Table of Contents
La douleur chronique se définit comme une douleur qui persiste depuis plus de trois mois. Elle peut résulter de troubles chroniques tels que l’arthrite ou le diabète, d’un traumatisme (hernie discale, ligament déchiré) ou de syndromes douloureux primaires (douleur neuropathique, fibromyalgie, céphalée chronique, etc.).
Plus de 100 millions de personnes souffrent de douleur chronique dans le monde, selon l’Institut Pasteur, et, selon la Health Foundation, ces chiffres devraient encore augmenter d’ici 2040. Jusqu’à présent, les médecins la traitaient avec des analgésiques puissants comme des opiacés du type morphine ou fentanyl. Cependant, ces traitements entraînent de lourds effets secondaires (nausées, fatigue, perte de mémoire) et présentent un risque élevé de dépendance. Une innovation pourrait toutefois changer la donne: selon un article publié le 12 mai 2025 dans Nature Electronics, des chercheurs américains ont développé un implant à ultrasons capable de bloquer les signaux de la douleur.
Des expériences menées par des chercheurs de l’Université de Californie du Sud (USC) sur des rongeurs ont montré que cet appareil, fixé à la colonne vertébrale, pouvait soulager des douleurs neuropathiques provoquées par des stimuli mécaniques (par exemple une piqûre d’épingle) et thermiques aigus (chaleur). Le travail détaille une approche innovante de gestion de la douleur et ouvre la voie à des traitements plus efficaces et moins invasifs.
Une précision de 94,8 % et une boucle de stimulation en temps réel
L’appareil se compose d’un système capable de surveiller en continu les enregistrements cérébraux et, grâce à une intelligence artificielle, d’identifier et de classer les signaux de douleur en trois niveaux: légère, modérée et intense. La précision atteinte est de 94,8 %.
« Une fois le niveau de douleur identifié, l’émetteur d’ultrasons portable ajuste automatiquement l’énergie acoustique qu’il transmet. Le stimulateur UIWI peut alors détecter l’énergie propagée et la convertir en intensité électrique, stimulant ainsi la moelle épinière. Cela crée un système en boucle fermée qui permet une gestion personnalisée et en temps réel de la douleur », précisent les chercheurs dans un communiqué de presse publié sur le site de l’entreprise USC.
Si des dispositifs de réduction de la douleur existent déjà, ils sont souvent encombrants. En revanche, cet implant est alimenté par un émetteur d’ultrasons portable, sans batterie intégrée.
Vers une version miniaturisée et autonome ?
Les résultats étant très prometteurs, les chercheurs envisagent déjà une miniaturisation accrue de l’appareil. « L’émetteur d’ultrasons portable pourrait évoluer vers un dispositif encore plus miniaturisé et autonome, voire vers un patch d’ultrasons portable, combinant potentiellement des capacités d’imagerie et de délivrance d’énergie pour une surveillance en temps réel et une stimulation ciblée. Les futures versions pourraient également être contrôlées par un logiciel de smartphone, offrant une gestion personnalisée de la douleur encore plus performante », écrivent-ils.
Enjeux et perspectives pour la lutte contre les opioïdes
Il y a quelques mois, des scientifiques avaient déjà suscité de l’espoir en suggérant une voie permettant aux personnes atteintes de douleurs chroniques de reprendre une vie normale sans opioïdes: le corps pourrait produire une substance comparable aux benzodiazépines, ouvrant la porte à de nouveaux médicaments capables de bloquer les signaux de la douleur sans traverser la barrière hémato-encéphalique et sans altérer d’autres fonctions cérébrales. Ces résultats nourrissent l’espoir d’options ciblées et moins risquées.
Espérons qu’à terme, ces avancées puissent contribuer à réduire la consommation d’opioïdes. En 25 ans, près de 700 000 Américains sont morts d’une overdose liée à ces produits. En France, si les chiffres demeurent inférieurs, ils restent préoccupants: « Bien qu’aujourd’hui en France la consommation des opioïdes n’atteigne pas le niveau des États-Unis ou de l’Angleterre, elle est en augmentation », explique la Haute Autorité de Santé en 2022 pour éviter une « banalisation » des prescriptions.
Ces avancées soulignent le potentiel des implants à ultrasons pour transformer la gestion de la douleur et offrir une alternative prometteuse face à la dépendance aux opioïdes. Le chemin reste à parcourir, mais les premiers résultats invitent à suivre de près les prochaines étapes de développement et leur éventuelle mise sur le marché.