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    Bolivie rouvre la coopération antidrogue avec la DEA américaine

    Bolivie, États-Unis

    La Bolivie a officiellement rétabli la coopération antidrogue avec la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis, mettant ainsi fin à près de deux décennies d’interruption des échanges en matière de lutte contre le narcotrafic. Le ministre bolivien de l’Intérieur, Marco Oviedo, a confirmé cette semaine que des agents de la DEA étaient déjà présents sur le territoire. Il a précisé que la collaboration inclut également des agences de renseignement et des forces de police européennes.

    Selon les autorités, la priorité initiale de cette coopération sera de renforcer la surveillance aux frontières et de démanteler les réseaux de trafiquants. Par ailleurs, le gouvernement bolivien souhaite élargir cet effort à des agences antinarcotique des pays voisins afin d’améliorer la coordination régionale.

    Retour sur une rupture décidée en 2008

    La décision d’accueillir de nouveau la DEA met un terme à l’ordre d’expulsion prononcé en 2008 par l’ancien président Evo Morales, qui avait alors mis fin à toute coopération antidrogue avec les États-Unis. Morales accusait Washington d’instrumentaliser la lutte contre la drogue à des fins politiques et économiques et refusait la présence d’agents américains sur le sol bolivien.

    À l’époque, le Mouvement vers le Socialisme (MAS) a bénéficié d’un fort soutien dans les zones rurales où la culture de la coca — plante aux usages traditionnels, mais aussi matière première de la cocaïne — constitue une ressource économique centrale. Les campagnes d’éradication forcée menées par des acteurs extérieurs ont souvent été dénoncées pour leur impact social sur ces communautés.

    Un virage politique et diplomatique

    Le rétablissement des liens coïncide avec le changement d’orientation politique observé depuis les élections de 2025. La victoire du centriste Rodrigo Paz, qui a fait de la normalisation des relations avec les États-Unis un pilier de son programme, a ouvert la voie à une reprise rapide du dialogue bilatéral et à la restitution d’ambassadeurs après près de 18 ans d’absence diplomatique complète.

    Durant la campagne, Paz a mis en avant la nécessité d’attirer des investissements pour moderniser les secteurs de l’énergie et du lithium. Son adversaire au second tour, Jorge Quiroga, et d’autres formations conservatrices avaient également plaidé pour des partenariats de sécurité plus étroits avec Washington, reflétant un consensus relatif sur l’importance d’améliorer la coopération internationale contre le trafic de stupéfiants.

    Zones d’ombre et négociations en cours

    Malgré l’annonce officielle, plusieurs questions restent en suspens quant à l’ampleur réelle des opérations de la DEA en Bolivie. Des négociations sont toujours en cours pour définir précisément les domaines de coopération, les limites opérationnelles de l’agence américaine et les garanties juridiques encadrant son action.

    Le ministre des Affaires étrangères, Fernando Aramayo, a indiqué qu’un accord détaillé devrait être finalisé dans les prochains mois. Entre-temps, des voix politiques de gauche, y compris des partisans d’Evo Morales, conservent une influence notable dans les régions andines et rurales, ce qui pourrait complexifier la mise en œuvre locale des programmes conjoints.

    Contexte régional et inquiétudes internationales

    Le réengagement de la DEA intervient dans un contexte de montée en puissance des actions américaines contre le narcotrafic en Amérique latine. Depuis 2025, l’administration américaine a intensifié son approche, incluant des désignations de groupes criminels et l’emploi de pressions économiques et militaires pour contraindre des gouvernements à durcir leurs réponses.

    Certaines opérations militaires et frappes ciblées menées récemment dans la région ont soulevé de sérieuses préoccupations. Des organisations internationales et des défenseurs des droits humains ont critiqué le recours accru à la force, estimant que la frontière entre action policière et interventions militaires devient floue et que des droits fondamentaux peuvent être menacés.

    Opérations controversées et appels à la prudence

    Des campagnes comme l’opération dite « Southern Spear » ont illustré ces tensions : plusieurs frappes visant des navires soupçonnés de trafic ont été annoncées, faisant selon certains bilans plusieurs dizaines de victimes. Ces opérations ont été dénoncées par des instances internationales, qui ont appelé à une évaluation de leur légalité et à la protection des procédures judiciaires.

    Dans ce contexte, les autorités boliviennes affirment vouloir encadrer strictement la présence et l’activité des acteurs étrangers afin d’éviter des dérives. Reste à voir jusqu’où ira la coopération bilatérale et comment elle sera perçue sur le plan intérieur et régional.

    Perspectives

    Le rétablissement de la Bolivie DEA coopération marque le début d’une nouvelle ère dans les relations entre La Paz et Washington, axée sur la sécurité et la lutte contre le trafic de stupéfiants. Toutefois, l’issue dépendra largement des accords finaux en cours de négociation et de la capacité du gouvernement à concilier action anti-crime et respect des droits des communautés locales.

    Dans les semaines et les mois à venir, les observateurs suivront de près la signature des accords et la mise en œuvre opérationnelle, qui détermineront l’efficacité et l’acceptabilité de cette coopération élargie sur le long terme.

    source:https://www.aljazeera.com/news/2026/2/25/bolivia-revives-anti-drug-alliance-after-nearly-18-year-break-with-us

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