Les méthodes de la police de l’immigration américaine, ICE, font l’objet d’un rejet croissant dans l’opinion publique et dans le débat politique après l’incident à Minneapolis impliquant Renee Good. Selon Quinnipiac, 57 % des électeurs condamnent les méthodes d’ICE, avec 94 % des démocrates et 64 % des indépendants; les républicains les soutiennent à 84 %. Selon Economist/YouGov, 46 % des personnes interrogées seraient favorables à la suppression d’ICE, dépassant pour la première fois les opposants à 43 %. Des critiques estiment que des contrôles d’identité et des arrestations fondées sur l’apparence peuvent rappeler des régimes dictatoriaux pour certains observateurs, alimentant le débat public.

Rejets croissants des méthodes de l’ICE aux États-Unis
Dans tous les sondages, une majorité d’Américains condamne les gestes du policier de l’immigration qui a tué Renee Good le 7 janvier à Minneapolis (Minnesota). Selon l’institut Quinnipiac, 57 % des électeurs condamnent les méthodes d’ICE : 94 % des électeurs démocrates et 64 % des indépendants, tandis que les républicains les soutiennent à 84 %. Dans un autre sondage, Economist/YouGov, la proportion de personnes interrogées favorables à la suppression d’ICE (46 %) dépasse pour la première fois celle des opposants (43 %).
« On ne veut pas d’hommes équipés comme des militaires qui traînent dans les rues et attrapent des gens, dont beaucoup se révèlent être des citoyens américains qui n’ont juste pas leurs papiers sur eux. On va devenir la Gestapo, « Où sont vos papiers » ? On en est arrivés là ? », s’est demandé Joe Rogan.
« Swing voter » — « La manière la plus pertinente de décrire Joe Rogan, c’est qu’il est le plus célèbre électeur indécis (ndlr: « swing voter ») d’Amérique. C’est assez intéressant de voir ce qui l’occupe », a écrit sur X un commentateur de gauche, Ben Burgis. Ce n’est pourtant pas le podcasteur conservateur que Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, avait en tête lorsque elle a réaffirmé jeudi la ligne dure de l’exécutif.
Les policiers de l’immigration « essaient simplement d’appliquer la loi et le Parti démocrate a rabaissé ces individus. Ils les ont traités de nazis et de membres de la Gestapo ce qui conduit tout à fait à la violence que vous voyez dans les rues », a-t-elle dit lors d’une conférence de presse. Au‑delà des opinions sur la politique anti‑immigration de Donald Trump, les méthodes de ces agents masqués et parfois lourds armés heurtent des principes profondément ancrés dans la culture politique et juridique américaine, explique à l’AFP Steven Schwinn, professeur de droit à l’université de l’Illinois à Chicago.
Il prend pour exemple les contrôles d’identité pratiqués par ces policiers, ceux qui indignent Joe Rogan, rappelant qu’ils ne sont autorisés qu’en cas de « soupçon raisonnable » d’activité illégale. Immunité absolue
Lorsque des agents d’ICE exigent par exemple que des manifestants pacifiques produisent leurs papiers, ou quand ils ciblent des personnes seulement sur la base de leur ethnicité, « beaucoup de gens assimilent cela à des régimes dictatoriaux ou totalitaires », note-t-il. L’universitaire juge véritablement « sans précédent » l’ampleur du déploiement des policiers de l’immigration : ils sont désormais 22 000 dans l’ensemble du pays, contre 10 000 il y a un an, selon le ministère de la Sécurité intérieure. Steven Schwinn met aussi en avant la protection dont ils bénéficient de la part du pouvoir exécutif. « Agents d’ICE: vous avez l’immunité pour remplir votre mission », a déclaré récemment l’un des plus influents conseillers de la Maison Blanche, Stephen Miller. Le vice‑président JD Vance a lui jugé que le policier de l’immigration qui a abattu Renee Good « bénéficiait d’une immunité absolue ».
Mais selon Axios, l’exécutif américain a mené ses propres sondages et constaté une érosion du soutien à la police de l’immigration, même auprès des électeurs de droite. À en croire un haut conseiller anonyme cité vendredi par ce site d’information, le président américain « veut des expulsions de masse. Ce qu’il ne veut pas, c’est ce que les gens voient. Il n’aime pas l’air que ça a. (Les méthodes de la police de l’immigration) ne donnent pas une bonne image, et il a exprimé un certain malaise face à cela. »
Un déploiement sans précédent et des répercussions sur le débat public
Le déploiement de la police de l’immigration est décrit comme sans précédent dans l’ensemble du pays : ils sont désormais 22 000 dans l’ensemble du pays, contre 10 000 il y a un an, selon le ministère de la Sécurité intérieure. Cette envolée du dispositif, associée au soutien manifeste de certaines franges de l’exécutif, alimente un débat sur les droits civiques et les équilibres entre sécurité et libertés publiques.
Les analyses soulignent l’évolution du sentiment public selon les régions et les affiliations politiques, avec une érosion du soutien même parmi des électeurs de droite, comme le suggère le reportage d’Axios. Le récit autour de Renee Good et les échanges d’opinions sur les réseaux sociaux illustrent la polarisation croissante autour de la question de l’immigration et des pouvoirs attribués à ICE.