission inquiète plusieurs parents et enseignants, car elle risque de compromettre la vocation artistique de FACE, notamment en raison de l’absence d’auditorium et de salles de répétition équivalentes dans les nouvelles écoles.
L’enseignante récemment retraitée, France Arcand, craint que les concerts se tiennent simplement dans un gymnase, une perspective qu’elle décrit avec tristesse : « C’est sûr que l’avenir nous fait peur. »
Des souvenirs précieux à préserver
L’artiste en résidence Patsy Van Roost, surnommée la fée urbaine, a accompagné ces derniers mois des élèves de 4e et 6e années dans des projets artistiques célébrant les 50 ans de l’école FACE. Les élèves de 4e ont créé 71 affichettes illustrant des moments marquants de leur parcours, disposées dans l’école pour une « chasse aux souvenirs » guidée par une cartographie réalisée par leur enseignante.

Les élèves de 6e ont « brodé un souvenir » à porter lors du passage du primaire au secondaire. Un projet collectif a permis à tous les membres de la communauté de demander à l’artiste de broder une phrase symbolique liée à leur expérience scolaire. Initialement prévu pour un déménagement temporaire, ce projet a pris une dimension beaucoup plus émotive face à l’annonce du départ définitif.
Patsy Van Roost confie : « Mon deuil commence », exprimant sa profonde tristesse face à la fin de la vie étudiante dans ce bâtiment chargé d’histoire.
Un appel au ministre de l’Éducation
Les élèves ont invité le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, à un concert organisé dans l’école le 8 mai, dans l’espoir de le convaincre de revenir sur sa décision. Le cabinet du ministre n’a pas confirmé sa présence, mais assure rester en contact avec des parents d’élèves de FACE.
Bernard Drainville maintient que la rénovation du bâtiment est financièrement impossible. Il promet néanmoins que les futurs élèves bénéficieront des mêmes programmes artistiques dans des écoles « complètement rénovées » à venir, garantissant que le programme FACE sera maintenu dans son intégralité.
Un avenir incertain pour le bâtiment patrimonial
Construite en 1914, l’école FACE sera vendue une fois vide, probablement à des intérêts privés. Héritage Montréal doute qu’un acquéreur s’engage dans les lourdes contraintes de réhabilitation liées au patrimoine du bâtiment, qui pourrait ainsi rejoindre la liste des immeubles vacants de Montréal dans les prochaines années.
Dinu Bumbaru, directeur des politiques d’Héritage Montréal, s’interroge sur la possibilité d’avoir exploré des options moins coûteuses avant d’abandonner le projet, estimé à 260 millions d’euros.
Jennifer Maccarone souligne que le départ de FACE constituerait un échec majeur pour le gouvernement, laissant le centre-ville sans école publique. Philibert Gasse, ancien élève, espère que cette mobilisation influencera le ministre, mais reste sceptique face à ce qu’il qualifie d’« ego » politique trop fort pour un changement d’avis.